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vendredi 10 juin 2011

Guerre des Gangs à Okinawa : Expatriés

vendredi 10 juin 2011
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Film de yakuza, Guerre des Gangs à Okinawa / Bakuto Gaijin Butai (1971) de Kinji Fukasaku, celui qu’on ne présente plus tant il a donné à ce genre sa magnificence met en scène la reconstitution d’un clan disloqué dont les six membres sont bien déterminés à récupérer leur part du gâteau.

Dix ans, durée à laquelle un ancien chef yakuza a été condamné pour avoir réglé ses comptes de manière sanglante avec un clan rival dans la ville de Yokohama. En dix ans, les choses ont énormément évoluées dans le milieu du crime. Sans argent, sans territoire et surtout sans clan, il réunit cinq de ses anciens acolytes et se met en tête de partir tenter sa chance à Okinawa et ce à n’importe quel prix…

Guerre des Gangs à Okinawa est un petit monument à lui tout seul comme le sont d’ailleurs nombre des œuvres de Kinji Fukasaku traitant des yakuzas. Si Guerre des Gangs à Okinawa n’est pas l’une des meilleures œuvres de son auteur dans ce genre si particulier, tant il en amasse sur les premières place du podium, ce film n’en reste pas moins une petite pépite de style avec la vision toute singulière d’un cinéaste qui adopte fidèlement les codes. Honneur et loyauté sont au rendez-vous avec un sens du sacrifice aigu ponctué d’actes de bravoures stoppés par une violence qui est ici à son paroxysme. Notamment dans cette résistance à la mort qu’offrent nos malfrats, ainsi de nombreux coups de couteaux ou d’impacts de balles sont nécessaires pour en venir à bout.

Avec Guerre des Gangs à Okinawa, Kinji Fukasaku se détache de son style exalté, il s’emploie à une réalisation plus sobre et posé, un côté quasi contemplatif particulièrement à travers les poses à la cool et de grande classe que les malfrats prennent, à part dans les gunfights, cela allant de soit, où le cinéaste japonais retrouve une exubérance du cadre qu’on lui connaît. Aussi, il semble s’adonner à une certaine autodérision à laquelle on n’échappe pas. La mise en scène des sacrifices humains pour la cause est jouée de manière théâtrale dans cette façon que Kinji Fukasaku a de faire mourir ses personnages ou comment détourner l’imagerie du vaillant samouraï des temps modernes que sont les yakuzas et qu’on voudrait nous faire croire exemplaire. Cette auto-parodie est accomplie avec la plus grande dextérité et intelligence avec on l’imagine bien le petit sourire au coin de l’auteur.

Si les personnages de Guerre des Gangs à Okinawa sont stéréotypés à outrance c’est seulement pour notre plus grand plaisir et il en va de même de ces quelques incursions surréalistes qui voient par exemple le joyeux drille qu’est Tomisaburo Wakayama que l’on retrouve ici en surprenant boss manchot et balafré de surcroît – après l’avoir vu notamment interprété l’exécuteur du Shogun le plus célèbre du cinéma – éviter une voiture qui lui fonce dessus par un joli salto arrière. 10 sur 10. J’ai parlé du grandissime Tomisaburo Wakayama ? En effet, parce que Guerre des Gangs à Okinawa vaut aussi pour son très bon casting qui nous présente des premiers et seconds rôles hauts en couleurs. Des personnages charismatiques à l’image de ses interprètes tels que Koji Tsurata (Blood of Revenge, 1965) et sa paire de lunette de soleil dont il ne se sépare jamais et le non moins grand monsieur qu’est Noboru Ando (Quartier Violent, 1974), l’ex-yakuza à la balafre légendaire qui est ici un yakuza flegmatique à l’aura mystérieuse. Y a de la classe et de la grande.

Guerre des Gangs à Okinawa de Kinji Fukasaku est une œuvre rafraîchissante qui conserve le panache d’une œuvre qui se ferait à l’instant même. Le poids des années n’altère en rien la puissance de cette œuvre qui se savoure comme un bon cru de vignoble. Et comment ne pas partager la mise à mort des ces anti-héros qui se savent et que l’on sait condamnés dès les premières minutes ? Ils se dirigent de leur plein gré vers une mort inéluctable, l’abattoir comme l’image violente et sanglante du dernier tour de piste…

I.D. & O.M.

mardi 16 novembre 2010

Quit Your Life : La corde au cou [Festival Franco-Coréen 2010]

mardi 16 novembre 2010
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Premier long-métrage de l’esthète du film d’action coréen, Park Nou-sik signe un non moins « magistral » Quit Your Life / Ingansapyoleul sseola (1971) où son personnage principal, Cheol-ho opère une vengeance contre Dal-gyu et ses hommes. Ces derniers sont les responsables de la mort de son ami, Jeong-su, durant leurs travaux forcés dans une mine d’or en Mandchourie. Cheol-ho, porté disparu revient hanter les assassins de son ami et rencontre sa femme Young-suk qui est depuis devenue aveugle. Cheol-ho ne parvient pas à lui dire que Jeong-su est mort. Il se fait donc passer pour lui…

Quit Your Life mélange mélodrame et action mais il n’échappe pas non plus à un aspect plus kitsch qui le rend parfois risible et c’est tout à son honneur. Ce qui frappe tout d’abord dans ce premier long-métrage c’est la composition de certains plans et mouvements de caméra qui feraient presque rappeler la mise en scène furieuse d’un Kinji Fukasaku. Il y a des choses ma foi fort intéressante à ce propos. Mais ce qui frappe surtout dans un tel film c’est l’exubérance décomplexée qu’il pouvait exister à cette époque. Et là, nous sommes servis. Elle va de scènes improbables aux répliques tonitruantes tout en passant par un montage tellement « cut » qu’on croirait des morceaux de pellicules disparues. Un tel montage (si effectivement, il ne manque pas de scènes) apporte une vivacité de tous les instants comme si le personnage de Cheol-ho était sous une tension permanente. Comme si l’action était prête à reprendre d’un instant à l’autre. Cette apparence « survoltée » est souvent assagie par les moments plus mélo’ où s’invite Young-suk. Et là, je m’éprends à rêver d’un Quit You Life sans fioriture mélodramatique. Ça aurait été quelque chose. Une espèce de course à la vengeance mais il n’en est rien. Est-ce si malheureux pour autant ? Non puisque si le mélo’ n’est que rarement ma tasse de thé, il révèle pour moi, spectateur profane du cinéma seventies coréen, une particularité : les hommes, mêmes les plus viriles, pleurent. Fascinant. Un héro qui est là pour tuer sans concession aucune n’a pas de honte à pleurer.

Mais Quit Your Life est aussi révélateur de ce que pouvait être la Corée à une époque. En premier lieu par le biais du long flash-back où Jeong-su est tué. Mandchourie en Chine : l’occupation japonaise. Des coréens travaillent dans une mine d’or, des travaux forcés et un acte infâme qui en découle, lourd de sens. Puis, retour aux seventies. Epoque de la consommation de masse où il est amusant de voir Cheol-ho faire visiter son nouveau chez lui à Young-suk : un appartement tout équipé, le « must » en ces temps-là qui tranche avec la vie « pauvre et vétuste » des campagnes où l’héroïne vit. La Corée du Sud change, elle devient moderne semble nous suggérer la séquence. L’héroïne, justement de ce long-métrage est pure comme si le héro ne pouvait partager des moments si déchirants avec une femme d’une autre condition. Ainsi, on apprend qu’elle est toujours vierge à trente et un ans. C’est une femme bien, on n’en doute pas ; douze ans qu’elle attendait son amour. Tout autant qu’est le héro dont la pureté est lavée par le sang qu’il fait couler jusqu’à ce final émouvant, faisant rappeler la fin de The Killer de John Woo, mais avant cela...

On l’a vu séduire une femme alors qu’il se fait passer pour Jeong-su auprès de Young-suk. Mais pas de panique cela faisait partie de son plan. Ouf, l’honneur est sauf. C’est un mec bien, on vous dit. Avec Quit Your Life, on assiste à quelques jolies scènes d’action qui virent aux granguignolesques. Une scène en particulier me trotte en tête. L’acharnement qu’il a à immoler deux « ennemis » alors même que la cible principale prend fuite et le distance, mais ça ne l’arrête pas. Il prend le temps d’immoler comme il faut ses opposants pour leur faire comprendre qu’il ne s’agit pas de l’embêter. Anthologique ! Et tout aussi culte l’utilisation de la « corde du pendu » comme arme. C’est juste hilarant. Le voir au coude à coude avec le méchant de service, chacun au volant de leur véhicule, la vitesse, la tôle qui se froisse puis dans le même temps ce lancé de corde mémorable qui enlace le cou du méchant. A faire pâlir un cow-boy et son lasso, je vous dis. On pourrait aussi évoquer le roulé boulé effectué pour descendre une marche de dix centimètres ou encore la présence du chat en début de film ! Oui, je l’oubliais celui-là, le chat du méchant qui se trouve dans le bureau de ce dernier dans un gratte-ciel ! Un grand n’importe quoi. Un chat qui lui fait peur et lui saute brutalement dessus. On imagine l’assistant derrière la caméra lançant la bestiole sur l’acteur. Marrant.

Quit Your Life est généreux dans ce qu’il nous montre. Il n’échappe pas à quelques moments un peu mous mais je garderais (pour ma part) de son film son côté plus furieux et décomplexé de toute limite dans le vif de l’action. Park Nou-sik nous fait passer un agréable moment et ce même après trente neuf ans passé.

I.D.

mercredi 28 avril 2010

Aniki, mon frère : Un yakuza à L.A. [Rétro Takeshi Kitano, l'iconoclaste]

mercredi 28 avril 2010
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Takeshi Kitano débarque aux Etats-Unis. Pas pour faire du tourisme cela va de soit mais pour mettre en scène Aniki, mon frère / Brother (2000) où il y interprète un yakuza comme il sait si bien le faire.

Los Angeles, Aniki Yamamoto, un yakuza rescapé d’une guerre de clan débarque de Tokyo. Pour échapper à un contrat qui court sur lui, il retrouve son demi frère, Ken devenu petit dealer. Très vite, Aniki forme son propre clan composés de japonais, d’afro-américain et d’hispanique sur les règles qui régissent les yakuzas…

Aniki, mon frère est une co-production entre les Etats-Unis et le Japon. L’alliance Tokyo-Los Angeles marche-t-elle ? Il en ressort un goût âpre. Une saveur particulière. C’est du Kitano auquel on a droit. Il n’y a pas de doute. On y retrouve une œuvre à la fois drôle et émouvante mais aussi l’aspect posé de la mise en scène. La violence y est présente, une violence tout de même plus rude. Des caractéristiques propres au cinéma de Takeshi Kitano. Une marque de fabrique en somme. Mais qu’est-ce qu’il semble clocher alors que le film ne pose pas de problème en soit ? Le dépaysement ? Son côté trop américain ? Sa mixité des origines dans le clan que le personnage de Kitano forme ?

Le sentiment qui nous parcourt avec Aniki, mon frère c’est qu’il transpire un cinéma qui se reproduit à l’infini. Takeshi Kitano ne semble pas s’embêter à réaliser quelque chose de nouveau. Il pioche parmi sa filmographie antérieure et y dispatche des éléments qui faisaient son cinéma. Ce sentiment c’est de se dire que fort d’une bonne réputation acquise avec les années, Takeshi Kitano s’attaquait au marché états-uniens. L’appel du grand large, des sirènes américaines comme d’autre avant lui. Il y débarque avec son savoir-faire, sa touche. Il livre un film de Kitano sans se fouler, un peu facile, pas toujours original. Pourtant, Takeshi Kitano reste fidèle à lui-même ou presque. Des petites choses énervent qui n’énervaient pas avant. Je pense notamment aux transitions entre les scènes qui donne un aspect bâclé.

L’identité Kitano est dans Aniki, mon frère sans qu’elle y soit (j’avoue cette phrase laisse à désirer). Pas que le film n’ait pas son âme de cinéaste mais il y manque une aura. Ce petit quelque chose. Il n’y a pas la poésie qui régnait dans certains de ses longs, on ne sent pas d’osmose entre les acteurs (des différentes nationalités) bien qu’il est plaisant de revoir Ren Osugi, Susumu Terajima (la scène du basket-ball m’a bien fait rire) ou encore Ryo Ishibashi dont j’adore la tronche. Aniki, mon frère est un film qui divisera les amoureux du cinéma de Takeshi Kitano. En ça, il pourrait décevoir parce qu’inégale mais il reste tout de même un bon film de yakuza qui fera forcément penser à la référence Kinji Fukasaku.

> Rediffusion le samedi 12 juin, 20h30, cinéma 1
I.D.

dimanche 25 avril 2010

Battle Royale : La grande purge [Rétro Takeshi Kitano, l'iconoclaste]

dimanche 25 avril 2010
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Adaptation d’un livre, Battle Royale / Batoru rowaiaru (2000) de Kinji Fukasaku (Kamikaze Club, 1968) s’intéresse à dénoncer la violence chez les jeunes par une violence mise en scène de manière froide, décalée et sans concession.

Dans un Japon futuriste, les adolescents sont d’une violence incommensurable. Une loi est votée pour palier à une discipline qui vacille c’est la loi « Battle Royale ». Dès lors, une classe de troisième est envoyée sur une île. Les élèves doivent s’y entretuer durant trois jours. La quarantaine d’élèves de la 3ème B s’affrontent jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un…

Battle Royale dépeint dans un microcosme, celui d’élèves d’une même classe la violence qui les habite. Á travers une réalisation sans anicroche, l’énorme Kinji Fukasaku dont on n’en attendait pas moins réalise un constat sans complaisance et sans morale sur une situation nourrie par l’omniprésence de la violence. Et comment répondre au mieux à la violence si ce n’est par cette même violence. Battle Royale traite également du passage à la vie d’adulte de ses adolescents dont le terrain de jeu (et de mort) est un concentré du quotidien.

Atmosphère à la fois lourde, surréaliste emprunt d’un humour noir et d’un cynisme sans borne, Battle Royale est un film prenant avec un Takeshi Kitano énorme. Un film à voir c’est certain bien que la violence qui le parcours soit difficile à digérer. Pour ma part, un film défouloir comme il m’arrive d’aimer voir.

> Rediffusion le dimanche 13 juin à 17h, cinéma 1
I.D.

mercredi 10 mars 2010

Violent Cop : « Le monde est fou »

mercredi 10 mars 2010
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Voir la première réalisation de Takeshi Kitano après Sonatine (1993), mon premier film visionné a renforcé ma fascination pour lui, en tant qu’acteur comme réalisateur. Un style caractéristique propre qu’il n’a cessé de développer dans ces films suivants. Avec Violent Cop/Sono otoko kyobo ni tsuki (1989) qu’on pourrait traduire littéralement par : « Attention, cet homme est violent », Takeshi Kitano donne le ton dès le titre.

Ce qui m’a tout d’abord frappé lorsque que j’ai vu Violent Cop pour la première fois c’est cette violence brutale, froide dont Kitano, du moins son personnage est totalement détaché. Le film commence comme un Orange Mécanique japonais avec une violence insouciante administrée par des jeunes par laquelle Kitano répond par une violence symbolique, une punition infligée, dont il est juge et juré à la fois. Ce que j’ai pensé en voyant ce flic, Azuma (Takeshi Kitano) c’est qu’il était un autiste macabre. A ses côtés l’inspecteur Harry fait pâle figure, un mariole. Azuma est asocial, pas vraiment puisqu’il a un ami, il se lie même d’amitié avec la jeune recrue, Kikuchi. Il n’est pas intégré, pas réellement non plus puisque d’une certaine manière en appartenant à cette institution qu’est la police, il l’est. Azuma est véritablement un marginal intégré qui se fiche pas mal de l’autorité, sourd au monde qui l’entoure mais pas aveugle. Il souffre d’un pétage de plomb en silence qu’il ne parvient à exprimer que par les coups et les coups de feu. Une souffrance qui atteint son paroxysme à la mort de son unique et vrai collègue et ami.

Violent Cop raconte l’histoire d’un flic réservé et violent, Azuma. Il est sur les traces d’un trafiquant de drogue qui laisse derrière lui des cadavres. Son enquête le mène à un homme d’affaire, Kiyohiro…

Kitano qui ne devait être qu’acteur prend les reines de la réalisation, Kinji Fukasaku étant malade abandonne. Les producteurs lui proposent, Kitano enfante un film d’une violence malsaine, montrée telle quelle à l’état de nature sordide. Dans Violent Cop, la société semble en déliquescence. Les jeunes n’ont aucun respect pour leurs aînés et se complaisent dans la délinquance. Il existe une perte de l’autorité notamment celle de la police qui ne fait plus peur et qui ne se fait plus respecter lorsqu’elle n’est pas tout bonnement corrompu.

La mise en scène de Violent Cop se résume au plus strict appareil, une caméra statique. Kitano commence à développer son style. Un style qui se rapproche d’une réalisation : une scène, un plan. Cette caméra statique permet un regain de tension qui hypnose le spectateur. Elle est statique à l’image de ses personnages qu’elle filme surtout Kitano dont son jeu d’acteur est d’un stoïcisme troublant. Il ne joue pas il est, c’est véritablement du non-jeu. Azuma est présent mais terriblement absent. Les gunfights qu’il réalise sont réels en deçà d’une quelconque surenchère. Les mecs tirent et ne sautent pas dans tous les sens, ils tirent et n’atteignent pas toujours leur cible…

Violent Cop comme nombre de films de Kitano vaut également pour sa musique qui est singulièrement surprenante avec le thème qui revient plusieurs fois durant le film, une musique semblable à de la musique grecque dont le nom m’échappe. La scène de la course poursuite est superbe, rythmée par un morceau de jazz où l’on parvient à ressentir la fatigue d’Azuma, tout comme lui on souffre, essoufflé par la course qui semble sans fin.

Finalement, Takeshi Kitano ponctue son œuvre par un regard pessimiste en mettant en avant que la vie est un éternel recommencement. La vie continue avec ses gangsters qui prennent la place vacante laissée par leurs prédécesseurs et ses flics corrompus remplacés à leur tour…

I.D.

mercredi 10 février 2010

Combat sans code d’honneur : Genèse [Rétrospective La Tôei]

mercredi 10 février 2010
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Combat sans code d’honneur / Jingi naki tatakai (1973) de Kinji Fukasaku est un film de yakuza qui relate l’itinéraire de gangsters qui vont former un nouveau clan.

Hirono Shozo sort de prison après avoir tué un yakuza. Il retrouve ses partenaires du crime qui appartiennent maintenant au clan Yamamori. Il reprend les affaires et est choisi pour un contrat qui vise l’homme à la tête du clan Doi. Hirono Shozo l’exécute pourtant il est trahi par les siens et préfère se rendre à la police. Les années passent, Hirono Shozo est libéré…

Combat sans code d’honneur a cette aura propre au film de yakuza qui se veut majeur. Majeur pour sa mise en scène exubérante, pour ses personnages mais aussi pour ses interprètes qui donnent corps à l’ensemble. Kinji Fukasaku réalise une œuvre coup de poing sur le fil du rasoir, à la fois haletante et emprunte d’une certaine folie destructrice. Le cinéaste japonais parvient à nous plonger avec dévotion dans ce Japon d’après-guerre où le désenchantement est de mise. Un pays détruit où la loi du plus fort règne et où l’armée américaine est perçue comme une armée d’occupation sans foi ni loi. Au milieu du chaos, ces gens démunis et ces habitations détruites, des hommes tentent de s’en sortir par le biais du système D. Le marché noir, le vol, le meurtre, nous assistons à la mise en Abymes d’un univers, celui sur lequel des yakuzas vont se former et asseoir leur autorité.

Avec Combat sans code d’honneur, Kinji Fukasaku relate l’histoire d’un clan mais avant tout les hommes qui le composent. Il relate leur parcours personnel dans l’union de cette organisation criminelle. Des destins voués à un clan où certains respectent le code d’honneur qui les régit et où d’autres s’en passent allégrement. On assiste aux rivalités où les règlements de compte sont à base de coups de feu et de membre tranché par des catana. On s’enfonce aussi et surtout dans l’auto-destruction de ce même clan qui est né sur la souffrance et le sang. Les yakuzas ont la peau dur, brutaux, ils savent aussi pleurer comme des enfants en prétextant l’honneur. Kinji Fukasaku met en lumière un monde obscur rempli d’hypocrite et sait être cynique avec ces hommes, il est sans concession en dépeignant la face cachée de cet univers qui se veut exemplaire à travers un code que peu finalement respecte.

Combat sans code d’honneur a su être une œuvre culte et incontournable dans ce que le film d’exploitation nippon a pu donner. Ce film est une référence des films de yakuza par la maîtrise technique de son cinéaste mais aussi le tableau qu’il peint de cette micro-société infesté de manipulateurs, d’arrivistes, d’opportunistes où l’homme d’honneur et respectable se fait rare. Hirono Shozo en est un exemple indéniable, il est un homme qui ne se reconnaît plus dans ce système auquel il a tout donné et ça corps et âme. Mais d’une certaine manière, Kinji Fukasaku interroge sur ce prétendu code d’honneur de ces hommes de l’ombre. A savoir s’il a réellement existé c'est-à-dire respecté, appliqué et si ce code n’est tout simplement pas une manière de se donner bella figura… Dans tous les cas, Combat sans code d’honneur est une œuvre inévitable qui sait encore être enivrante de nos jours.


I.D.

vendredi 22 janvier 2010

Rétrospective des studios La Tôei - Du 21 janvier au 20 mars [Maison de la culture du Japon]

vendredi 22 janvier 2010
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La Maison de la culture du Japon propose le 3ème volet de sa rétrospective des grands studios Japonais. La Tôei sera ainsi à l’honneur du 21 janvier au 20 mars. En tout, une sélection de 27 films sera à l’affiche dont Police contre Syndicat du Crime (1975) de Kinji Fukasaku, Femmes de Yakuzas (1986) de Hideo Gosha

Tarifs
4 € / Réduit 3 € / * films en entrée libre
(dans la limite des places disponibles)

Où ?
A la Maison de la culture du Japon,
101 bis, quai Branly - 75015 Paris
Métro 6, Bir-Hakeim, RER C, Champ de Mars - Tour Eiffel


jeudi 21 janvier
• Rétrospective Toei - La tour des Lys à 17h00
• Rétrospective Toei - Le mont Fuji et la lance ensanglantée à 20h00

vendredi 22 janvier
• Rétrospective Toei - Le riz à 17h00
• Retrospective Toei - L’épouse du château des Ôtori à 20h00

samedi 23 janvier
• Rétrospective Toei - Le col du grand Bouddha à 15h00
• Rétrospective Toei - Le col du grand Bouddha 2 à 17h30
• Rétrospective Toei - Le col du grand Bouddha 3 à 20h00

mercredi 27 janvier
• Rétrospective Toei - Le conspirateur à 17h00
• Rétrospective Toei - Un amour pur à 20h00

jeudi 28 janvier
• Rétrospective Toei - Contes cruels du bushidô à 17h00
• Rétrospective Toei - Ma mère dans les paupières à 20h00

vendredi 29 janvier
• Rétrospective Toei - Le grand attentat à 17h00
• Rétrospective Toei - Hommes, porcs et loups à 20h00

samedi 30 janvier
• Rétrospective Toei - Le couvent de la bête sacrée à 15h00
• Rétrospective Toei - La pivoine rouge : les jeux sont faits à 17h00
• Rétrospective Toei - Les treize tueurs à 20h00

mercredi 3 février
• Rétrospective Toei - Combat sans code d’honneur à 17h00
• Rétrospective Toei - Le sang de la vengeance à 20h00
jeudi 4 février
• Rétrospective Toei - La pivoine rouge : le retour d’Oryû à 17h00

vendredi 5 février
• Rétrospective Toei - Le détroit de la faim à 19h00

samedi 6 février
• Rétrospective Toei - Le mont Fuji et la lance ensanglantée à 15h00
• Rétrospective Toei - La maison des geishas à 17h00

mercredi 10 février
• Rétrospective Toei - Police contre syndicat du crime à 17h00
• Rétrospective Toei - Dans l’ombre du loup à 20h00

jeudi 11 février
• Rétrospective Toei - Nouveau combat sans code d’honneur à 17h00
• Rétrospective Toei - Femmes de yakuzas à 20h00

vendredi 12 février
• Rétrospective Toei - Zegen, le seigneur des bordels à 17h00
• Rétrospective Toei - Le riz à 20h00

samedi 13 février
• Rétrospective Toei - L’épouse du château des Ôtori à 15h00
• Rétrospective Toei - Le conspirateur à 17h00
• Rétrospective Toei - La tour des lys à 20h00

vendredi 26 février
• Rétrospective Toei - Le détroit de la faim à 20h00

samedi 27 février
• Rétrospective Toei - Femmes de yakuzas à 17h00
• Rétrospective Toei - Contes cruels du bushidô à 20h00

vendredi 5 mars
• Rétrospective Toei - Combat sans code d’honneur à 17h00
• Rétrospective Toei - Nouveau combat sans code d’honneur à 20h00

vendredi 12 mars
• Rétrospective Toei - Police contre syndicat du crime à 17h00
• Rétrospective Toei - La pivoine rouge : le retour d’Ôryû à 20h00

samedi 13 mars
• Rétrospective Toei - La légende des yakuzas à 15h00
• Rétrospective Toei - Le sang de la vengeance à 17h00
• Rétrospective Toei - Dans l’ombre du loup à 20h00

vendredi 19 mars
• Rétrospective Toei - Le couvent de la bête sacrée à 17h00
• Rétrospective Toei - La pivoine rouge : les jeux sont faits à 20h00

samedi 20 mars
• Rétrospective Toei - Ma mère dans les paupières à 15h00
• Rétrospective Toei - La maison des geishas à 17h00
• Rétrospective Toei - Zegen, le seigneur des bordels à 20h00

dimanche 21 décembre 2008

Police contre Syndicat du Crime (Kenkei tai soshiki boryoku) : Corruption généralisée

dimanche 21 décembre 2008
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Dans Police contre Syndicat du crime (1975), Kinji Fukasaku s’attaque aux relations étroites qui existent entre policiers et yakuzas mais aussi entre yakuzas et hommes de pouvoir, qu’ils soient du monde politique comme économique. On y suit toute une ribambelle de personnages qui s’acoquinent les uns aux autres à la vue et aux sus de tous. Si bien que Police contre Syndicat du Crime aurait pu s’intituler police avec syndicat du crime jusqu’à l’arrivée d’un policier qui change la donne.

Jusqu’alors, Kinji Fukasaku nous présentait une société japonaise corrompue avec des personnages avides de pouvoir lesquels prennent place dans la région d’Osaka, dans une ville proche d’Hiroshima en 1963 où la guerre des gangs fait rage entre les clans Ohara et Kawadé. D’un côté, elle oppose le chef par intérim Hirotani et de l’autre Kawadé lequel bénéficie de l’appui de l’adjoint au maire, ex-yakuza. Au milieu de tout cela, on retrouve un flic : l’inspecteur Kuno. Ce dernier plébiscite Hirotani et partage une véritable amitié avec le malfrat. Pour en finir avec les affrontements sanguinaires, le préfet de police place à la tête de la brigade anti-gang l’incorruptible policier Kadai. Ce dernier se donne pour objectif de nettoyer les services de police de la corruption qui la gangrène. Et pour se faire, il utilise ces mêmes flics corrompus pour atteindre son but.

Kinji Fukasaku impose toute sa virtuosité dans la réalisation de ce polar musclé. Il y décrit avec soin les relations ambiguës de tout ce joli monde ayant vu le jour avec l’après-guerre. Une œuvre contestataire qui pointe du doigt la police et ces agissements illicites. Police contre Syndicat du Crime est un film à la violence brute qui frappe brusquement et sans concession. Un film de yakuza allant à l’encontre des règles que Kinji Fukasaku avait établi dans certains de ses films.

Ici, Fukasaku crée une tension entre des personnages antagonistes dû à leurs fonctions qui se mélangent, s’allient, se font la guerre et dans laquelle en ressort une certaine confusion. Les flics se transforment en voyous et ces derniers se font justice eux-mêmes. Certains flics défendent les intérêts d’un clan, d’autres du clan rival au premier. On tente d’influencer le court du jeu par son statut de policier comme d’adjoint au maire au milieu de règlements de compte dont les journaux font leurs gros titres. Finalement les hommes quels qu’ils soient sont les mêmes, truand comme flic semble nous dire Fukasaku.

Police contre Syndicat du Crime c’est aussi l’histoire d’une amitié entre l’inspecteur Kuno et le yakuza Hirotani que tout oppose de part leur profession respective. On y sent tout de même un profond respect entre les deux hommes jusqu’au dénouement tragique. Kinji Fukasaku signe avec Police contre Syndicat du Crime l’un de ses meilleurs film si ce n’est le meilleur.

I.D.

samedi 22 novembre 2008

Kamikaze Club : "Ambiance club privé"

samedi 22 novembre 2008
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Kamikaze Club (1968) de Kinji Fukasaku connu également sous le titre : Blackmail is my business est l’oeuvre qui caractérisera son auteur. Une œuvre importante parce qu’elle montre ce qu’est Fukasaku pour le cinéma nippon, ce qu’il représente pour un certain cinéma de genre et surtout ce qu’il représentera dans les années 70.

Œuvre visuellement audacieuse à travers laquelle Kinji Fukasaku développe l’étendue de son art de faiseur de cinéma. Kamikaze Club s’explique déjà par une fraîcheur enivrante où Fukasaku y distille des arrêts sur image, des flash-back, des changements de couleur où l’on passe du noir et blanc au sépia pour revenir à la couleur sous une musique pop psychédélique et ses téléobjectifs.

L’œuvre est virulente, elle a un goût de nihilisme avec ses nombreux zooms, ses travellings venus d’ailleurs, un montage cut lequel s’avère incroyablement haletant et un cadrage nerveux. L’ensemble a du peps comme son personnage principal qui s’exprime en voix off, insouciant, comme ses trois acolytes qui le suivent dans ses pérégrinations délinquantes. Tous les quatre forment le club des kamikazes, kamikaze parce qu’ils n’ont rien à perdre dans une société où ils se sentent de plus en plus marginalisés.

Kinji Fukasaku signe avec Blackmail is my business un drame où se mélange deux genres : policier et thriller politique. Film révolté qui dénonce les accointances des hommes politiques avec les yakuzas, film au vitriol sur cette nouvelle société japonaise des années soixante en plein boom économique qui exacerbe la rage de Muraki, ancien barman et laveur de chiottes, reconverti en chef de bande, épaulé par « Chasseur Zéro » (ancien boxeur), Seki (ancien yakuza) et Otoki (ancienne délinquante). Tous les quatre s’adonnent aux affaires de chantage sur les autres gangs ou des businessmen. Dans l’euphorie et faisant preuve d’une audace sans nom, ils ne s’arrêtent devant rien et personne et s’attaquent à de plus grosses affaires, toujours plus risquées jusqu’à ce qu’ils tombent sur plus fort qu’eux.

Kamikaze Club est un film majeur de Kinji Fukasaku, un film annonciateur du style qui l’imposera comme maître. Un souffle nouveau qu’apprécieront les amateurs du cinéma japonais, à l’image du thème musical du Vagabond de Tokyo (1966) de Seijun Suzuki siffloté à plusieurs reprises par l’héroïne.

I.D.

 
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