jeudi 21 mai 2009

Made in Hong Kong : Produits (de l’) ordinaire

jeudi 21 mai 2009

Fruit Chan, cinéaste indépendant réalise avec des bouts de ficelle ce Made in Hong-Kong/Xiang Gang Zhi Zao (1997). Il met en scène avec cette oeuvre son premier film d’auteur qui retrace les pérégrinations d’une jeunesse délinquante désoeuvrée. Un regard noir dans un contexte particulier, année de rétrocession de Hong-Kong à la Chine. Film symptomatique, Fruit Chan embauche des acteurs amateurs, tourne dans des conditions difficiles et parvient à créer un film profondément réaliste emprunt d’un futur des plus incertains.

Made in Hong-Kong nous plonge dans le quotidien de Mi-Août et de son ami attardé mental : Jacky. Deux jeunes hong-kongais qui récoltent des dettes pour leur patron jusqu’au jour où ils font connaissance de Ah Ping, jeune fille atteinte d’une maladie incurable.

On l’aura compris, Fruit Chan est des plus évocateur en ce qui concerne le titre qu’il donne au film. Il nous montre ses personnages comme des purs produits d’une ville qui s’apparente plus à une jungle qu’à autre chose. Dans Made in Hong-Kong, la ville a son importance et jouit également d’une interprétation à l’état brut. Actrice à part entière et omniprésente, elle est montrée telle quelle, ville de rencontre, de rues étroites et grouillantes de monde, vétuste, immeuble délabré, claustrophobe, environnement urbain où les faibles meurent parmi ceux qui tentent de survivre.

Dans Made in Hong-Kong, il est aussi surtout question d’une jeunesses insouciante caractérisée par cette identité HK qui retourne à la mère patrie (Chine). On y sent flotter un pessimiste latent, un enfermement qui les étouffe. Le terrain de jeu de nos protagonistes est une prison à ciel ouvert, la fatalité y plane et il leur est impossible d’en sortir. Ils sont stoppés par une violence quotidienne où l’autorité parentale comme gouvernementale est aux abonnés absents.

Fruit Chan nous expose des personnages sans but, livrés à eux-mêmes pourtant l’espace d’un évènement, celui du suicide d’une jeune étudiante qui laisse une lettre derrière elle, ces jeunes adultes qui ont grandi trop vite retrouvent un leitmotiv, une échappatoire à leur routine. Mi-Août est hanté par cette mort et tente d’en percer le mystère. Malheureusement, la fatalité n’est jamais bien loin et Mi-Août l’apprendra à ses dépens.

Made in Hong-Kong de Fruit Chan est une oeuvre extrêmement pessimiste et intelligente, une oeuvre qui dégage une émotion sans que son auteur ne se perde dans l’exagération. C’est aussi cela qui fait la force de cette œuvre, celle de ne pas tomber dans le stéréotype, celle de montrer les choses de façon naturelle, et surtout celle d’être profondément humaine. La tragédie qui se joue est loin d’en être une, Fruit Chan montre avec talent un sérieux et une légèreté dans sa narration qui émoit tout naturellement. Made in Hong-Kong de Fruit Chan est une œuvre belle sur des destinés sombres, une œuvre incontournable.

I.D.

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