dimanche 29 novembre 2009

Cycle Singapour, Malaisie : Le cinéma ! Du 16 déc. au 1er mars

Le Centre George Pompidou s’offre un cycle à l’honneur de deux pays dont les œuvres sont encore méconnues avec : Singapour, Malaisie : le cinéma !

Durant deux mois, le centre propose une très vaste sélection de longs et courts métrages, des classiques en noir et blanc des années 60’ (P. Ramlee, P. Kapur) aux contemporains (Eric Khoo, Yeo Joon Han).

52 projections du 16 décembre au 1er mars au Centre George Pompidou (Paris 4ème – Métro : Les Halles ou Rambuteau). Les séances pourront même ravir les travailleurs puisque beaucoup de projections se déroulent en soirée et le week-end, donc pas d’excuses pour louper le coche !

Je déroge au listing habituel du programme, aux vues de ces 52 films et vous invite à le découvrir sur le site officiel.

Comptez 4€ à 6€ la séance, des passes sont aussi disponibles.

Pour plus d’informations :
Singapour, Malaisie : le cinéma !

vendredi 27 novembre 2009

Du "S" au "L", il n'y a qu'un pas en Asie du Sud-Est [Voyage]

Alerte les filles ! Si un jour l’envie vous dit de vous rendre en Asie du Sud-Est préparez-vous à être quelques peu froissées lors de vos virées shopping . Je parle en connaissance de cause. Première étape en Thaïlande. Je me promène tranquillement dans un centre commercial quand un pantalon me fait de l’œil. Je prends un M pensant bien faire (j’avais déjà remarqué que les S ne ressemblaient pas à ce qu’on trouvait en France !), et là qui je vois courir vers moi ? Une vendeuse qui m’interpelle et me dit « No, no ! » , elle me remet une taille L, entre temps elle me reluque de haut en bas, l’air de dire « Elle fait pas du M celle-là » ! Je ne dis rien, légèrement vexée… J’essaie, et force est de constater que Madame la vendeuse avait raison… Mais quand même une taille de plus, ça fait mal (Ah les filles...) !

Deuxième anecdote. Au Cambodge, il m’arrive régulièrement de me rendre à Phnom Penh et d’en profiter pour faire un tour au centre commercial Sorya. On y trouve de tout et surtout des fringues majoritairement de Thaïlande et HK. C’est toujours plaisant de s’y promener, avec en prime une bonne glace choco-mint ! Bref, tout ça pour dire que plaisant, c’est vite dit… Dès que je commence à chercher une taille de jean, j’en viens rapidement à entendre des « big size, big size !». Je m’habitue, ça me fait sourire à force. Le comble c'est qu'il arrive même que la plus grande taille disponible, soit toujours trop petite… Donc pas de panique si vous êtes confrontées à ces situations, c’est monnaie courante ! On s’y fait vite...

Diana

lundi 23 novembre 2009

Kinatay de Brillante Mendoza : Sombre

Prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes, Kinatay (2009) du cinéaste philippin Brillante Mendoza s’inscrit comme un long-métrage sombre et violent reflétant un quotidien qui prend racine à Manille.

Peping, dix neuf ans étudie à l’école de police. Il vient de se marier avec Cecille avec laquelle il a un bébé de sept mois. Pour se faire un peu d’argent, il récolte l’argent du racket, organisée par la police locale…

Kinatay est une œuvre d’ambiance. Le huitième film de Brillante Mendoza s’ouvre sur Manille, ville vivante, ville grouillante où les gens vont et viennent ainsi que les véhicules motorisés. Une caméra portée capte cette agitation, ce bruit d’une citée où les faits divers se jouent face caméra (celle de Mendoza et des médias). Ils se jouent aussi devant les badauds à la fois spectateurs et interprètes d’évènements presque anodins dans le contexte que connaît la capitale philippine. Des évènements qui s’apparentent à un cirque médiatique, simple amusement pour ses spectateurs (passifs et actifs). En parallèle, l’auteur nous montre que la vie continue, face aux drames-spectacles qui se jouent, la joie y co-existe : danse, musique, mariage… Dans cette ville aux milles visages et aux milles contrastes, Brillante Mendoza nous invite dans la vie du jeune Peping.

Là, où Kinatay change de visage c’est à la nuit tombée. Nouveau contraste. Le jour et la nuit. Manille se veut plus discrète avec le bruit des sirènes de police qui ponctue les virées nocturnes de ses habitants. On lui découvre un nouveau visage comme celui de notre protagoniste, élève à l’école de police le jour qui se transforme en un maillon du racket organisé la nuit. Ce nouveau visage est d’autant plus frappant qu’il a pour figure principale la police. La police représentante des maux que sont les trafiques comme le racket, la drogue, le meurtre… Brillante Mendoza pointe du doigt l’institution policière et ses déviances, la violence d’une ville et les affaires illicite qui la gangrène. Le cinéaste philippin nous plonge alors dans l’horreur de l’univers criminel sans foi ni loi.

Á l’image de Peping dans Kinatay, nous ne pouvons qu’assister impuissant à un drame qui se joue et qui le marquera à jamais. On suppose ainsi qu’il fait ses premiers pas sur un chemin de non-retour qui le conditionnera dans son futur métier de policier. Etape exigée pour faire partie d’une famille qui l’oblige au pire en devenant complice de l’infâme. Un dépucelage en bon et due forme nous invitant dans l’antre d’une barbarie criminelle où la peur et l’attentisme se récente dans l’atmosphère ambiant. L’atmosphère y est pour beaucoup dans Kinatay. Le cinéaste parvient à instaurer un climat particulier qui en rebutera plus d’un. Il s’arrête sur des instants qu’il tire en longueur pour mieux nous imprégner de ce qui entoure son personnage principal et de ce fait nous entoure également. Un malaise en découle, suscitant un passage obligé à la compréhension d’une situation, qui se vit plus qu’elle ne se regarde avec détachement.

Le but de Kinatay est de nous faire réagir. Nous ne sommes plus de simples spectateurs passifs qui assistons à une histoire sur la criminalité faisant rage à Manille et sa banlieue. Nous sommes Peping. Nous sommes Peping et son impuissance. Nous subissons dès lors une influence claustrophobe embarqué à notre tour dans une mission qui s’avèrera meurtrière et sanglante. Brillante Mendoza change notre regard de spectateur. Nous sommes ces badauds dans les rues de la capitale des philippines qui assistent aux faits divers comme un spectacle. Nous ne pouvons revenir en arrière. Nous sommes pris au piège et vivons une expérience qui s’avère douloureuse et traumatisante. L’immersion est totale, on sent la peur, les interrogations. Nous vivons ce chemin qui mène à l’échafaud, c’est brutal, violent mais jamais gratuit. Nous vivons les horreurs d’un repère de la Mort, c’est dur, toujours aussi violent mais encore une fois jamais gratuit. Ces horreurs existent au quotidien puis le jour supplante la nuit. La ville grouillante reprend ses droits au levé du jour dans un marasme de bruit, dans une cohue étouffante qui s’agite. Un jour remplace un autre, une routine qui nous montre un Peping (nous-même) dérouté après avoir quitté sa « famille policière » alors qu’ailleurs une femme nourrit son bébé, la vie continue semble nous dire Brillante Mendoza. Une histoire parmi tant d’autre qu’on abandonne à son (sombre) destin…

Kinatay est une œuvre de contraste terriblement sincère et crue dans son rapport à la réalité, celle qu’on n’aimerait nier mais qui existe avec parcimonie dans les colonnes des faits divers des mass-médias. Avec ce film, Brillante Mendoza signe une œuvre dérangeante certes mais profondément vraie et d’un onirisme obscur répugnant. Un morceau de vie parmi des millions sur lequel on s’arrête le temps d’un film. Nous attendons d’ores et déjà avec impatience sa prochaine œuvre : Lola, très remarqué à l’édition 2009 de la Mostra de Venise. Un autre morceau de vie…

I.D.

dimanche 22 novembre 2009

Visage de Tsai Ming-liang : Le naufrage...

Dernier film du cinéaste taiwanais à ce jour, Visage (2009) de Tsai Ming-liang prend place en grande majorité en France, au Musée du Louvre. On y suit un tournage où un réalisateur Taïwanais met en scène l’histoire de Salomé, le rôle du roi Hérode étant tenu par Jean-Pierre Léaud. On suit les péripéties de ce tournage tout particulier…

Le Cinéma de Tsai Ming-liang n’est pas facile d’accès, un cinéma contemplatif peu enclin à ravir nombre de personne. Il est aussi perçu comme un cinéaste élitiste parce que ses œuvres représentent un certain cinéma d’auteur. Si son Cinéma ne parle pas aux plus grands nombres, force est de constater que cela ne peut aller que de mal en pis avec Visage. Cette œuvre pourrait être celle d’un artiste qui serait tomber dans les travers de son art, de son style qui le caractérise tant. Un accident de parcours qui voit le cinéaste partir en tête à queue vers les méandres d’un cinéma d’esbroufe. Visage apostrophe son spectateur mais pas forcément dans le bon sens. Malheureusement pour nous et pour lui. Et comme cela arrive à tout cinéaste, on peut mettre en scène de temps en temps, une oeuvre mineure, une œuvre qui ne marquera pas, ou à oublier le plus vite possible. Visage serait de ces oeuvres. Tsai Ming-liang a rêvé d’une œuvre cinématographique pour les musées (les films qui côtoieraient les tableaux de maîtres) et bien j’ai envie de lui dire qu’il se trompe, si son souhait est celui de prendre cette direction, elle accuse un manque total de recul et de jugement.

Visage est une énorme déception tant on attendait de ce cinéaste apprécié à Made in Asie, pour son talent et ce Cinéma si singulier. S’il n’a pas toujours réalisé des œuvres valant le détour, Tsai Ming-liang jouissait d’un univers propre qu’il avait jusqu’ici su faire partager. S’il conserve dans Visage cet univers distinctif, c’est sur sa façon de communiquer ses envies qu’il échoue. On peut aimer nombre de ses œuvres et tomber des nus devant une œuvre qui se veut une reproduction de son travail antérieur. Il y a du The Hole (1997) dans Visage mais aussi du I don’t want to sleep alone (2006). On retrouve son double à l’écran sous les traits de Lee Kang-shen qui perd ici sa mère après avoir perdu son père dans Et là-bas, quelle heure est-il ? (2001). Une autre œuvre à laquelle il fait référence ici comme si son cinéma était devenu celui de la copie (sa propre copie avariée) en évitant celui du mimétisme. Esthétiquement, Visage est beau avec une mise en scène qui est celle de son auteur, on reconnaît la touche, la patte qui est la sienne, il n’y a aucun doute à ce niveau. Pourtant, le cinéma c’est aussi des histoires. Et une histoire, il en manque cruellement dans Visage.

Cette œuvre n’a aucun sens, c’est juste l’accumulation d’une jolie scène (pas toujours) qui en remplace une autre et ainsi de suite. Une scène, un plan encore et encore où les acteurs se démènent tant bien que mal. On sent un manque de direction, on sent des pas, des gestes mal assurés. Est-ce voulu de la part de Tsai Ming-liang ? Il y a de grande chance. Le résultat ? On reste dubitatif, même devant de grands noms du Cinéma français. Jean-Pierre Léaud (un acteur que j’adore) peine et on en a mal pour lui. On a envie de se lever et de tout arrêter pour dire stop, cessons cette ignominie du jeu, du cinéma. Laetitia Casta joue comme dans une pub pour parfum ou d’une grande enseigne de prêt-à-porter, affligeant. S’en est triste, et associer trois égéries de François Truffaut dans un même plan ne changera pas la donne, Visage souffre considérablement de consistance. Et peindre des tableaux sur pellicule (la façon dont TML définit son Cinéma) n’est pas tout. Alors quel sentiment garde-t-on à l’esprit ? Le sentiment de s’être fait avoir. Le sentiment que TML se moque de nous en mettant en scène une œuvre égoïste qui n’a ni queue ni tête. Un patchwork d’images, rien d’autre.

Visage accumule les fautes de mauvais goûts avec des scènes discutables pour ce qui s’y passe et la façon dont c’est jouer. Laetitia Casta avec son rouleau adhésif noir ! Plus jamais ça. Passons. Pour ma part, je garderai en mémoire l’un des moments les plus réussi avec cette inondation en début de film qui voit Lee Kang-shen se battre contre l’élément qui définit le plus TML, l’eau. Visage ce n’est rien de moins que le naufrage d’une œuvre dans un caniveau parisien qui coule inexorablement vers et dans les égouts, pour s’y perdre à jamais et nous avec.

I.D.

jeudi 19 novembre 2009

Robot Taekwon V : You Win [Festival Franco-Coréen]

Film de clôture du 4ème Festival Franco-Coréen du Film, Robot Taekwon V / Ro-bo-teu Tae-kwon V (1976) du réalisateur Kim Chung-gi est un film d’animation qui aurait pu largement s’inscrire dans la sélection KOFA-FFCF Classiques 2009. En effet, ce dessin animé pour grand écran réunit quelques jolies caricatures du film de propagande, un film que l’on pensait perdu mais qui fut retrouvé en 2004 dans une boîte rouillée d’un entrepôt et fut restauré. Il connu une sortie en Corée du Sud en 2006 et nous assistions à sa projection en ce 17 novembre 2009 au cinéma l’Action Christine.

Taekwon V est un immense robot mise au point par le Dr Kaff et le Dr Kim. Dr Kaff nourrit secrètement le désir de conquérir le monde avec une horde de robot. Après avoir été humilié publiquement à cause de son physique ingrat, il disparaît. Au même moment, les meilleurs combattants de chaque sport de combat sont enlevés par un groupuscule appelé l’Empire Rouge…

Robot Taekwon V c’est le film d’animation propagandiste par excellence. Les sud-coréens se posent comme les défenseurs du monde libre où l’on batifole avec les oiseaux et les écureuils. Une puissance prête à affronter le Mal qui voudrait s’abattre surtout lorsque ce « Mal » affiche l’étoile rouge et se prénomme : l’Empire Rouge (tiens, ils me rappellent un pays dans le nord de la Corée du Sud ceux-là). Les sud-coréens sont beaux (a contrario, les membres de l’Empire Rouge sont moches), gentils (ils aiment la nature) et sportifs aussi. Ils pratiquent le taekwondo dont Taekwon V est un fervent adepte. Un art martial qui fustige les autres sports de combat par sa magnificence (on se croirait dans un bon Sonny Chiba avec son karaté). Robot Taekwon V oppose aussi des figures présentes historiquement en Corée du Sud, ainsi on a le droit à un japonais hideux (les années d’occupations du Japon) et un états-uniens tout aussi hideux et imbu de sa personne (l’impérialisme des Etats-Unis sur le sol sud-coréen). Faut-il préciser que notre héro (qui fait vivre Taekwon V) parvient aisément à les battre ?

Robot Taekwon V est un film animation de détente qui fait passer un agréable moment tant il est décalé vis-à-vis de l’époque où nous vivons. Il y a quelques scènes d’anthologies à se plier de rire entre mise en situation surprenante et dialogues des plus ahurissants. En effet, si le Dr Kaff est aussi ignoble c’est parce qu’il a un physique ingrat ! (et je retranscris la chose gentiment). Le film qui n’est pas long (1h16) se laisse regarder tranquillement comme un retour dans notre enfance où à cette époque là, c’était son cousin lointain (Goldorak) que nous admirions (en ce qui concerne les garçons, je ne m’avancerai pas pour les filles). Et entendre durant la projections deux enfants s’étonner, c’est que le film devait fonctionner puisqu’ils semblaient réactifs à la grandeur de Robot Taekwon V. Un film d’animation marrant donc tout en gardant à l’esprit la volonté des concepteurs à l’époque. J’oubliais, le thème musicale endiablé, génial !

Robot Taekwon V de Kim Chung-gi clôturait merveilleusement bien ce 4ème Festival Franco-Coréen du Film avec une ambiance joyeuse de récréation à la fois humoristique et jovial.

I.D.

Parade of Wives : Les femmes au travail [Festival Franco-Coréen]

Parade of Wives / Anaedeului haengjin (1974) d’Im Kwon-taek à l’image des films de propagande projetés lors du Festival Franco-Coréen du Film 2009, s’inscrit comme un leitmotiv des idéologies à transmettre à la population : l’anti-communisme, la famille patriarcale ou bien encore le développement économique.

Une jeune mariée part vivre avec son mari dans le village natal de celui-ci. Il y règne pauvreté et fainéantise. Cette dernière met tout en œuvre, non sans mal pour changer la situation du village ainsi que les mentalités qui sont en vigueur…

Parade of Wives c’est l’apologie de la modernité qui doit s’imposer pour que chaque village puisse prospérer à bon escient et ainsi faire de la Corée du Sud un pays moderne et riche. On suit alors une femme de l’extérieur qui vient apporter son savoir mais aussi une mentalité différente de celle des villageois. Elle s’impose comme une éducatrice qui va parvenir à changer la face d’un village en adoptant les préceptes du gouvernement. La chose est d’autant plus symbolique que ce changement se réalise par l’impulsion des femmes. Les hommes ayant une image très néfaste dans ce contexte (fainéants, joueurs, buveurs,…).

Im Kwon-taek s’applique correctement à faire son travail de cinéaste et raconte avec force et conviction ce(s) portrait(s) de femme(s). On pourra reprocher un récit qui tire en longueur en adjoignant à l’histoire de départ, une histoire secondaire qui prend place avec l’un des personnages féminins qu’on pensait veuve. Un retour sorti de nulle part d’un mari qui vit dans la clandestinité. Vraiment, cet énième rebondissement n’apporte rien si ce n’est le prétexte de montrer du doigt la guérilla communiste et permettre à l’héroïne de lancer son discours final très idéologique, peu judicieux d’un point de vue cinématographique mais hautement symbolique sur l’aspect propagandiste.

Parade of Wives vaut le coup d’œil comme vestige d’un cinéma bien à part.

I.D.

L'hommage à Jin [Festival Franco-Coréen 2009]

Ly Jin (LJ) était une jeune cinéaste d’origine coréenne qui vivait en France depuis quelques années maintenant. Elle est décédée à l’âge de 31 ans en septembre 2009. Le Festival Franco-Coréen du Film 2009 a voulu lui rendre hommage en diffusant son court-métrage : Origine – X, présent lors du FFCF 2006 ainsi que des images tournées par Frédéric Ambroisine, un proche de la réalisatrice (également connu par les amoureux du cinéma asiatique comme critique, entre autre).

Origine – X est un court-métrage nonsensique de sept minutes, véritable patchwork qui mêlent fiction, vidéo personnelle mais aussi de vrais-faux making of. Du moins, c’est ce qu’il m’en a semblé. L’histoire de deux jeunes coréens, l’un adopté par des parents français et skateur, l’autre : une jeune fille issue d’une famille riche laquelle atterrie à Paris et donne dans le porno. Ce film se veut expérimental et impose déjà un style, une singularité propre et une approche différente de la norme cinématographique.

Une demi heure d’images non montées, projetées à l’état brute directement de la caméra DV de Frédéric Ambroisine, c’est ce à quoi nous avons eu droit par la suite. Des images qui nous montrent une Jin Ly qui se met en scène alors qu’elle était à Cannes pour présenter l’une des versions de son unique long-métrage : Trans# : Working Title. Film « autre » projeté en marge du Festival de Cannes 2008 à l’ACID. De son film nous ne verrons rien, tout au plus l’avant et l’après projection qui laisse une frustration énorme. Ces images que l’on peut qualifier d’intimes à l’égard de cette réalisatrice que je ne connaissais pas, donnent le sentiment d’avoir assisté au visionnage d’une vidéo d’ami dans le salon d’un ami (entre ami)...

Voir le Teaser de Trans# - Working Title :


Finalement, il y régnait une ambiance bizarre après visionnage. Un silence puis des langues qui se délits, surtout celles des proches, en gros : voilà c’était elle, LJ. Un hommage que cette cinéaste décédée prématurément n’aurait pas daignée tant on baignait dans l’incertitude quelques minutes avant de rentrer en salle. Les programmateurs pourront aisément en parler, le stress jusqu’à la dernière minute, la recherche du long-métrage introuvé (et déjà culte par l’aura mystérieuse qu’il confère), le désistement de certaine personne, les coups de téléphones paniqués et puis finalement les choses se sont faites en freestyle, à l’arrache, un côté désorganisé par les imprévus et un long-métrage qui frustre par son manque d’image. Il en existerait quatre versions, certains ne l’on qu’en rush, d’autres ont eu le privilège de le voir, je fais maintenant partie de ceux qui le connaisse de réputation, en espérant que l’an prochain, si festival il y a, Jin Ly puisse jouir d’une projection en bonne et du forme.

Découvrez les autres projets 2009 de Ly Jin :
Sun et Eclipse
> Voir Sun
> Voir Eclipse

Clip electro
> Voir le clip

I.D.

First Love : L’ange amoureux [Festival Franco-Coréen]

Troisième film de son auteur, First Love / Cheot Sarang (1993) de Lee Myung-se nous conte une romance fantastique.

Young-shin est étudiante dans une école d’art. Elle tombe amoureuse de Chang-wook, son professeur...

First Love est un film léger et amusant sur une étudiante qui découvre le sentiment amoureux qu’elle n’avait jusqu’alors jamais ressenti. Á travers une réalisation dynamique et singulière de Lee Myung-se, le récit parvient à nous toucher avec ce personnage principale féminin qui sait être attachant par sa malice et une certaine naïveté dont elle fait preuve. De plus, le cinéaste apporte une touche fantaisiste à l’ensemble par le biais du dessin qu’il anime et de quelques scènes irréelles qui donne le sentiment d’assister à un rêve éveillé.

First Love par son personnage féminin rêveur parfois gaffeur et pour l’univers qui y est dépeint fait rappeler Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet. Du moins, c’était le sentiment que j’en avais en le visionnant. Si je n’ai pas aimé le film du cinéaste français, mon sentiment à l’égard de ce film coréen est tout autre. Il y a une légèreté de ton ainsi que ces petites choses de la vie qui le rendent plaisant. Les personnages y sont attachants et on se prend vite au jeu de cet amour vécu par l’héroïne qui vit là donc ces premiers émois amoureux.

En définitive, First Love est un joli film bien fait quoiqu’il tire en longueur sur la fin. Cela ne dénature pas cette histoire simple, celle du premier amour qui s’avère inventive. J’ai notamment apprécié ce plan fixe qui revient à plusieurs reprise, celui qui nous montre la vie d’une rue où se tient la maison familiale de l’héroïne. Un plan, une rue, sur lesquelles le film se termine comme pour nous montrer l’importance du temps qui passe, l’importance de la vie mais aussi de l’amour comme expérience unique.

I.D.

My Friend and His Wife de Shin Dong-il [Festival Franco-Coréen]

My Friend & His Wife / Na-eui Chin-goo, Geu-eui A-nae (2006) de Shin Dong-il est un drame qui prend son essence dans l’amitié que porte un homme à un ancien camarade de l’armée.

Jae-moon travaille comme cuisinier dans un restaurant, il est marié à Ji-sook qui est coiffeuse et attend un enfant de lui. Ils sont en partance pour les Etats-Unis : leur rêve. Le meilleur ami de Jae-moon, Ye-joon travaille dans la finance. Il leur apprend les bases de l’anglais avant le fameux départ.

My friend and his wife est avant tout l’histoire d’une triangulaire formée de l’amour d’un couple et d’une forte amitié. L’ami représente le moteur du couple, par l’aide et l’écoute qu’il apporte et s’impose comme un élément indispensable à leur bien être. On comprend le lien quasi fusionnel qui unit ces trois êtres.

En parallèle, la vie suit son train et malheureusement le rêve de Jae-moon et Ji-Sook de partir sur une terre d’adoption semble s’éloigner, tout comme l’amitié qui les lie à cet ami. Une distance qui s’accentuera dès lors que Ji-Sook donnera naissance à son enfant. Irrémédiablement, l’éloignement de cet ami fera naître une autre triangulaire Femme/Mari/Enfant. Un trio qui ne sera que temporaire puisqu’un drame se produira lors d’un incident mettant en cause Ye-joon. L’enfant décède. Revient l’ami et le retour à la triangulaire originel. Les évènements ont-ils réussis à réconcilier ce trio fusionnel ? Il semblerait que non. On retrouve ces trois mêmes personnages mais dans un contexte différent, faisant chacun preuve d’individualisme et de mutisme face à une situation dès plus alambiquée. Le cinéaste prend le parti d’une expérimentation humaine. Au sein et d’une même histoire il tente de replacer ces hommes et ces femmes différemment, faisant d’eux des individus nouveaux, avec de nouvelles attentes et un nouveau rapport à la vie.

Autre point d’interrogation, le silence dans lequel se meurt le mari. Pourquoi cache t-il la vérité de cet incident à sa femme ? Pourquoi décide t-il de protéger l’ami qui a causé la mort de son enfant ? Sa position peut paraître incompréhensible, c’est certain, mais a y voir de plus près, on peut distinguer la peur qui anime cet homme. La peur d’être un laisser pour compte, d’être abandonné et seul, alors que sa vie part en éclat. Le soutien de sa femme s’éloigne et le seul soutien qui semble être à la hauteur, le plus stable et le plus sûr, semble être son fidèle ami d’armée Ye-joon.

Pour avoir pris la peine de s’attarder sur cette dimension humaine créé par cette triangulaire et ses complexités, My Friend & His Wife vaut la peine d’être vu. A côté de cela, on ne peut nier ces longueurs où la place de chaque plan n’est pas toujours justifiée, mais passons. Je noterais les quelques audaces, qui nous ont values une scène d’accouchement des plus réalistes où la caméra saisit l’instant de façon naturel et intime, impressionnant. Abordé aussi le thème de la masturbation féminine était plutôt improbable et plaisant, car rarement mis à l’écran. Sans être un film majeur, My Friend & His Wife reste un long intéressant de par sa sensibilité, ce qui lui a d'ailleurs valu une mention spéciale des membres du jury de la 4ème édition du FFCF.

Diana

Le Festival Franco-Coréen 2009, c'est fini !


Le festival Franco-Coréen du film est bel et bien fini. Après près de 20 longs métrages visionnés et 10 courts, on a envie de dire « ouf », un ouf de soulagement car il faut bien admettre que cette quinzaine a été des plus éprouvante, autant pour les partenaires que les organisateurs. L’équipe du festival a d’ailleurs exprimé sa joie de clôturer cet évènement qui les a tous bien fatigués...

La dernière séance s’est présentée de façon simple et spontanée à l’image du festival. Les remerciements et les jolies accents coréens se sont mêlés à l’enthousiasme du public (nous étions assez nombreux pour cette énième projection et c’est tant mieux !). A cet occasion, le palmarès de la 4ème édition a été révélé, laissant I.D. et moi-même largement satisfaits du choix fait par le jeune jury d’étudiants. Les heureux primés sont :

- Potato Symphony de Jeon Taek (long métrage)
- Too bitter to love de Gone (court métrage)
- My friend and his wife [Article à venir] de Shin Don-Il (long métrage - mention spéciale du jury)

La sélection vous la connaissez et nos avis aussi, à travers nos critiques quotidiennes, je ne vais donc pas m’attarder dessus. J’aimerais plutôt faire part de mes impressions. Ce rendez-vous a été une occasion de partage entre amateurs et passionnées. Il fut aussi l’occasion de débat plus ou moins houleux, de franches rigolades et surtout de grand plaisir. I.D. et moi-même avons enfin pu mettre des visages sur des rédacteurs régulièrement suivis : l’équipe de Cinémasie (Carth et Gilles), David du sympathique blog L’impossible blog ciné et Pierre de Dooliblog. En bref, une 4ème édition qui marquera de jolies souvenirs, en plus d’heures de sommeil manquées.

La soirée de clôture s’est terminée au Bob Cool (petit bar du coin) où l’équipe organisatrice s’est réunie accompagné des partenaires blogger et membres du jury pour discutailler de nos impressions et échanger sur le FFCF. A cette occasion, nous avons fêté l’anniversaire de l’une des figure de ce festival, Monsieur DongSuk Yoo, chef programmateur, qui a inclus Madeinasie dans le projet de création du Blogger Daily (blog officiel du festival).

Une quinzaine qui se finit en beauté et qui promet, nous l’espérons de belles perspectives pour l’édition prochaine.

Diana

mardi 17 novembre 2009

Testimony : Effort de guerre [Festival Franco-Coréen]

Le Festival Franco-Coréen du Film 2009 nous offre un panel de film dit Classique pour notre plus grand plaisir. Cette saison voit la projection de quatre films de propagande sous l’ère de la dictature à (re)découvrir. Pour ma part, c’est la découverte d’un cinéma méconnu qui compte parmi eux deux oeuvres d’Im Kwon-taek, un cinéaste que nous admirons tout particulièrement à Made in Asie. Il est toujours agréable et enthousiasmant de découvrir des œuvres antérieures à celles connues. Et le moins que l’on puisse dire avec Testimony / Jeungeon (1973) de Im Kwon-taek c’est qu’elle dénote de sa filmographie récente. On a tous un passé, même les maîtres en ont un qu’il soit discutable ou non…

25 juin 1950, l’aviation Nord-Coréenne s’attaque à Séoul, nous suivons dès lors le parcours de Jiang, un sous-lieutenant et sa fiancée, Soon-ah qui vont traverser chacun de leur côté les horreurs de la guerre…

Testimony est un film de propagande, il n’y a aucun doute à ce sujet tant le film se veut patriotique avec des relents de nationalisme, anti-communiste pour sa diabolisation du système nord-coréen et pro-militariste pour sa mise en avant de la ô combien grandiose armée sud-coréenne qui même face à l’adversité se bat pour la Liberté (noté le grand L). Testimony c’est un grand film de guerre qui pour l’époque se donne les moyens de réaliser une fresque imposante. Des centaines de figurants, des chars d’assaut en veut tu en voilà, bref tout ce qui ravira les amateurs.

Après, Testimony souffre du poids des ans mais surtout d’une époque. Un jeu outrageusement exagéré, sans parler des dialogues hallucinants de nullité, des caricatures dans les rôles phares du film et un discours qui pourra en amuser certain ou en consterner d’autre. Ainsi, on visionne ce Testimony avec un certain recule et on l’apprécie pour ce qu’il est. Un film de propagande nous ouvrant les yeux sur la communication d’une dictature à son peuple par le biais du cinéma, tous les moyens étant bons pour faire passer un message. Côté mise en scène, rien de frappant, très académique dans la manière de développer son récit.

Pour ma part, c’est plus un fétichisme (de) cinéphile qui me pousse à voir ces œuvres telles que Testimony. Pour le reste, pas sûr que le film plaise, d’autant plus qu’il s’avère très longuet par moment voire lassant.

I.D.

lundi 16 novembre 2009

4ème Festival Franco-Coréen du Film 2009 : Regards Croisés 2

Ce deuxième Regards Croisés mêlent cinq nouveaux courts (3 coréens et 2 français) qui pose la question de l’homosexualité dans la société coréenne et son pendant français.

Within (2008) de Lee Hy-in
Deux jeunes filles (Min-ji et Mi-ji) vivent ensemble. La première se sent mal à l’aise lorsque la deuxième se rapproche d’elle…
Within a sans nul doute des qualités au travers desquelles je suis passées. Très amateur dans la réalisation, des rapports entre les personnages mal définis, rien de transcendant. Pourtant, des qualités, il doit bien y en avoir quelque part pour que ce « film » soit présenté dans cette sélection… non ? Peut-être pas…

I am (2008) de Kim Hea-in
Deux lycéennes et leur rapport à l’amour. Yu-min est lesbienne et déteste la société dans laquelle elle vit. Ha-eun vit quant à elle un premier amour qui ne se passe pas comme elle le souhaiterait. Les deux jeunes filles se rapprochent et Yu-min prend peur…
I am se regarde. Il se regarde juste. Il ne se vit pas. Aucun attrait pour ses personnages, une réalisation peu judicieuse, c’est inintéressant. Au secours !

Le Baiser (2007) de Julien Eger
Un jeune homme accompagne sa petite amie à une répétition de la pièce de Roméo&Juliette. Cette dernière s’absente, il donne alors la réplique à « Roméo » en interprétant « Juliette »…
D’après le producteur, Le Baiser arrive en fin de vie, celle qui concerne son tour des festivals (pas moins de douze pays). Á part ça, rien. Je suis resté imperméable à la chose… y a des fois… lorsque ça ne veut pas, ça ne veut pas…

Tel père, telle fille (2007) de Sylvie Ballyot
Julie, une jeune femme lesbienne rend visite à son père handicapé. Père et fille ont du mal à communiquer…
Tel père, telle fille c’est long, très long et ennuyeux en plus d’être très long. Je retrouve certains points négatifs des courts-métrages précédents : inintéressant, des personnages qui ne touchent pas, une histoire plate sans saveur. La fin provoque un : tout ça pour ça ?

Auld Lang Syne (2007) de So Joon-moon
Un parc, une rencontre. Le hasard réunit Chang-sik et Sung-tae, deux hommes d’un certain âge qui furent amants dans leur jeunesse. Ils se rendent dans un hôtel et ouvrent leur cœur…

Ouf ! Le rayon de soleil qui transperce un ciel ombrageux, Aud Lang Syne était de la partie et c’est tant mieux. Ce film de So Joon-moon ponctue merveilleusement ce Regards Croisés qui, disons-le prenait l’eau. Ce court-métrage est touchant, réalisé tout en pudeur et avec sensibilité. Il y a de l’émotion et un jeu d’acteur qui donne toute la dimension nécessaire à ces deux personnages. Un beau film donc qui mérite d’être vu.
I.D.

Children in the Firing Range : Champ de tir [Festival Franco-Coréen]

Oeuvre sociale qui s’inscrit dans les films Gyemong, Children in the Firing Range (1967) de Kim Soo-yong nous plonge dans la pauvreté d’un village dont les habitants survivent par le ramassage de détritus d’obus tirés par l’armée. Une institutrice, Ji-yeong arrive pour prendre ses fonctions dans l’école du village et réalise la pauvreté qui y règne…

Children in the Firing Range surprend. Car on s’attend tout d’abord à voir un film de propagande de plus alliant les mérites d’un pays et de sa population. Pourtant ici, si l’œuvre se targue de faire partie de ces films calibrés pour mettre en avant les préceptes du Gyemong, le cinéaste parvient à détourner son propos pour en faire une œuvre profondément réaliste sans embellir une situation qui se veut extrêmement difficile. De plus, si le doublage souffre d’un décalage certain, la prestation des enfants est remarquable, leur jeu sonne vrai et parvient à communiquer une véritable émotion. L’histoire de ces laissés pour compte se veut captivante et intelligente dans sa construction notamment sur les moyens engagés qui contraste avec le sujet traité. Bien entendu, si certaine ponctuation comme la musique employée et certains dialogues poussifs nous rappellent que nous visionnons un film de commande, ce film de Kim Soo-yong n’en garde pas moins une force de conviction dans son traitement.

Dans Children in the Firing Range, nous assistons donc au quotidien de villageois déracinés de leur terre depuis la séparation de la Corée. Á travers plusieurs portraits d’enfants et d’adultes, Kim Soo-yong lève le voile sur une situation précaire et toute particulière. Le moyen de survie est paradoxale puisque nombre de villageois vont jusqu’à risquer leur vie pour ramasser des bouts de métal issus de la destruction d’obus qui proviennent d’une armée censée les protéger face à l’ennemi du Nord. Á grand renfort d’artifice militaire, le cinéaste nous montre la quintessence de la force armée entre canon et avions de chasse qui virevoltent dans le ciel. Parallèlement la survie croissante des habitants et les prises de risque se mettent en totale opposition avec cette image donnée de l’armée : une puissance qui ne reculera devant rien. Un sentiment persiste, celui de voir une population qui souffre (et prête à être sacrifiée) au dépend d’une armée qui possède de gros moyens.

Finalement, Children in the Firing Range offre un sujet peu commun, ces ramasseurs de métal en usant d’un récit qui égratigne une Corée du Sud abandonnant certains de leurs citoyens à leur triste et dangereux sort. Si cette œuvre de Kim Soo-yong n’est pas à proprement parlé un brûlot, elle n’en garde pas moins une dénonciation d’une situation révélant les paradoxes d’un pays. Une Corée du Sud qui lançait de grands travaux pour moderniser l’ensemble du pays mais aussi l’importance donnée à l’armée dans ce conflit permanent avec sa sœur communiste aux dépends d’une frange de la population. Children in the Firing Range est incontestablement une œuvre à (re)découvrir pour une situation qui rappelle malheureusement celle de certains pays du tiers-monde actuellement.

I.D.

samedi 14 novembre 2009

Norwegian Woods : Quand le comico-gore s'invite... [Festival Franco-Coréen]

Norwegian Woods (2009), premier film du genre pour la novice que je suis, fut une découverte. Les trente premières minutes sont plaisantes, à la fois drôles et décalése. Le cinéaste No Zin-Soo introduit avec réussite son ambiance comico-gore entre personnages loufoques et musiques délirantes. Bref, on s’amuse, on rit, mais le bonheur est de courte durée. Passé cette demi heure, l’ennui pointe le bout de son nez. La suite n’est que recyclage d’un bon début de film. Et on tourne, tourne en rond… Les rebondissements (si l’on peut parler de rebondissements) se font attendre, le rythme s’essouffle et malgré les trépidantes scènes où nos quelques protagonistes courent à folle allure dans la forêt, on s’ennuie…

A côté de cela, on ne peut nier les hilarantes scènes où l’on se fend franchement la poire : la méthode disons-le personnel et musclé d’enterrer un corps, l’immersion musicale d’un jeune étudiant shooté à la colle... Donc oui le film peut se vanter d’avoir solliciter nos zygomatiques, à défaut de nous avoir pleinement satisfait d’un faux rythme et d’une deuxième partie sans surprise et mollassonne.

Assurément, Norvegian Woods est destiné à devenir un petit film culte pour les aficionados du genre, mais ne laissera pour ma part pas un souvenir impérissable.

Diana

jeudi 12 novembre 2009

Potato Symphony : Les loosers [Festival Franco-Coréen]

Comédie dramatique de Jeon Taek, Potato Symphony (2008) a été projetée en avant première en France au 4ème Festival Franco Coréen du Film 2009 au Cinéma de l’Action Christine. L’œuvre n’ayant pas encore été sorti sur les grands écrans sud-coréens, nous jouissons donc d’un petit privilège.

Lee Baek revient dans sa ville natale avec sa fille. Il y retrouve ses amis d’enfance avec lesquels ils combattaient des bandes rivales, mais vingt ans ont passés et les choses ont énormément changé. Si ses amis vivent de petit boulot dans des conditions difficiles, l’un de ses rivaux, Jin-han est devenu un malfrat riche et respecté…

Potato Symphony c’est un film de pote vu et revu, traité et retraité à nouveau par le cinéma. S’il n’a pas l’émotion d’un Friend (2001), ni la bastonnade à foison d’un The City of Violence (2006), ce film de Jeon Taek a au moins l’intérêt de s’arrêter sur ses personnages et de prendre le temps de les faire vivre. Du coup, on assiste à un film simple sur les relations amicales d’une bande d’amis dont le temps a réalisé son travail de sape. Les années lycée où ils s’adonnaient aux rivalités de bande et les relations avec les filles sont loin derrière eux. Que leur reste-t-il alors ? Pas grand-chose si l’on escompte les souvenirs. L’auteur nous raconte ainsi l’histoire de ces « galériens » qui se ressassent le passé avec nostalgie tout en se perdant dans les boissons alcoolisés et les karaokés qui semblent être la seule distraction qui leur permettent de s’échapper d’un présent qu’ils n’assument pas pleinement.

Voir les quadragénaires de Potato Symphony se démener pour se donner un leitmotiv et de ce fait rattraper une vie qui leur a filée entre les doigts est plutôt agréable. On assiste à des moments très humains, très doux sans pour autant échapper à la violence qui n’est jamais bien loin. Une violence sur laquelle ils ont construits leur réputation, une violence qui les maintient encore en vie comme si elle leur permettait d’exister, comme si cette violence représentait le symbole de leur réussite passé et ce par quoi ils veulent reconquérir un affront vieux de vingt ans. Pourtant, Potato Symphony n’échappe pas à quelques critiques. Ainsi on pourrait reprocher au film d’être long avec des séquences étirées qui n’étaient pas nécessaires. Au-delà des personnages caricaturaux, il y a des fautes de mauvais goût ici et là. Je pense particulièrement à cet échange entre deux protagonistes qui font de la moto dont les pensées en forme de dialogue s’inscrivent sur pellicule. Le rendu est comment dire : cul cul la praline…

Potato Symphony n’est pas un film auquel on adhère du tout au tout cependant il a des qualités propres qui le rendent attachants. Surtout, je tiens à souligner l’intelligence (si s’en est une) du cinéaste qui ne surnage pas son récit dans la violence pour remplir le contenu, mais aussi qui ne se perd pas dans d’interminables flash-back souvent de rigueur dans ce genre de cinéma et ça ce n’est pas rien. Faire les choses simplement sans fioritures, voilà comment est mis en scène Potato Symphony

I.D.

Sélection 2009 : Courts-métrages 1 [Festival Franco-Coréen]

Ce premier tir groupé de courts-métrages (programmé après le deuxième), s’inscrit également dans la section Sélection 2009, dont un jury d’étudiants en départagera le meilleur. Un jury qui compte sept étudiants, rectifions ici une erreur faite lors de la rédaction et la diffusion de l’article consacré aux courts-métrages 2, où nous en avions mentionnés que cinq. Mea culpa. Ainsi donc…

[Fish de Byun Byung-jun]
Dans ce court-métrage de Byun Byung-jun, nous suivons en parallèle la découverte d’un corps sans vie par un pêcheur et le quotidien d’une jeune fille Eun-Jin, qui travaille dans un cybercafé à mi-temps. Cette dernière attend le retour de son patron alors que la police arrive sur les lieux de la noyade…

Fish joue la carte d’un pseudo thriller basé sur un faux suspens dont l’évidence frappe. Il n’y a pas grand-chose à en retenir si ce n’est l’atmosphère quelque peu étouffante qui s’y dégage. Le réalisateur ne raconte finalement rien en presque une demi heure, si ce n’est qu’un prédateur rôde. Jeune fille faites attention. Une question me turlupine : Byun Byung-jun ne réalise-t-il pas Fish comme une carte de visite qui lui permettrait d’en faire un long ? Qui sait… ? On a peut-être bel et bien assister à la demi heure d’un futur long de 2h30 qui s’amuserait à mélanger Memories of Murder et The Chaser

[Stop de Park Jae-ok]
Dans Stop, Young-seok est au volant de sa voiture. Accompagné de sa mère qui ne cesse de s’amuser à lever et baisser la fenêtre, il commence sérieusement à perdre son calme. Soudain, il braque le volant de son véhicule pour éviter un camion… Le temps s’arrête alors…

Park Jae-ok met en scène avec ce dessin animé une petite comédie bien sympathique qui sait divertir. L’idée est originale, les personnages sont attachants. On passe un agréable moment. Bien pensé, bien réalisé.

[Hybrid de Saino Kim]
Á l’heure où l’on parle de plus en plus de biocarburant, d’un pétrole polluant qui se raréfie, ce court fait étrangement allusion à cette actualité. Dans la campagne reculée, un camionneur prend en stop un routard français. Ils font un bout de chemin ensemble. C’est alors qu’au détour du voyage, l’auto-stoppeur va faire une découverte bien étrange…

Avec Hybrid, Saino Kim nous plonge dans un univers redneck sud-coréen dans lequel il parvient à maintenir une aura mystérieuse autour du camionneur. On s’invite chez ce dernier par le biais du voyageur français. On aime à croire que l’auteur ait réalisé ce court dans une démarche profondément écologiste. Ce film est réussi bien qu’on aurait aimé plus de sobriété dans le jeu de l’acteur français que le trop plein de dialogues nuit. A la place, un langage corporel plus travaillé aurait été apprécié et davantage en accord avec sa relation avec le camionneur coréen.

[Coldblood de Park Mi-hee]
Coldblood raconte l’histoire d’un conducteur de voiture qui évite de justesse un cycliste, lui passe de front avec vélocité. Hors de lui, le conducteur rattrape le (la) jeune cycliste et lui donne une leçon, s’en suit alors une poursuite infernale entre ces deux là…

Park Mi-hee se loupe. Coldblood ne captive pas. On assiste à sa projection passivement, bien que le début donnait à voir. Malheureusement on reste dans l’attente d’une chose qui ne viendra pas : du sens à l’ensemble. En gros, on nous rejoue le Duel de Spielberg entre une voiture et un VTT et après ? Pas grand-chose. Pas de suspens. Pas de but défini si ce n’est de permettre à son auteur de jouir d’un grand défouloir qui n’a ni queue, ni tête. Ce court-métrage ne laisse pas une grande impression, il s’oublie vite. Un grand bof de désapprobation.

[Too bitter to love de Gone]
Le court-métrage, Too bitter to love met en scène un couple de lycéens qui vivent leur première expérience amoureuse. Alors que le jeune homme sort acheter de quoi manger, le voisin de ce dernier pénètre dans la chambre et se retrouve seul avec sa bien aimée…

Voilà l’un des courts-métrages les plus dérangeants. Too bitter to love de Gone commence comme un film bon enfant (ah les premières fois… que de nostalgie) et puis insidieusement comme un boa qui enroule sa proie la sentence frappe. On assiste à un point de rupture qui bouleversera à jamais la vie de l’héroïne, une punition d’autant plus symbolique que sa mère croyante lui a offert un anneau de virginité. L’auteur s’intéresse ici à une vie qui bascule en un instant et dont les conséquences sont désastreuses. Un traumatisme vécu en silence comme une honte impossible à communiquer. On sent ce poids chez cette jeune fille qui souffre en silence, sans pouvoir dire les choses, sans pouvoir en informer sa mère. La dernière scène est des plus touchantes pour cela. L’actrice parvient à rendre à l’écran tout ce qui la tiraille avec un jeu tout en finesse et sincère. Constat après visionnage : ça calme.

I.D.

mercredi 11 novembre 2009

Punch Lady : Le combat d'une femme [Festival Franco-Coréen]

A la lecture de son synopsis, Punch Lady (2007), premier long métrage (en tant que réalisateur) de KANG Hyo-Jin n’avait pas grand-chose à revendre. Et j’avoue y être allée sans grand espoir d’y découvrir une œuvre enthousiasmante. Mais il existe dans ce Punch Lady, il faut l’accorder des aspects intelligents à défaut d’être toujours réussis.

Eun-Ha est une femme battue, dont le mari n’est autre qu’un champion d’une boxe qui s’apparenterait au K-1 (Free Fight). Un jour alors que son mari tue un adversaire lors d’un combat, la colère s’empare d’elle et la pousse à le défier sur le ring. Elle s’y tient et s’entraîne avec ténacité jusqu’au jour J.

Punch Lady, a le mérite de s’attaquer à un fait de société sérieux peu traité au cinéma, qui est celui de la violence conjugale et ses conséquences. La considération de la condition de Eun-Ha n’attire pas la compassion et le cinéaste révèle cette contrariété présente dans la société coréenne. Sa sœur au courant de sa situation ne fait rien pour l’aider, la parution de la nouvelle dans le journal n’a pour effets que les ragots et le sentiment de honte à son égard… A côté de cela, cette violence porte à conséquence le comportement d’un enfant traumatisé (la fille de Eun-Ha). Du poids de cette mère battue résulte le rejet d’une fille pour la figure maternelle, lui reprochant de ne pas se défendre sous les coups de son père. Un enfant perturbé dont le refus de l’autorité familiale et l’automutilation seront les seuls moyens de communiquer sa souffrance.

Le pari de réaliser cette comédie dramatique sur un sujet aussi tragique était ambitieux. On peut certes rire de tout , émettre un ton divertissant et léger pour faire passer les messages les plus difficiles, mais le mérite aurait été tout autre si le film avait fait preuve de plus de subtilité. L’équilibre est toujours possible et ce mélange des genres ouvrait à de belle perspective, malheureusement Punch Lady souffre d’un manque cruel de lucidité et de réalisme tant sur le poids de la souffrance de Eun-Ha que sur une fin contestable, totalement décevante. On aurait aimé que le cinéaste creuse ce tabou pour en extraire toute sa complexité, mais ce n’était pas le but recherché, on l’aura compris. Finalement, l’impression est d’assister à une comédie divertissante, rien de plus banal, sous fond de trame tragique non aboutie, et à une réalisation stéréotypée par des codes qu’un cinéma coréen contemporain a imposé (Flash-back, plans et cadrages…).

Diana & I.D.

mardi 10 novembre 2009

La première pub TV pour la chaîne d'état nord-coréenne

Historique : le premier spot publicitaire a été diffusé à la télévision d'état Nord-coréenne ! C'était hier, lundi 9 novembre, et ce qui est sur c'est que ça n'a pas du tout plu au dictateur Kim Jong-il.

Le régime avait fait part au directeur de la télévision d'une programmation trop soporifique. Ni une, ni deux, la proposition d'intégrer des pub TV a été adoptée. Erreur qu'était de vanter les mérites d'une bière national Taedonggang (la bière de la rivière Taedong) puisque le dictateur Kim Jong-il n'a semble t-il pas apprécié ce symbole du capitalisme, alors que son royaume communiste se veut le plus fermé du monde. Résultat : le directeur a été viré et la publicité est passée à la trappe... Une autre idée pour muscler la télévision nord-coréenne ?

Sélection 2009 : Courts-métrages 2 [Festival Franco-Coréen]

Second tir groupé de court-métrage, cette sélection s’inscrit dans la section Sélection 2009 du Festival Franco-Coréen. Ils participent au Prix du jeune public constitué d’un jury de cinq étudiants.

Unfamiliar Dreams de Kim Ji-gon
Ce court-métrage de Kim Ji-gon nous plonge dans la dernière journée d’un projectionniste en témoignant des derniers soubresauts de vie de ce cinéma, qui va pour agrandir une route être détruit.

Unfamiliar Dreams s’inscrit dans la veine des films contemplatifs. On y sent du Tsai Ming-liang (même si l’auteur s’en défend), du Pen-ek Ratanaruang ou bien encore du Apichatpong Weerasethakul dans le style du réalisateur. Ce film est constitué de longs plans fixes comme pour mieux s’imprégner de l’instant présent et de figer ce lieu des hommes qui le constitue. Un devoir de mémoire que le cinéaste ne parvient pas complètement à installer malgré un style qui aurait pu s’y prêter.

Dust Kid de Jung Yumi
Dessin animé de Jung Yumi, ce court s’intéresse à Eu-jin, une jeune femme que l’on retrouve dans son appartement alors qu’elle décide de faire le ménage. Lorsqu’elle se met à nettoyer elle fait la rencontre d'un petit enfant de la poussière…

Dust Kid est intriguant, le plus curieux de ce tir groupé, le plus intéressant aussi. Intriguant parce qu’on ne sait pas à quoi on assiste vraiment. Intéressant parce qu’il se dégage de ce court métrage une violence toute singulière. Une violence qui ne choque pas aux premiers abords parce que dessiné. Pourtant, la façon dont ce personnage animé, Eu-jin, a d’écraser ces « enfants de la poussière » interpelle, d’autant que ces enfants on la particularité d’avoir un visage identique au sien. Que cache Eu-jin ? Existe-t-il une métaphore sur la vie ? Est-ce la conscience du personnage qui s’invite ou encore une peur qu’elle tenterait d’oublier ? La présence de l’auteur aurait pu certainement apporter une compréhension à l’ensemble… En attendant, la réflexion autour de ce court métrage demeure…

Balcon à part de Gwak Mi-sung
Ce court de Gwak Mi-sung s’intéresse à un écrivain sud-coréen, Kyu-dong, qui vit en France avec sa petite amie française, Emma. Le titre de séjour de Kyu-dong qu’il ne parvient pas à renouveler arrive à expiration, une dispute éclate, s’en suit une tension avec l’invasion de pigeons sur le balcon de l’appartement du couple.

Balcon à part nous invite dans la vie d’un résident. Dans ce presque huit clos, la cinéaste met en scène un parallèle plutôt original entre Kyu-dong et les pigeons lesquels envahissent le balcon de notre protagoniste. Un constat, les difficultés d’un étranger dans le rapport avec l’autre. Une métaphore entre la situation de Kyu-dong et ces oiseaux, où s’invite durant la mise en scène un amoncellement de mots (parfois dénigrant). Une dernière partie qui rappelle une certaine forme du cinéma de la Nouvelle Vague française mais actualisé. Balcon à part c’est un peu tout ça à la fois…

Untitled de Bak Junyeong
Court-métrage sans titre du réalisateur Bak Junyeong, Untitled nous narre l’histoire d’un écrivain qui vient de ponctuer son roman. Il part en faire des copies mais aussi démarcher un éditeur qui ne semble pas très réceptif. L’écrivain après avoir récupérer ses photocopies rentre chez lui.

Untitled n’a pas grand-chose pour lui. L’histoire n’a rien d’originale, on suit un personnage plutôt transparent et finalement on se dit en toute fin : « je ne pige pas trop ». Si quelqu’un a compris où voulait en venir le réalisateur qu’il n’hésite pas à m’ouvrir les yeux à ce sujet. En gros, c’est l’histoire d’un mec… comme dirait l’autre mais ce n’est pas marrant, cela ne prête pas à sourire, cela n’interpelle pas, on assiste à la chose et puis c’est tout, on passe notre tour. La seule audace (et encore !) de l’auteur c’est d’intitulé son film : Untitled. Si le réalisateur a été indécis quant au titre à donner à son court et de ce fait jouit de cela pour se démarquer, il est tout aussi indécis dans le récit qu’il propose. La dernière scène qui s’invite sort de nulle part, ici encore, j’affiche le point d’interrogation. En somme, ce sont juste quatorze minutes inintéressantes d’un type tout aussi inintéressant. Á bon entendeur…

Suicidal Variations de Kim Gok et Kim Sun
Duo de réalisateurs pour le huit clos, Suicidal Variations. Kim Gok et Kim Sun mettent en scène une jeune femme qui vient de tuer un individu masqué. Perturbée, la jeune femme décide de se suicider…

Suicidal Variations est un court dans la pure tradition (si elle existe) des films d’art & d’essai destinés aux galeries d’art. Pourtant au vu de ce film, il n’y a rien de nouveau en la matière. Un sentiment tout particulier nous apostrophe, celui d’assister à une entité cinématographique déjà vu X fois. Les mêmes plans, jeu de lumière et montage épileptique sans compter sur une même bande son triturée. Rien de surprenant ou d’innovant. Je leur conseille de proposer ce court à Aphex Twin. Des fois que ce dernier en aurait marre du travail (unique) de Chris Cunningham…

Diana & I.D.

lundi 9 novembre 2009

Portrait de famille : En route vers mon père [Festival Franco-Coréen]

Le jeune réalisateur Kim Young-jo décide pour son documentaire de fin d’études Portrait de famille (2007) d’aborder un sujet qui lui est personnel et cher : la découverte de l’existence d’un père qu’il croyait décédé.

Kim Young-jo souffre de l’absence de son père et développe une curiosité à son égard. Sa mère lui apprend la vérité à son sujet : il n’est pas mort et est parti à sa naissance en faisant acte d’abandon. Aujourd’hui, ce père est marié à une autre femme et a une famille. Suite à cette révélation Young-jo décide d’aller à sa rencontre…

Portrait de famille va au-delà de tout sentiment pudique. L’auteur Kim Young-jo dépasse cet état pour se mettre en scène dans ce documentaire où il est le principal protagoniste. Il fait le choix d’un sujet qui le concerne en tentant de comprendre la disparition d’un père et d’aller à sa rencontre pour le connaître et trouver réponses à des interrogations qui perturbent l’existence de l’homme qu’il est. Pour ce faire, le cinéaste se filme et filme ses proches (mère, tantes, amies…), se lançant dans une investigation qui le mènera jusqu’à l’être absent de sa vie : son père.

Pourtant, Portrait de famille interroge sur la mise en scène employée. Une mise en scène tellement présente qu’elle tue le style documentaire, donnant l’impression d’assister à un docu-fiction. On sent un naturel faussé dans sa réalisation, renforcé par un montage qui laisse peu de place à l’improvisation. A tel point qu’on se demande si Kim Young-jo ne joue pas son propre rôle au lieu d’être tout simplement lui-même. Autre chose frappe : la dextérité dont font preuve la mère et le père face caméra, totalement désinhibés devant l’objectif : sont-ils familiers du fait ? Les scènes ont-elles étaient faites et refaites à plusieurs reprises… ? Une incompréhension et un manque de spontanéité nt : comment a-t-il pu imposer l’immersion si parfaite de sa caméra au sein de sa démarche, avant tout personnel ?

On peut comprendre le montage, puisqu’il en existe comme dans tout documentaire, mais il y a ce quelque chose de perturbant dans la façon dont les protagonistes s’adressent à la caméra, sans gène, sans timidité, sans hésitation ni même rire nerveux. On a davantage de plaisir à contempler et à saisir le sens de sa démarche dans les plans où la caméra se cache, témoin discret d’une rencontre si particulière. Le sujet est délicat et l’acceptation de la caméra d’un homme qui a pour passé l’abandon d’un enfant semble difficilement crédible. Un homme, un père qui accuse 30 ans de silence et d’absence.

Ne mettant pas en doute la sincérité de la démarche de l’auteur, que ce soit d’un point de vue personnel, que dans la volonté qu’il a de révéler un sujet répandu, mal-être d’un enfant orphelin d’un parent, Portrait de famille laisse derrière lui un aspect dérangeant dans sa forme. Il n’en reste pas moins un beau projet universel qui marque indéniablement.

Diana & I.D

The Mountain in the front : Vie d’artiste [Festival Franco-Coréen]

The Mountain in the front / La colline d’en face (2009) est un documentaire de Kim Jee-hyun qui met en scène l’artiste peintre, Jin-kyung. On suit l’installation de l’artiste dans la ville de Hongcheon après avoir perdu son atelier dans un incendie. Elle récupère des effets personnels brûlés et en réalise des balles de tissus tout en préparant sa prochaine exposition…

The Mountain in the front est le portrait d’une femme ; d’une femme-artiste à la fois touchant pour son rapport à nous montrer l’intime entre les interrogations, les doutes, les difficultés qu’elle rencontre mais aussi captivant pour y voir la création, l’art qui naît sous nos yeux. Un certain amateurisme (faussement amateur) dans la réalisation donne à l’ensemble le sentiment d’assister à la projection d’une vidéo de famille. Nous sommes dans l’ordre de l’intime. Ce rapport, défini un lien direct avec l’artiste, une complicité s’engage dès lors. Cette manière d’opérer apporte au contenu un témoignage tout particulier. On vit avec elle ses tracas, le rapport à l’art et son impact avec la population.

Ce documentaire de Kim Jee-hyun pourrait en débouter plus d’un. Tout d’abord une réalisation peu orthodoxe dans sa corrélation avec le sujet filmé. La vie d’une artiste peintre méconnue en France pourrait désintéresser d’autant plus que comme tout artiste (sans vouloir faire de généralité), Jin-kyung a une façon bien à elle de vivre sa vie. Pourtant, il en ressort une facilité d’observation, une communication par le regard qui instaure un climat propice à faire de The Mountain in the front, une œuvre singulière. Une œuvre dans laquelle on se laisse immerger le temps d’une rencontre fortuite, une rencontre éphémère, un lien lointain qui perdura comme si l’on visitait et abandonnait une connaissance qui se raconte.

The Mountain in the front est une jolie petite surprise qui touche par sa simplicité, son sujet traité et qui parvient à faire véhiculer une approche différente à l’art.

I.D.

M : Mémoire d'un premier amour [Festival Franco-Coréen]

Voilà un film qui a beaucoup divisé lors de sa sortie, huitième films de Lee Myung-se, M (2007) est une œuvre multi-facette. Elle nous fait voyager d’un genre à l’autre entre le mélodrame, le fantastique ou bien encore le film à suspens.

Han Min-woo est un écrivain à succès qui souffre de la page blanche. Il ne parvient pas à commencer son nouveau roman qu’attend avec impatience son éditeur. Il se retrouve alors dans un bar où il fait la connaissance d’une jeune femme, Mimi. Des souvenirs lui reviennent alors en mémoire…

M dénote par une originalité peu commune. Si la réalisation est parfois brouillonne où se mêle un patchwork d’effets de style, elle n’en reste pas moins surprenante pour son côté expérimental. Pourtant, si ce côté différent dans la réalisation interpelle et étonne, elle n’évite malheureusement pas certaines longueurs qui viennent alourdir le récit. Le film lasse par moment bien qu’il nous invite à poursuivre et à l’accompagner sur un sujet touchant et plutôt bien exploité par le cinéaste. M relate le traumatisme de la perte d’un être cher qui hante le personnage principal, un écrivain à succès qui semble passer par différent stade : la folie, le rêve (cauchemar), la perte de mémoire ou bien encore les hallucinations.

L’écrivain vit dans un double univers où se mêlent vie réel et imaginaire. Cette immersion dans l’imaginaire débute à la date du décès de son premier amour, un dimanche 20 août. Dès lors l’homme perd tous repères, avec des perceptions faussées voir décuplées où il se projette dans des instants du passé mais aussi dans un présent (en parallèle). Des moments quelquefois irrésistibles que nous offre le cinéaste tels les scènes au bar Lupin tant sur un plan cinématographique qu’émotionnel. M crée alors une relation fantasmagorique avec cette image du passé qu’est Mimi, relation qui résonne au quotidien dans l’oreille de Han Min-woo et qui le perdra dans une certaine folie, un délire qui passe du rêve au cauchemar, et vice et versa.

M est une œuvre cinématographique audacieuse et complexe. Si le sujet semble banal dans le fond par l’éternel questionnement du deuil, le cinéaste prend le parti de la transparence, en retranscrivant visuellement le traumatisme, et de nous immerger ainsi dans l’univers psychique de cet écrivain. Une immersion complexe mais que l’auteur parvient à imposer par une mise en scène originale voire complètement étrange, à l’image de l’univers dans lequel évolue le personnage, et une sensibilité (décalée c’est certain) du sentiment amoureux et plus globalement de la relation amoureuse. Sensibilité qu’il impose au travers des pensées en voix off de l’irrésistible Mimi et de l’émotion tiraillé de Han Min-woo.

On pourrait reprocher à l’œuvre ces quelques longueurs et l’aspect parfois brouillon de sa réalisation, mais n’en déplaise à nombres de critiques, M vaut le détour, pour son audace et pour sa sensibilité. L’œuvre touche et perturbe, tout autant qu’elle étonne. Lee Myung-se ne fait ni dans la dentelle, ni dans le conventionnel. Ce qui est sur c’est qu’il signe ici une œuvre originale emprunte d’une certaine poésie.

Diana

A.U.D.I.T.I.O.N. : Le Langage [Festival Franco-Coréen]

C’est à un duo de réalisateurs à qui l’on doit A.U.D.I.T.I.O.N (2009), Kim Seong-jun et Lee Je-cheol mettent en scène la rencontre d’une malentendante et d’un danseur de Hip Hop.

Hyun-ji est cette jeune fille malentendante qui vit dans le repli depuis la mort de sa mère jusqu’au jour où elle fait la rencontre de Won-joon, un B-boy. Cette rencontre va faire renaître en elle son envie de danser. Pour Won-joon c’est l’attrait pour le langage des signes qui le rapprochera de cette dernière…

A.U.D.I.T.I.O.N ne convainc pas. Une chose frappe, durant tout le film, l’héroïne, Hyun-ji ne semble pas rencontrer de réelles difficultés dans son apprentissage de la communication avec « l’autre ». Les cinéastes tombent dans la facilité d’inscrire leur récit dans une linéarité qui rend l’histoire sans surprise où chaque scène est jouée d’avance. Ils nous livrent un sujet bâclé, notamment dans la relation père/fille traitée qu’en surface. On en vient même à s’interroger sur l’intérêt des scènes consacrées au père qui n’ont qu’un pauvre apport pour l’ensemble du film ; si ce n’est de nous montrer ses états d’âmes, et encore. Elles révèlent un désintérêt indéniable des deux auteurs pour ce personnage. Des scènes donc, sans grandes importances qui semblent présentes pour justifier d’un contexte, celui de l’incommunicabilité entre père et fille.

La communication est au centre du long métrage qu’est A.U.D.I.T.I.O.N L’idée de départ de réunir ces deux êtres que tout sépare (communication, style de vie) était plutôt intéressante. Et les deux réalisateurs s’y emploient en amenant le sujet du Langage chez les deux protagonistes. Le langage du corps pour l’un, par la danse et le langage des signes pour l’autre, des langages différents s’apparentant à des barrières qu’ils finiront par franchir en établissant leur mode de communication. Une communication qui va leur permettre de découvrir un monde différent, le monde de l’autre, et de se découvrir soi-même. Pourtant, A.U.D.I.T.I.O.N n’en reste pas moins un film à la réalisation impersonnelle. Un film sans relief qui se laisse regarder sans grande réflexion. Un film aussitôt vu, aussitôt oublié, qui ne marquera ni par son originalité, ni par la prestation des acteurs.

Diana & I.D.

Viva ! Love : L’Amour et ses tracas [Festival Franco-Coréen]

Comédie romantique de Oh Jeoum-kyun, Viva ! Love (2008) narre dans une petite ville de Corée du Sud qui souffre du chômage, l’histoire d’un amour entre deux individus que tout sépare. Bong-Soon, une mère de famille propriétaire d’une maison, tombe enceinte après avoir passé la nuit avec un copain de sa fille…

Viva ! Love est un film au sujet intéressant mais mal exploité par moment. Si l’histoire de départ s’avère propice à offrir une facette profondément humaine sur l’amour et ses conséquences, le cinéaste peine à rendre son sujet attrayant et l’ennui guette de temps à autre. En effet, le film accuse un faux rythme avec certaines scènes longuettes. Pourtant, le long métrage donnait à voir. Un amour peu commun, la différence d’âge, l’adultère prenant cadre dans une petite ville où tout vient à se savoir sur fond de crise. On regrette que l’auteur n’ait pris cette histoire plus à cœur et ait traité le sujet en surface.

Si Viva ! Love passe de temps en temps à côté de son sujet, le choix de faire rire tout en traitant sérieusement ce drame familiale et en particulier cette femme qui arrive à un tournant de sa vie fait mouche. Ceci, on le doit tout d’abord à de bonnes interprétations à l’image de Kim Hae-Sook en mère qui semble ne plus se satisfaire de sa morne vie où la routine du karaoké familial et l’éducation de sa fille (à papa) unique l’use chaque jour qui passe. On comprend dès lors que l’amour qu’elle porte au petit ami de sa fille est une renaissance qui chamboulera à jamais cette famille entre un père adultérin, sobrement interprété, qui fera le choix de rester et une fille qui tente de faire perdurer les liens familiaux contre vents et marées.

Viva ! Love de Oh Jeoum-kyun reste un film moyen. Il manque une qualité à l’ensemble qui aurait pu faire de ce film, un film de référence, un film marquant. Le réalisateur peut remercier ses acteurs qui parviennent grâce à leurs prestations à rehausser le niveau. Le film n’en garde pas moins quelques scènes marrantes et touchantes mais malheureusement pas assez fortes pour rendre le film différent de ce qu’il est, un film qu’on oubliera dans la masse des films moyens.

I.D.

samedi 7 novembre 2009

Six Daughters : La grande vadrouille

Dans Six Daughters (1967) de Bae Seok-in, nous suivons un couple qui rend visite à leurs enfants (cinq filles et leur fils, l’aîné de la famille) installés au quatre coin de la Corée du Sud alors même que la petite dernière tente d’introniser son petit ami.

Voilà un film dont le seul mérite est d’assister à la splendeur de ce qui fait un film de propagande. Un film impulsé par le pouvoir en place mettant en scène de nobles citoyens sud-coréens, une cartographie de la population où ouvriers, pêcheurs, homme d’affaire, militaires... se côtoient pour le bien et l’honneur du pays. On pourrait lui montrer un autre mérite, celui de nous montrer un pays qui se développe à travers de grands travaux mais aussi le visage d’une Corée en carte postale, entre les grands chantiers, les vestiges du passé et les paysages naturels.

Six Daughters c’est une comédie légère qu’on pourrait également qualifié de presque comédie musicale, nombre de séquences étant ponctué par des chants folkloriques. La réalisation est d’un académisme bon teint, pas loin tout de même du film documentaire pour routard en manque d’image. Ce n’est donc pas du côté de la réalisation non plus qu’on ira chercher un quelconque intérêt, encore moins dans le jeu des acteurs bien que l’acteur qui interprète le père nous offre des perles du genre. Côté scénario, c’est classique et sans inventivité. Tout est mis en place pour nous faire voyager d’une fierté nationale à une autre.

Le réalisateur Bae Seok-in nous offre donc avec Six Daughters une visite guidée d’une Corée du Sud à un instant T. Une Corée qui s’ouvre vers le développement en entrant dans une nouvelle ère de prospérité tout en préservant ses us et coutume, ses traditions et glorifiant ses paysages ainsi que sa population. Si le but de Six Daughters n’était pas de faire rigoler (du moins pas toujours), force est de constater qu’avec du recul il fait rire ou du moins sourire (moqueur) pour son côté kitsch et le sujet qui est aujourd’hui dénué de tout contexte politique de l’époque. Six Daughters est à découvrir pour se faire une idée des mentalités d’une époque.

I.D.

Their Last Love Affair : Le vent de l’adultère [Festival Franco-Coréen]

Their Last Love Affair / Jidokhan sarang (1996) de Lee Myung-se, connu également sous le titre français Amour fou s’intéresse à décrire dans leur quotidien un couple adultérin.

Young-min, un professeur de littérature marié s’éprend d’amour pour une jeune journaliste, Young-hee. Ils vivent passionnément cette relation cachée. Durant les vacances, ils décident de louer une maisonnette sur la plage pour y vivre…

Disons-le, Lee Myung-se est un cinéaste que je ne connais que de réputation, laquelle tourne essentiellement autour de son Duelist (2005) ou bien encore M (2007) et elle n’est donc pas terrible en ce qui le concerne. Quelle meilleure occasion donc que la 4ème édition du Festival Franco-Coréen du Film 2009 pour découvrir son cinéma et se faire une idée propre. Ce Their Last Love Affair s’avère après projection une jolie surprise dont je ne peux que plébisciter. L’œuvre du cinéaste sud-coréen enivre par sa légèreté, sa simplicité et sa liberté de ton qui réjouit autant qu’elle divertit. Si cette histoire d’adultère est racontée non sans humour, elle n’en cache pas moins une tragédie entre les doutes (est-ce que cette relation peut durer ?) et une certaine culpabilité de Young-hee à l’égard de la femme trompée. On y dénote aussi une belle retranscription de l’émotivité de ce couple illégitime dont les deux acteurs principaux offrent une superbe prestation. Ils parviennent à rendre leur personnages attachants bien qu’ils se complaisent dans la tromperie.

Their Last Love Affair nous plonge donc essentiellement dans l’histoire de ces amants. De la femme de Young-min, on n’en ne sera rien, une femme au foyer aimante élevant leurs deux enfants. Il en va de même de Young-hee qui rêve de se marier parce que l’âge de raison sonne à sa porte. Une situation critique pour tous les deux qui implose dans des circonstances parfois violente qui rompt les moments humoristiques qui vont jusqu’à s’inviter dans un comique de situation. Lee Myung-se se pose en véritable orfèvre de la fluidité en maîtrisant allégrement le rythme, entre les instants calmes et posés et les disputes du ménage. Cette maîtrise, il la possède également dans la profondeur qu’il donne à ses personnages via la retranscription de l’émotivité de ces amants. A mesure que l’œuvre avance, il souligne avec intelligence l’inconfort d’une situation adultérine qui revient dans la vie de nos protagonistes. Cette dextérité qu’il a de parler avec conviction de l’illusion du bonheur et le retour à la réalité est sans concession et sonne vraie.

Définitivement, Their Last Love Affair est une œuvre qui garde, même avec les années une fraîcheur et une authenticité dans la narration. On notera dans ce long métrage, un bel équilibre qui résulte d’un thème souvent abordé mais rarement si subtilement traité, celui de l’adultère. A découvrir et à redécouvrir…

Diana & I.D

vendredi 6 novembre 2009

Rough Cut : Miroir [Festival Franco-Coréen]

Assistant réalisateur ayant fait ses armes auprès de Kim Ki-duk, Jang Hun réalise Rough Cut / Yeong-hwa-neun yeong-hwa-da (2008), un film qui mélange les genres.

Soo-ta est un acteur célèbre spécialisé dans les rôles de gangster. Il a la particularité d’être violent et de malmener ses collègues sur les plateaux de tournages. Gang-pae est un malfrat, fan de l’acteur. Un soir, les deux hommes se rencontrent dans un bar. Le malfrat se rend alors compte de toute l’arrogance dont fait preuve cet acteur et l’affrontement n’est pas loin. Un temps passe, alors que le tournage du nouveau film de Soo-ta est menacé à cause d’un accident, ce dernier prend contact avec Gang-pae pour lui donner un rôle…

Dans Rough Cut, l’industrie cinématographique ressort égratignée avec une vision toute particulière dont fait preuve Jang Hun, son auteur. Si les personnages de ce film sont stéréotypés à outrance ce n’est que pour mieux les étudier. On assiste dès lors à un film dans un film qui prend des allures de comédie, de drame lorsque ce n’est pas de pur film d’action. Il est intéressant de se demander, si Rough Cut n’est pas emprunt d’un certain cynisme lorsqu’on sait que Kim Ki-duk est de l’aventure comme pour mieux fustiger le star system du cinéma sud-coréen dont ce dernier est en marge. On pense notamment à cette caricature de réalisateur « bouffon » demandant du vrai parce que plus vendeur à ses yeux.

Ainsi, Rough Cut s’intéresse à un rapport réalité/fiction mettant en opposition le cinéma et la vie de tous les jours. Un acteur qui joue dans ses films comme dans la vie un rôle trop grand pour lui. Un malfrat qui joue tout autant dans sa vie de criminel. Le cinéma qui s’inspire de criminels qui s’inspirent eux-mêmes de ce cinéma. Une boucle d’artifices et de simulacres où les individus incarnent un rôle, un jeu permanent qui flotte entre premier et second degré. Un miroir aux alouettes pour un jeu de miroirs où acteur et malfrat se rêvent l’un et l’autre jusqu’à une scène finale parlante de cet état de fait, celle du film (dans le film) où leur identité respective se confonde.

Finalement, Rough Cut reste un film intéressant bien que longuet par moment. Les parties réservées exclusivement aux gangsters sont des plus banales qui soient et reproduisent des choses vues mille et une fois. La chose captivante ici étant bien entendue les parties réservées aux tournages, aux relations acteur/gangsters, à ce miroir et aux images qu’ils renvoient. A noter également les sympathiques clin d’oeil à l’oeuvre de Lee Chang-dong, Green Fish. Œuvre qui s’intéressait déjà au monde interlope de la criminalité.

I.D

jeudi 5 novembre 2009

Breathless : Les coups et les insultes [Festival Franco-Coréen]

L’acteur sud-coréen Yang Ik-joon (Arahan, 2004) met en scène pour son premier long métrage une comédie dramatique : Breathless / Ddongpari (2008). Il y narre violence physique et verbale dans le quotidien d’une petite frappe, inadapté à la société.

Sang-hoon est un collecteur grossier et sans état d’âme qui pour récupérer l’argent des dettes n’hésite pas à faire parler ses poings. Alors qu’il quitte son neveu d’une demi-sœur qu’il évite, il fait la rencontre explosive d’une lycéenne, Yeon-hee. Elle devient vite la seule personne avec laquelle il parvient à communiquer…

Une chose est sûre avec Breathless, c’est que l’on ne s’ennuie pas. Paradoxalement, le film de Yang Ik-joon se laisse voir malgré le fait que son auteur utilise une violence des plus gratuites. Une violence gratuite (physique et verbale) qui devient gênante, si ce n’est ennuyeuse à mesure que le film avance, là est tout le paradoxe puisqu’un certain attachement à l’histoire et à ses personnages survit à cela. L’auteur s’arrête sur un anti-héro qui ne se nourrit, n’existe et ne s’exprime qu’à travers la violence. Un malaise l’habite, un malaise qu’il n’est pas loin de nous communiquer dans cette survie suicidaire, sans borne et sans limite. Un autiste dans un monde où personne ne le comprend jusqu’à cette rencontre, celle de l’écolière Yeon-hee tout autant désabusée par le quotidien que lui. Les deux se comprennent, même vie, même répartie, même gouache. On communique en se frappant, s’insultant, en se moquant… Un respect mutuel et une compréhension de l’autre jamais connue jusqu’alors dans leur vie respective.

Ainsi, Breathless interpelle, on ne sait si on aime le film ou non. Un sentiment mitigé persiste même après son visionnage. Ce n’est pas tant que la violence mette mal à l’aise (quoique, ici j’y mets une réserve, selon la sensibilité de tout à chacun cela va de soit) mais la question de connaître son but et comprendre le pourquoi d’une utilisation si extrême. D’une part, le film est réussi. Il a des qualités indéniables : son scénario, sa mise en scène mais aussi la prestation de ses acteurs. D’autre part, ce sont les moyens utilisés pour y parvenir qui me gênent. Si Breathless raconte l’histoire d’un homme antisocial rempli de rage, de haine et de culpabilité d’un traumatisme passé, doit-on pour autant excuser tant de violence, son emploi abusif qui la rend routinier à nos yeux ? Tout ceci étant sans doute rechercher par l’auteur… Certes la violence est brute et sèche, pas d’esthétisation et c’est tant mieux mais sa banalisation m’exaspère. La violence pour choquer ? La violence pour interpeller ? Le but de cette entreprise est des plus indécis. Pour ma part, je ne vois qu’une violence gratuite pour se faire remarquer. Elle n’était pas forcément nécessaire pour expliquer ce qui tiraille tant le protagoniste qui nous intéresse ici.

En définitive, Breathless fait partie de ces films qui divise tant par le sujet traité que la mise en forme donnée. Une dualité persiste en moi. Je l’aime tout autant que je le déteste. J’avais beaucoup d’appréhension avant de le voir notamment avec la réputation qu’il avait acquise dans nombre de festival où il était présenté. On ne peut pas dire que je sois déçu comme emballé. Breathless se vit à fleur de peau et un deuxième visionnage lui donnera (sans doute) toute sa grandeur ou sa déchéance cinématographique.

I.D

mercredi 4 novembre 2009

La Cité des douleurs : Fresque taïwanaise

Premier film de la trilogie consacrée à l’histoire de Taiwan, La Cité des douleurs / Beiqing chengshi (1989) de Hou Hsiao Hsien est un drame historique de 2h40. On y suit l’histoire d’une famille emportée par celle d’un pays à la fin de l’occupation japonaise et la prise du pouvoir par le Guomindang qui provoqua de nombreuses exactions.

Août 1945, le Japon capitule. Après un demi siècle de domination japonaise, l’île de Taiwan se retrouve sous le pouvoir chinois. Dans une famille taiwanaise les Lin, un enfant naît. Á travers les fils de cette famille, nous suivons le destin de cette famille ainsi que de Taiwan, entre l’enrôlement dans l’armée, la répression gouvernementale ou bien encore le monde des affaires souterraines…

Cette œuvre, La Cité des douleurs du cinéaste taïwanais montre donc une famille dans les affres de l’histoire et les tourments d’un conflit. Via une famille, Hou Hsiao Hsien parvient à raconter une histoire longtemps restée tabou. Il emploie pour se faire un style que le caractérise en usant de moyen de mise en scène épuré tel que le plan-séquence ou les mouvements de caméra rare et utilisé à bon escient. Comme souvent, il remplit son cadre où chaque plan s’apparente à un tableau aussi bien en extérieur que de l’intérieur.

La Cité des douleurs est une œuvre incontournable dans laquelle on retrouve toute la singularité de son auteur. Une œuvre intimiste où l’on assiste à une tragédie humaine dense et puissante. Hou Hsiao Hsien se pose en témoin d’une époque, il y dénonce cette époque trouble dans laquelle emprisonnement politique et exécutions étaient récurrents. L’œuvre du cinéaste est maîtrisé de bout en bout. Une puissance des images qui marque et nous fait tout bonnement voyager.

Hou Hsiao Hsien réussit avec La Cité des douleurs à imposer une œuvre remarquable qui n’a pas d’égale. Entre film moderne épuré et film d’une époque révolue, à savoir l’utilisation d’intertitres rappelant les films muets, Hou Hsiao Hsien raconte admirablement cette épopée familiale et historique. On ne s’ennuie pas une seconde même devant la durée de cette œuvre emprunt d’émotion. On la dévore des yeux comme si l’on y était, emporté par la magie tout en finesse et sobre d’un auteur de talent qu’on ne plébiscitera jamais assez.

D'autres articles sur l'œuvre de Hou Hsiao-hsien :
Millenium Mambo | Three times | Les Fleurs de Shanghai | Un temps pour vivre, un temps pour mourir
I.D.

dimanche 1 novembre 2009

La Nouvelle de la Classe : Transmutés

Nobuhiko Obayashi adapte avec La Nouvelle de la Classe / Tenkosei (1982) un livre écrit par Hisashi Yamanaka : Oregaaitsude Aitsugaorede. Le cinéaste japonais nous plonge dans l’univers de l’adolescence. Pour se faire, il s’emploie à mettre en scène une œuvre comique emprunt de fantastique.

Onomichi, une petite ville portuaire. Kazuo est un collégien qui se rêve réalisateur. Une nouvelle élève, Kazumi arrive dans sa classe. Cette dernière a vécu dans cette ville avant de déménager avec ses parents. Elle reconnaît en Kazuo un camarade lorsqu’ils étaient enfants et met au goût du jour des souvenirs qui irritent le jeune adolescent. Dès lors, Kazumi ne lâche plus Kazuo jusqu’à la fin des cours. En rentrant chez eux, ils arrivent en haut des marches d’un temple Shintô et chutent dans les escaliers. Lorsqu’ils reprennent conscience l’esprit de Kazuo se retrouve dans le corps de Kazumi et l’esprit de cette dernière dans le corps de Kazuo. Ils doivent, non sans mal faire face à cette nouvelle situation…

La Nouvelle de la Classe connue également sous les titres anglais : Exchange Students, I are You, You am Me et Transfer Students est une sympathique immersion dans l’adolescence au travers de ces deux personnages qui deviennent l’un et l’autre. Le garçon la fille et la fille le garçon. Ainsi, Nobuhiko Obayashi pause les questions simples de l’adolescent et de son rapport au corps qui mute pour devenir adulte mais également et surtout la place d’un jeune homme et d’une jeune femme dans la société. Ici, le cinéaste s’applique avec un humour à nous montrer par des comiques de situations cette crise identitaire qui apporte son lot de sourire. Finalement le film traite de ce passage obligé vers l’âge adulte que nous avons tous connus ou connaîtront et de la palette de sentiments qui en découle. D’une certaine manière voir ce film avec un certain recul apporte sa part de nostalgie sur nos jeunes années collégiennes.

Cette œuvre légère et simple est un divertissement de qualité qui traite admirablement de l’adolescence et de ses aléas. On y voit deux personnages (mais avant tout deux sublimes acteurs) qui doivent affronter leur changement physique et tout ce que cela peut entraîner psychologiquement. Le changement de corps était déjà un choc en soit mais la découverte d’un corps du sexe opposé l’est encore plus, entre première érection pour l’une/l’un et les premières règles pour l’un/l’une. Nobuhiko Obayashi pointe également l’objectif de sa caméra sur le rôle d’un homme et d’une femme dans la société, ce que l’on attend de chacun d’eux notamment sur l’image donnée aux autres. Intéressant donc avec l’éternel rengaine qui dit qu’un garçon doit être comme ça et une fille comme ci. Le film sait fustiger les règles établies. Ainsi que se soit sur le rapport que l’on a avec son corps et la place que tient un individu par rapport à son sexe en société, La Nouvelle de la Classe réussit à transmettre les sentiments vécus et véridiques entre les doutes, les joies et les tristesses.

Ces sentiments véritables, on le doit à un scénario et à une mise en scène qui savent être efficace et subtile quant aux sujets traités. Surtout les interprétations prépondérantes pleines de vitalité des deux jeunes acteurs rendent le tout attrayant. Satomi Kobayashi (Kazumi) et Toshinori Omi (Kazuo) sont formidables et bluffants. Il est difficile de trouver quelque chose à redire sur leurs prestations à l’écran. Ils parviennent à communiquer à la fois les interrogations et les peurs de leurs personnages mais aussi une désinvolture dans leur nouvelle situation, où les acteurs parviennent à percer les secrets du sexe opposé pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Surprenant de qualité. D’autant qu’ils sont bien épaulés puisqu’on voit passer dans ce long métrage Jo Shishido (Détective Bureau 2-3, 1963) ou encore Kirin Kiki (Still Walking, 2008), rien que ça. La part belle étant tout de même donnée aux adolescents.

La Nouvelle de la Classe est une réussite de bout en bout. Une comédie qui sait divertir et interpeller. La fin du film est superbement mise en scène avec Kazuo qui tient sa caméra et filme Kazumi dans une séparation forte en émotion. Des images superbes orchestrées par des aux revoirs pour un(e) ami(e) et un corps ami qui s’éloignent… un au revoir à une expérience unique qui changeront à jamais leur regard sur le sexe opposé, un regard rempli de respect mutuel et d’humilité.

I.D.