mardi 27 août 2013

Et là-bas, quelle heure est-il ? : Taipei / Paris

mardi 27 août 2013

Avec Et là-bas, quelle heure est-il ? / Ni neibian jidian (2001), Tsai Ming-liang nous invite au voyage pour son sixième long-métrage. Il s’intéresse ici à une réflexion sur le temps et la mort. On y suit la vie de Hsiao-kang, vendeur de rue à Taipei dont le père meurt. Il fait la rencontre d’une jeune femme, Shiang-chyi qui doit s’envoler pour Paris…

Tsai Ming-liang impose une mise en scène épurée, caméra fixe et rythme lent où il refuse le jeu à proprement parlé. Il y développe un sens de l’observation avec de longs plans-séquences. Le cinéaste s’attaque à un sujet délicat à retranscrire sur écran : le rapport à la mort, et ce qui en découle : l’absence et le manque. Le cinéaste taiwanais prend le parti d’installer son histoire dans deux espaces, celui de Taipei avec Hsiao-kang et sa mère, ainsi que celui de Paris avec Shiang-chyi. Par le biais de ces vies distantes qui s’exposent parallèlement, Tsai Ming-liang tente d’imposer la perception du temps passé et de la solitude.

Dans Et là-bas, quelle heure est-il ?, nous suivons donc Hsiao-kang qui après sa rencontre avec Shiang-chyi vit à l’heure française comme obsédé. Cette jeune femme devenant alors un repère temporelle pour lui, un fantasme impalpable. Cette obsession semble être l’une des conséquences du décès de son père. Cette évasion lui permet de s’occuper, de fuir la réalité pour un rêve issu de son imagination. Ainsi, Hsiao-kang peut oublier le manque d’un père défunt et tromper un chagrin qui le mine. Cette obsession est traduite par une volonté qu’a Hsiao-kang de changer toutes les horloges de Taipei pour les mettre à l’heure française. Il crée ainsi un lien virtuel avec Shiang-chyi, forme de réconfort affectif. Il se nourrit, boit, déguste de la nourriture et du vin français. Il échappe ainsi au conflit qui l’oppose à sa mère. 

L’autre corps en souffrance à Taipei dans Et là-bas, quelle heure est-il ? est celui de la mère de Hsiao-kang. Une femme qui ne parvient à faire le deuil de son mari. Elle ne parvient également à communiquer avec son fils. Ainsi, elle n’évoque jamais la mort. Cette non-acceptation se traduit également par des gestes du quotidien qu’elle reproduit, celui de parler à un mari (fantôme), de préparer le dîner pour lui comme pour tenter de faire revenir l’esprit de cet être aimé. Esprit qu’elle croit d’ailleurs réincarner dans un poisson de l’aquarium du salon. Une scène profondément poétique qui traduit tout le désespoir de cette femme. Une femme qui trouvera, enfin la libération d’un deuil trop dur à porter, et cela lors de son étreinte avec l’urne de son mari. Un partage physique symbolisant l’acceptation de son départ.

Á l’autre bout de la planète, en France, à Paris, le questionnement du titre de cette œuvre cinématographique : Et là-bas, quelle heure est-il ? pourrait s’adresser directement à Shiang-chyi. Cette dernière, étrangère qu’elle est à un pays et à sa culture découvre l’environnement hostile parisien. L’incommunicabilité est orchestrée par la barrière de la langue qui offre des scènes au quotidien qui virent aux burlesques et prêtent donc à rire. Pourtant, ces barrières créent en Shiang-chyi un profond malaise. Elle est rongée par la solitude. La rencontre d’une compatriote lui permettra de se réconforter. Elle retrouve en cette personne une familiarité qui lui permet d’aller mieux, tout en développant une ambiguïté homosexuelle. 
 
Et là-bas, quelle heure est-il ? de Tsai Ming-liang est une œuvre minimaliste et épurée qui sait être hilarante mais également profondément triste. 
Diana & I.D.

4 commentaires:

Olrik a dit…

L'étrange dernier screenshot me rappelle un certain film avec une certaine pastèque. Tout cela me donne envie de voir ce "Et là-bas quelle heure est-il ?". Après avoir vu un "the Grandmaster" qui m'a bien fait bailler, je gage que le père Tsai Ming-Liang saura maintenir éveiller mon intérêt.

I.D. a dit…

TML a tendance à faire des réf' d'un film à l'autre. Du coup, m'étonne pas que ce screenshot t'interpelle.

"The Grandmaster"... no comment. Ça pourrait être cinglant. Et pour revenir à TML, certaine mauvaise langue pourrait te dire que son cinoche est du genre ronflant. ;)

Olrik a dit…

"The Grandmaster"... no comment. Ça pourrait être cinglant.

Sais-tu qu'on raconte qu'Hisayasu Sato se taperait deux Wong Kar Wai à chaque petit déjeuner ? Perso je veux bien le croire.

Olrik, Chungking Express et c'est tout.

yetaland trailer a dit…

C'est un super film

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