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dimanche 14 février 2010

Femmes de Yakuzas : ...aux pouvoirs [Rétrospective La Tôei]

dimanche 14 février 2010
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Adaptation d’un livre de Shôko Ieda, Femmes de Yakuzas / Gokudô no onna-tachi (1986) de Hideo Gosha raconte le milieu des yakuzas à travers le regard des femmes, les femmes de ces malfrats.

Osaka. Nous suivons une femme qui dirige un clan de 500 yakuzas alors que son mari est emprisonné. Elle rêve de marier sa jeune sœur au fils d’un riche homme d’affaire. Au même moment, le chef du clan Domoto meurt, s’ensuit une discorde qui oppose les différents successeurs…

Femmes de Yakuzas démarre sur une idée plutôt originale puisque ce yakuza eiga nous invite à vivre dans l’univers des gangsters nippons par le biais des femmes qui le compose. En effet, ces dernières dont les maris sont souvent incarcérés mènent les affaires en leur absence. Rare pour ne pas le souligner surtout lorsque les hommes qui composent les différents clans sont assujettis à faire de la figuration. Si cet aspect est des plus intéressant force est de constater que ce film de Hideo Gosha manque de punch et de vitalité.

Ainsi, Femmes de Yakuzas souffre de plusieurs maux. D’une part la longueur du film dans lequel on a du mal s’immerger, qui lorsqu’on y parvient, nous situe au générique final, frustrant donc. D’autre part, Hideo Gosha nous livre les sempiternelles histoires de successions avec tout ce que cela entraîne, entre les alliances qui se font ou défont au gré des trahisons. Sans parler d’une réalisation qui n’est pas digne du cinéaste auquel nous faisons face.

En conclusion, Femmes de Yakuzas est loin d’être le meilleur film de son auteur. Pourtant il reste regardable bien qu’il ne soit pas une priorité dans la filmographie du fameux Hideo Gosha qui avait matière à mettre en scène une œuvre différente. Petite déception donc.

I.D.

mercredi 10 février 2010

Dans l’Ombre du Loup : La vie d’un chevalier [Rétrospective La Tôei]

mercredi 10 février 2010
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Adaptation d’un roman de Tomiko Miyao, interprété par Tatsuya Nakadai et Masako Natsume, Hideo Gosha met en scène : Dans l’Ombre du Loup / Kiryuin Hanako No Shogai (1982), un film de yakuza.

Onimasa, un chef yakuza issu d’une famille de samouraïs adopte avec sa femme, Matsué, une jeune fille. Cette dernière vit alors au fil du temps les aléas du clan dont Onimasa est à la tête comme témoin privilégié …

Dans l’Ombre du Loup suit une famille dont le patriarche vit du métier de zegen, le commerce des femmes. A travers le personnage féminin de Matsué, nous suivons l’épopée d’une famille et d’une époque. D’une part les conflits entre clan yakuza et les femmes illégitimes de l’homme de la maison. D’autre part des mouvements politique notamment les syndicalistes qui opèrent alors au Japon et dont Onimasa va épouser la cause. Hideo Gosha montre aussi le regard porté aux femmes à cette époque où elles étaient peu considérées et souvent vues comme une marchandise parmi tant d’autre.

Le cinéaste nippon réalise avec Dans l’Ombre du Loup l’introspection d’un microcosme celui des yakuzas et en particulier les affaires liés à la traite des blanches. L’auteur s’intéresse à dépeindre avec franchise les drames qui traversent cette famille si particulière. Aussi bien pour le métier dont elle vit que la famille recomposée qu’elle représente. Ceci, Hideo Gosha le réalise avec simplicité et dextérité. Il filme les femmes avec beauté et les hommes avec bestialité. Si le film n’échappe pas par moment à un aspect bancal par certaines de ses longueurs, il conserve tout de même un intérêt propre.

Dans l’Ombre du Loup est un drame parfois mélo, un film de yakuza qui mêle famille du sang et d’adoption ainsi que loyauté au clan. Un film qui livre une émotion certaine avec une Masako Natsume (Matsué) splendide d’assurance et d’éclat. Une actrice qui est décédée prématurément à l’âge de vingt-sept ans et dont la perte est déjà un grand regret au vu de sa prestation.

I.D.

Combat sans code d’honneur : Genèse [Rétrospective La Tôei]

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Combat sans code d’honneur / Jingi naki tatakai (1973) de Kinji Fukasaku est un film de yakuza qui relate l’itinéraire de gangsters qui vont former un nouveau clan.

Hirono Shozo sort de prison après avoir tué un yakuza. Il retrouve ses partenaires du crime qui appartiennent maintenant au clan Yamamori. Il reprend les affaires et est choisi pour un contrat qui vise l’homme à la tête du clan Doi. Hirono Shozo l’exécute pourtant il est trahi par les siens et préfère se rendre à la police. Les années passent, Hirono Shozo est libéré…

Combat sans code d’honneur a cette aura propre au film de yakuza qui se veut majeur. Majeur pour sa mise en scène exubérante, pour ses personnages mais aussi pour ses interprètes qui donnent corps à l’ensemble. Kinji Fukasaku réalise une œuvre coup de poing sur le fil du rasoir, à la fois haletante et emprunte d’une certaine folie destructrice. Le cinéaste japonais parvient à nous plonger avec dévotion dans ce Japon d’après-guerre où le désenchantement est de mise. Un pays détruit où la loi du plus fort règne et où l’armée américaine est perçue comme une armée d’occupation sans foi ni loi. Au milieu du chaos, ces gens démunis et ces habitations détruites, des hommes tentent de s’en sortir par le biais du système D. Le marché noir, le vol, le meurtre, nous assistons à la mise en Abymes d’un univers, celui sur lequel des yakuzas vont se former et asseoir leur autorité.

Avec Combat sans code d’honneur, Kinji Fukasaku relate l’histoire d’un clan mais avant tout les hommes qui le composent. Il relate leur parcours personnel dans l’union de cette organisation criminelle. Des destins voués à un clan où certains respectent le code d’honneur qui les régit et où d’autres s’en passent allégrement. On assiste aux rivalités où les règlements de compte sont à base de coups de feu et de membre tranché par des catana. On s’enfonce aussi et surtout dans l’auto-destruction de ce même clan qui est né sur la souffrance et le sang. Les yakuzas ont la peau dur, brutaux, ils savent aussi pleurer comme des enfants en prétextant l’honneur. Kinji Fukasaku met en lumière un monde obscur rempli d’hypocrite et sait être cynique avec ces hommes, il est sans concession en dépeignant la face cachée de cet univers qui se veut exemplaire à travers un code que peu finalement respecte.

Combat sans code d’honneur a su être une œuvre culte et incontournable dans ce que le film d’exploitation nippon a pu donner. Ce film est une référence des films de yakuza par la maîtrise technique de son cinéaste mais aussi le tableau qu’il peint de cette micro-société infesté de manipulateurs, d’arrivistes, d’opportunistes où l’homme d’honneur et respectable se fait rare. Hirono Shozo en est un exemple indéniable, il est un homme qui ne se reconnaît plus dans ce système auquel il a tout donné et ça corps et âme. Mais d’une certaine manière, Kinji Fukasaku interroge sur ce prétendu code d’honneur de ces hommes de l’ombre. A savoir s’il a réellement existé c'est-à-dire respecté, appliqué et si ce code n’est tout simplement pas une manière de se donner bella figura… Dans tous les cas, Combat sans code d’honneur est une œuvre inévitable qui sait encore être enivrante de nos jours.


I.D.

jeudi 4 février 2010

Les Treize Tueurs : Le meurtre [Retrospective La Tôei]

jeudi 4 février 2010
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Les Treize Tueurs / Jusa-nin no Shikaku (1963) de Eiichi Kudo est un chambara où une mission est donné à un homme. Il doit réunir une équipe pour assassiner le frère du Shogun.

Matsudaira Nariaki est à la tête du clan Akashi. Il est réputé pour être un homme violent qui n’hésite pas à tuer impunément. Un ministre excédé par un tel comportement et après le hara-kiri d’un proche en guise de protestation décide de fomenter un assassinat secret. Pour se faire, il emploi un inspecteur qui réunit douze samouraïs. Ils exécuteront leur mission lorsque le cortège officiel de Matsudaira Nariaki sera sur la route de son retour d’Edo…

Les Treize Tueurs commence par un seppuku qui donnera toute sa dimension au film. Une scène symbolique pour un acte qui l’est tout autant. Un symbole de protestation contre l’arbitraire et la terreur d’un homme qu’incarne le personnage de Matsudaira. La goutte d’eau qui fait déborder le vase remplit déjà d’un acte infâme. Celui du meurtre d’un jeune homme découvrant le viol de sa femme par le chef du clan Akashi. Ce meurtre suivit du suicide de la jeune femme sera représentatif de la cause à effet, la réaction en chaine qui amènera un haut dignitaire à vouloir la tête du responsable. Eiichi Kudo parvient en quelques scènes à établir un plan de route qui nous amènera vers un point de non retour, où la mort imprègne chaque monceau de pellicule.

Le plan d’ouverture contrastera avec le chaos qui clôturera Les Treize Tueurs. Un plan d’ensemble vide où une silhouette avachie au loin telle un point minuscule se donne la mort devant un palais énorme. Répondra à cela des plans rapprochés dans une ambiance chaotique où une multitude de corps se démènent. Eiichi Kudo fait monter la pression de manière dissimulée tout du long. On suit classiquement un groupe d’homme qui se prépare à un assassinat. On y suit le passage obligé de la constitution du groupe, des préparatifs et au milieu de cela les états d’âmes de tout à chacun avant l’heure fatidique. Celle qui tarde à venir à mesure que des rebondissements infimes ne ralentissent l’Histoire qui se joue. Nos tueurs rôdent, se renseignent, attendent surtout ils fabriquent le piège.

La dernière partie est immense par la folie meurtrière et la tactique qui s’en dégage. Les Treize Tueurs passent à la vitesse supérieur une fois que le cortège de Matsudaira se retrouve piégé dans un village que les tueurs ont préalablement renforcé de telle sorte qu’il s’apparente à un labyrinthe. Dans ces allées réduites, barrées, les soldats visés font penser à des souris de laboratoire piégées, sous le joug de nos tueurs. Ces derniers exécutent leur plan et attaquent sans relâche alors que la garde rapprochée de Matsudaira tente de trouver une sortie qui leur permettrait de fuir la mort. On assiste dès lors à un combat acharné où les corps s’écroulent sous les flèches, les coups de lance et de catana porté. Une aura de fin de monde s’abat alors dans ces allées labyrinthiques.

Les Treize Tueurs est un film captivant. Captivant pour son intrigue et la ponctuation de celle-ci. Un maelstrom de son qui bouillonne et de mouvements désordonnés, désespérés face au professionnalisme des tueurs à l’oraison funèbre déclaré (des samouraïs appliquant de manière strict les règles qui les régissent). L’aboutissement de ce drame est un grand moment de cinéma.

I.D.

mardi 2 février 2010

Le Grand Attentat : La Rafle [Rétrospective La Tôei]

mardi 2 février 2010
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Chambara de Eiichi Kudo, Le Grand Attentat / Dai Satsujin (1964) met en scène la rébellion de samouraïs qui désirent ébranler le pouvoir en place.

Jinbo voit sa vie basculer le jour où un ami, recherché par le gouvernement trouve refuge chez lui. La police intervient et les deux hommes sont emmenés, la femme de Jinbo est tuée dans le désordre de l’arrestation. Jinbo parvient alors à s’échapper et fait la rencontre de Hira, un rônin sans le sou. Les complices de l’ami de Jinbo retrouvent ce dernier et lui propose de venger la mort de sa femme en épousant leur cause…

Le Grand Attentat ne respire sans doute pas le talent d’une œuvre mise en scène par le cinéaste Akira Kurosawa mais cette œuvre d’Eiichi Kudo n’en garde pas moins une maîtrise et une expression stylistique qui marquent. Eiichi Kudo réalise une œuvre qui sait tenir son spectateur en haleine. Le cinéaste japonais y parvient notamment avec une exposition qui nous met dans le bain dès les premières images. Une vie de couple tranquille se voit chambouler par l’arrivée d’un agent perturbateur qui emmène avec lui le chaos. Un contraste d’autant plus saisissant que l’entrée en scène de la police s’opère avec une caméra portée, plongée dans le feu de l’action. Poursuite d’une pièce à l’autre, catana dégainé et autre alpagages jusqu’à l’acte qui entraînera notre protagoniste sur le chemin d’un condamné.

Ce chambara qu’est Le Grand Attentat sait aussi être plus classique durant son développement où les intrigues prennent le pas sur l’action. La police enquête et tente de répondre à une hiérarchie qui s’inquiète des félons qui pullulent en rêvant d’une nouvelle ère. Eiichi Kudo calme le jeu et prend le temps de travailler ses cadres, approfondir ses personnages avec toutes les dualités qui les habitent. Il explique la cause qui les motive et sait être à la fois attrayant par la mise en place de sa narration mais aussi claire sur une situation qui oppose des factions antagonistes. Il explique deux mondes, celui du pouvoir et de la police qui torture et tue impunément pour anéantir l’autre monde, celui de samouraïs révoltés de leur condition, des samouraïs pauvres assujettis comme le reste de la population à un nouvel impôt agraire.

Comme il avait su l’entamer avec fracas, Eiichi Kudo ponctue Le Grand Attentat par un dénouement des plus chaotique qui soit. Nos révoltés vont au bout de leur motivation et fomentent un assassinat. Tout y est minutieusement préparé pourtant c’est dans le désordre que les choses se font. L’attaque filmée à nouveau avec une caméra portée se lance dans le marasme de corps au catana prêt à servir. Un bruit de lame qui claque, de corps en mouvement et de cris se mélangent en un marasme obscur où les révoltés à bout de souffle vont jusqu’au bout du sacrifice. Un attentat où tous se savent condamnés qui se réalise dans la campagne japonaise jusque dans un village lequel devient alors un énorme piège à rat à ciel ouvert. Sur la terre ferme et dans l’eau, les combats font rage jusqu’à la ponctuation lugubre.

Le Grand Attentat d’Eiichi Kudo marquera par son exposition et son dénouement à fleur de peau dans lesquels on se perd dans un brouhaha de son et d’action comme si nous étions au milieu des belligérants de cette cause perdue. Le cinéaste nippon parvient également à raconter avec force des portraits d’homme et de femme qui sont prêt à tout les sacrifices pour atteindre leur but mais aussi les aspects les plus sombres comme les trahisons ou bien la lâcheté. Un portrait noir d’une révolte qui parvient à contaminer même les plus désenchantés et inactifs à l’image du personnage de Haru, lequel retrouve une véritable condition de samouraï droit et juste. Une fin monumentale.

I.D.

 
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