vendredi 9 juillet 2010

Human Comedy in Tokyo : Rohmer meets Balzac [Festival Paris Cinéma]

vendredi 9 juillet 2010
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Long, long, long… encore trop long. Etait-ce bien nécessaire de faire endurer au spectateur 2h20 de projection ? Koji Fukada ne semble pas se questionner à ce sujet en réalisant le très long : Human Comedy in Tokyo / Tokyo Ningen Kigeki (2009).

Human Comedy in Tokyo se joue en trois segments dont certains personnages sont liés les uns aux autres. On suit ainsi les pérégrinations de deux femmes dans la nuit tokyoïte. Le mari de l’une d’elle gère une galerie d’art dont une jeune femme, sans talent expose ses photos. Cette dernière connaît un couple qui vient de se marier lequel va devoir faire face à un drame… En gros, c’est le pitch de Human Comedy in Tokyo en version light. Mais ici, la version est bien lourde. Nous avons donc droit à trois parties plus ou moins indépendantes qui s’avèrent inégales : « Chat blanc », « Photographie » et « Bras droit ». A travers ses personnages, Koji Fukada parle de la solitude, surtout il s’inspire profondément du cinéma d’Eric Rohmer et de la littérature de Honoré de Balzac.

Chat Blanc : l’amour, le mariage, l’infidélité et le désir sont au menu des dialogues. On y voit surtout deux femmes arpenter les rues d’un point à un autre (notamment sous la pluie) à la recherche d’un support permettant à l’une d’elle d’obtenir une dédicace d’un artiste qui les a réunit un peu plus tôt dans la soirée. Pas inintéressant. Malheureusement longuet. Finalement, cette partie aurait pu durer cinq minutes d’où l’incompréhension de la voir si longue. D’autant plus que le côté « allée et venue » des deux femmes ennuie vite. Qu’elles réfléchissent avant de se lancer tête baissée dans une escapade qu’on sait déjà foireuse, c’est ce que l’on a envie de leur dire pour abréger la souffrance (la notre).

Photographie : on rigole une fois, sûr. Peut-être deux. Quoique le souvenir s’amenuise. Disons les choses, Human Comedy in Tokyo fait partie de ces films qui ne marquera pas et qui tendra à vite s’oublier. On assiste donc à une jeune femme qui croit qu’elle a du talent dans la photographie avant que la désillusion la fasse déchantée et que la déception la submerge vis-à-vis de la déconvenue qu’elle vivra. Si l’on pousse la réflexion, du moins si l’on se donne cet effort (à savoir si cela est mérité, il n’y a rien de sûr), cette partie tend à essayer de savoir ce qui définit l’identité d’un « artiste ». Enfin, je crois. Du coup, je ne suis même plus certain de ce qu’a voulu dire le réalisateur. Une partie bancale, tout n’est pas à jeter mais quand même…

Bras droit : étais-je un peu plus réveillé ? Sans doute. Mais l’histoire ici m’a un peu plus touché peut-être parce que cela touchait à la médecine. Notez que je n’ai aucun attrait pour la médicine. Poursuivons. Un accident. Un bras amputé. La victime, un homme qui va bientôt être papa, en attendant il souffre du syndrome « du membre fantôme ». Il souffre d’un bras qu’il n’a plus et apprend à se réadapter à une nouvelle vie : sa relation avec sa femme enceinte, professionnellement, les gestes au quotidien. Il y a des choses pas mal, d’autre moins. Bizarrement, j’ai cru parfois voir en ce manchot, l’un des ces acteurs burlesques du muet à la Keaton, un corps mort mais bel et bien vivant qui semble avoir perdu toute vitalité depuis l’amputation de l’un de ses membres. Un sentiment curieux. Et puis : générique de fin.

Human Comedy in Tokyo n’est pas un film qui mérite plus d’intention que cela. Il a saus doute le mérite d’exister, de là à le voir comme quelque chose de fort… je reste circonspect. Un film moyen qui trouve rarement le ton juste et s’avère le plus souvent plat. N’est pas Rohmer qui veut. Elle était facile celle-là. N’est pas Hong Sang-soo qui veut, alors. Mieux ?

I.D.

jeudi 8 juillet 2010

Tetsuo : The Bullet Man : A Weapon [Festival Paris Cinéma]

jeudi 8 juillet 2010
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De trois. Shinya Tsukamoto nous revient avec Tetsuo : The Bullet Man (2009). Il met en scène le troisième volet de son film ultra culte : Tetsuo : The Iron Man (1988).

Son premier opus se voulait déjà un monument à lui tout seul. Assister à cette troisième « version » – comme si l’auteur reproduisait à l’infini ce même film comme pour mieux l’appréhender et ainsi nous offrir de nouvelles facettes – au cinéma, dans une salle obscure et non dans son salon offre une dimension toute singulière à l’œuvre. Le maelstrom sonore et d’image nous happe dans les limbes d’une folie filmique qui n’a d’égal que ses prédécesseurs (volet 1&2). Enfin, émettons tout de même une réserve à cela. En ça que ce Tetsuo : The Bullet Man reste, pour ma part inférieur au film genèse mais il vient tout de même se poster à un niveau similaire que Tetsuo 2 : Body Hammer (1992), quoique juste un chouia en dessous. La vérité c’est que je ne sais quoi réellement penser de ce nouveau film notamment dans sa narration pauvre, très pauvre. Mais d’un autre côté nous avons droit à un bordel qui a un sens et le sens d’en mettre plein la vue.

Tetsuo : The Bullet Man ce n’est pas cette même claque, ce même ahurissement que j’avais pu avoir par le passé avec les autres. Je ne me fais pas d’illusion, je sais que c’est parce que je savais à quoi m’en tenir en entrant dans la salle. Mais il y manque tout de même cet impact, l’impact de la surprise car pas une fois Shinya Tsukamoto ne m’a surpris durant ce film, pas une. Je trouve cela dommage bien que je ne sois pas déçu. Mais force est de constater que je n’ai pas encore le recul pour appréhender un film comme The Bullet Man. Shinya Tsukamoto démontre tout de même qu’il peut encore offrir des oeuvres coups de poing, instinctives qui ne sont certes pas toujours faciles à digérer mais qui offrent un pur moment de défoulement.

I.D.

To Walk Beside You : Fuir [Festival Paris Cinéma]

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Second film du cinéaste japonais Yuya Ishii, To Walk Beside You / Kimito Arukou (2009) se révèle comme un petit film sympathique à vivre au cinéma.

Un adolescent décide de « fuguer » avec sa professeur d’anglais. Ils fuient ainsi la campagne et se retrouvent à Tokyo où une nouvelle vie les attend…

On pourrait apparenter To Walk Beside You à un bol d’air frais dans la légèreté qu’il dégage. L’auteur parvient avec humour à nous narrer avec simplicité et consistance l’histoire de cet adolescent et de cette adulte, perdus dans une société dans laquelle ils ont un certain mal à s’insérer. Par l’humour, Yuya Ishii évite de plomber un propos qui aurait pu être vite indigeste s’il avait été mal maîtrisé. Du coup, si To Walk Beside You n’a rien d’exceptionnel, il n’en reste pas moins distrayant, nous faisant passer un agréable moment, le tout servi par des prestations d’acteurs (attachants) à la hauteur, comme cette histoire qu’on suit sans peine.


To Walk Beside You
est un film sans prétention, agréable, dont la mise en scène l’est tout autant. On y dénote un certain talent de la part du jeune réalisateur qu’on espère voir confirmer et surtout perdurer.

I.D.

mercredi 7 juillet 2010

Solanin : La peur du lendemain [Festival Paris Cinéma]

mercredi 7 juillet 2010
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Adapté d’un manga éponyme d’Inio Asano, Solanin (2010) est un drame de Takahiro Miki lorgnant entre romance et mélo. Il met en scène Meiko et Tanada, un jeune couple qui vit ensemble dans un petit appartement de Tokyo. L’université loin derrière eux, ils font face au dur apprentissage de la vie active. Meiko ne se plait pas dans son travail et Tanada regrette de ne pas avoir fait carrière dans la musique, un rêve qui semble s’éloigner de plus en plus. Un jour, Meiko quitte son boulot et décide de profiter de la vie. Quant à Tanada, il réfléchit sérieusement à une possible carrière musicale avec son groupe de rock…

Solanin c’est la difficulté du passage à l’âge adulte. Et c’est d’autant bien fait qu’on ne peut que se projeter à travers ces personnages qui se rêvent « différents » mais que la réalité ramène inéluctablement à la raison. A croire que les rêves cessent une fois adulte et qu’ils deviennent alors des leurres appartenant à un passé. En attendant, il s’agit d’être réaliste et de commencer à gagner de quoi payer les factures. Payer les factures c’est s’employer dans une activité professionnelle qui n’a rien d’excitante, dans laquelle on ne s’épanouit pas - toujours -, c’est tirer un trait sur l’espoir et se laisser abattre par une fatalité qui vous fait rentrer dans les rangs. Glaçant. Ce cynisme flirte étrangement avec un quotidien auquel je pourrais aisément m’affilier (je devrais me pencher sur ce manga à l’occasion) et que de nombreux autres pourraient s’assimiler. C’est bizarre de se voir dans un miroir, c’est là que se trouve la force de certains films. Cette faculté de vous emporter, de vous immerger, de parvenir à vous toucher au-delà de toutes barrières (culture, langue, etc…).

Solanin fait cogiter (du moins en ce qui me concerne) livrant de moments plutôt agréables bien que la condition des protagonistes ne s’y prête pas forcément. Les personnages sont touchants, bien interprétés, la réalisation manque d’identité mais pourtant ça fonctionne. Enfin, jusqu’à un certain point. Le point de rupture. Celui que tout bon mélo a dans son programme. Et là, horreur ! Le film dure, dure et dure encore. Il s’engonce dans des longueurs étouffantes. Tout mélo a donc son point de rupture tragique et ce qui suit sont souvent des scènes lacrymales au possible, avec un rythme qui va en s’atténuant. Le tout est de bien orchestré tout cela et là… pas de chance, Takahiro Miki n’y parvient pas. Pour le lacrymal, il s’en sort mais après ce fameux point de rupture que rencontre nos protagonistes, on entre dans un film « molle », aux scènes mollassonnes que le réalisateur tente de doper par la musique. A ce moment là, s’en est terminé. Solanin n’emporte plus, n’immerge plus et peine à toucher. J’aurais aimé une autre troisième partie. Une autre fin.

Solanin vient à ennuyer sans doute due à sa longueur, des scènes superflues le parsèment (après la tragédie), la fin est un peu convenue, néanmoins il n’est pas à jeter. Solanin vaut pour le portrait de ces jeunes adultes et du regard qu’ils portent sur leur condition et de leur environnement. Le miroir d’une génération qui passe à l’âge adulte assurément.

I.D.

Pure Asia : Changer le monde [Festival Paris Cinéma]

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Ikki Katashima est un cinéaste que nous (Made in Asie) ne connaissons absolument pas. Le Festival Paris Cinéma 2010 offre donc l’occasion de palier à cela. Le cinéaste japonais présente Pure Asia (2010), un drame qu’on pourrait qualifier d’engagé et d’enragé.

Un lycéen se fait racketter par trois voyous, une jeune fille qui assiste à la scène intervient et le sort de se guêpier. Ils nouent un lien fort bien qu’ils restent peu de temps ensemble. Le lendemain, le jeune homme tombé sous le charme de la jeune fille tente de la retrouver et l’attend à une station de gare, là où il l’avait laissé. Surpris, il la revoit habillé d’une tenue traditionnelle coréenne. Dans le même temps, elle se fait agresser par deux individus qui la poignardent alors que le lycéen reste paralysé par la peur. Sous le poids de la culpabilité, il se rend à ses funérailles et découvre qu’elle avait une sœur jumelle…

Tout d’abord, parlons de ce qui fâche. Pure Asia est miné par des petites longueurs qui ternissent le propos. Toujours dans la longueur, un dénouement quelque peu foutraque qui ne ponctue pas de la meilleur façon une œuvre qui se veut tout de même intéressante par certains aspects. Un noir et blanc fade. En cela qu’on croirait plus voir une œuvre grisâtre que véritablement en N&B. En gros, c’est moche mais colle (plutôt bien) au récit. Sachant que le récit en question n’est pas très joyeux et plutôt sombre. Du coup, c’est sans doute un mal pour un bien. Enfin, le sujet n’est pas là, celui de l’esthétique. On s’arrêtera plus volontiers sur le fond qui offre un nouveau couple (groupe, faction…) de révolté au (du) Cinéma.

Pure Asia égratigne la société japonaise. L’œuvre d’Ikki Katashima souligne le racisme ambiant (ici, les coréens en font les frais), la perdition d’une jeunesse qui ne trouve pas sa place dans la société actuelle et par extension une société qui se veut violente à l’image d’un monde où la guerre gronde au quatre coins. Le cinéaste nous plonge alors dans un road-movie désespéré où l’envie de changer le monde est grande (leitmotiv des protagonistes) mais où la réalité est sans espoir. Un combat perdu d’avance à la fois haletant et désenchanté. Il y a de la rage qui découle de ces images, le « duo nihiliste » que forme le lycéen et la sœur jumelle rappelle (des œuvres) et fait perdurer (au milieu de ces « œuvres ») le cri de révolte gravé sur pellicule.

Pure Asia n’est pas facile d’approche. Il mérite tout de même qu’on s’y arrête et qu’on prenne conscience d’un mal être, celui d’une génération, d’une société, d’un monde. Ce n’est pas la première œuvre (et ne sera ni la dernière) à souligner les dérives d’un système, à montrer les corps meurtris qui ne trouvent la solution à leur problème que dans la violence. Mais Pure Asia apporte tout de même ce côté « électrochoc ». Il y aurait encore beaucoup à dire à son sujet. Il n’est pas parfait, loin de là. On pourrait trouver à redire à de nombreuses occasions, cependant il a ce petit quelque chose qui le rend… pas admirable, ce n’est pas le mot, mais sans doute… captivant.

I.D.

 
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