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mercredi 4 février 2015

PTU : Rue nocturne sous haute tension

mercredi 4 février 2015
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Lorsque Johnnie To réalise PTU (2003), initiales de la Police Tactical Unit il frappe un grand et gros coup. Le cinéaste qui monte en puissance depuis The Mission (1999) met en image, avec ce film un joyau du polar auquel il redonne ses lettres de noblesses. Si ce n’est les siennes, tant il va à l’encontre de ce qui a pu se faire auparavant.

lundi 29 décembre 2014

Breaking News : Guerre des médias

lundi 29 décembre 2014
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Dans Breaking News / Dai si gein (2004), Johnnie To Kei-Fung fait s’affronter les forces de police à une bande de malfrats, s’ensuit une fusillade qui verra les truands prendre le pas et ridiculiser un policier. Cette « défaite » sera relayés par des journalistes présents sur les lieux de l’affrontement et aura pour conséquence de décrédibiliser l’action de la police. Un peu plus tard, la bande de malfaiteurs qui s’est réfugiée dans un immeuble est repérée. Les hauts gradés des forces de l’ordre décident de lancer un grand plan d’action télévisé pour les capturer, en utilisant les médias pour relayer leur action et ainsi redorer leur blason. Les criminels utilisent à leur tour les journalistes. S’engage alors une guerre des images, en plus de celle des armes.

Drame et action collabore à ce polar explosif signé To. Breaking News va plus loin que le simple affrontement des forces de police à des gangsters. Le petit plus qui fait la différence est bien entendu de placer l’information, celle des médias dans l’action, et de questionner sur leur importance et les manipulations dont ils peuvent être victime comme de la collaboration dont ils peuvent faire preuve. La manipulation des images devient alors l’un des protagonistes de l’histoire. Les policiers tentant de tirer vers eux le bon rôle en exploitant les images et les relayant comme une publicité toute à leur gloire. De l’autre, des malfrats qui jouent sur la corde des sentiments en montrant un visage plus humain.

mardi 2 juin 2009

Vengeance : « Venge-moi »

mardi 2 juin 2009
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Ouf ! Un énorme et grand ouf ! Si je mettais arrêté à certaines critiques de la nouvelle œuvre de Johnnie To, Vengeance/Revenge, Fu Zhou (2009), je ne serais pas allé le voir, pis encore je l’aurais critiqué sans l’avoir vu et ça… Quelques mois en arrière, la news qui tue se propageait : Johnny Hallyday dans le prochain Johnnie To après la désaffection d’Alain Delon. J’avoue avoir été quelque peu… décontenancé par cette nouvelle et d’avoir eu peur de voir l’un des meilleurs cinéaste asiatiques se fourvoyer dans une œuvre pitoyable mais c’était sans compter sur un maître, le maître du film de genre.

Macao, une famille se fait massacrer sauvagement : le père, la mère et leurs deux enfants. La mère, française voit son père débarquer dans l’ancienne enclave portugaise. L’homme nous vient de Paris et se met en quête de les venger, il s’adjoint les services d’un trio de tueurs…

Oui, Johnnie To a fait avec ce Vengeance du To, encore et toujours. Doit-on reprocher au maître du suspense Hitchcock de n’avoir mise en scène que des œuvres à suspense ? Johnnie To a inventé un style propre qu’il a distillé dans des œuvres diverses telles que The Mission (1999), PTU (2003), Exiled (2006), le diptyque Election (2005-2006) ou encore Mad Detective (2007) et Sparrow (2008), sans oublier ici Vengeance. Dans cette œuvre, To reprend les règles, les codes d’un genre ultra-vu, le film de gangsters, le film de vengeance dont tout y a déjà été dit, pourtant il confère une dimension tout autre, une dimension humaine. Il a cette facilité de montrer les personnages au naturel comme dans le feu de l’action. On y sent du respect, de l’amitié, des frères d’armes qui dépassent ce statut pour n’être que des frères.

La mise en scène de To est splendide, changeant d’un terrain de jeu à l’autre, de Macao à HK en repassant par Macao, rarement filmé avec un tel oeil. Il s’emploie à mélanger les règles du genre français et hongkongais, surtout il enfante trois scènes de gunfight magnifiques et d’anthologie : la scène du clair de lune avec un jeu de lumière superbe, celle de l’immeuble vétuste sous une pluie tombante et celle de la décharge qui donne le sentiment d’un Mad Max de fin du monde. Avec ces scènes d’action, To montre tout son talent de cinéaste dans l’emploi de l’espace. Jouissif. On lui pardonnera cette scène de prière sur la plage qui ne convint pas. La symbolique est là, pourtant il y a ce petit quelque chose qui fait que la scène ne fonctionne pas, dommage. Faute au jeu d’acteur ? Pas seulement…

Vengeance s’est revoir Jeff Costello, son fantôme, le personnage mythique interprété par Alain Delon dans le Samouraï de Jean-Pierre Melville. Johnny Hallyday prête ses traits comme si Costello revenait d’entre les morts, plus vieux, plus lourd. L’hommage de To est grand : refaire vivre un mythe par son seul nom et attributs. Alain Delon aurait été tout un symbole, le destin en a voulu autrement. Si le physique abîmé, j’entends par là le poids des années de Johnny Hallyday est parfait pour son personnage, le jeu de ce dernier est à la peine. On le sent parfois mal à l’aise, pantois. Il y a ce quelque chose qui cloche dans des répliques et des accents qui sonnent faux.

Film surréaliste, Vengeance raconte donc l’histoire d’une vengeance comme l’indique son titre mais la vengeance d’un homme qui a des pertes de mémoire. To interroge alors : Qu’est-ce la vengeance ? Qu’est-ce que la vengeance lorsqu’on ne se souvient plus des victimes et des bourreaux ? Quel sens lui donner ? La perte de mémoire n’est pas une idée inintéressante notamment avec toutes les questions spirituelles et métaphysiques qu’on peut se poser, cependant elle n’est pas employée à sa juste valeur. On en ressort avec un goût d’inachevé comme si l’on n’était pas allé jusqu’aux bouts des choses. Ici, Johnny Hallyday a un jeu trop vide et pas assez profond pour nous faire ressentir le malaise de son personnage, le déracinement (être seul au milieu de nulle part) et l’oubli (seul face à lui-même, au néant).

Et les locaux ? Je parle ici des acteurs made in HK. Johnnie To s’adjoint comme à son habitude un panel d’acteurs qui renforce la beauté de l’œuvre. Anthony Wong est tout bonnement génial, une classe ! Le trio de tueurs professionnels avec Lam Suet et Gordon Lam dont il fait partie, est un trio de véritables orfèvres du crime à Macao. Tout y est carré, au point. Face à eux, leurs alter égo en plus brutal, un trio de tueurs de HK. Johnnie To nous montre des hommes, des hommes qui ont une famille et qui tuent et éliminent d’autres familles. Le parallèle entre ces deux factions de tueurs est remarquable et la confrontation qui en découle l’est tout autant. Et que dire de Simon Yam en chef de triade des plus cabotin qui soit ? Génial.

Vengeance c’est du grand art cinématographique. J’exagère ? Question de point de vue. L’œuvre de Johnnie To est indissociable de ses autres films majeurs et pour cela Vengeance mérite d’être vu et apprécié à sa juste valeur.

I.D.

dimanche 11 janvier 2009

Election / Election 2 de Johnnie To

dimanche 11 janvier 2009
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Election (Hak seh wui) : Lutte pour le pouvoir

La Wo Sing Society, une triade hong-kongaise doit élire son nouveau président à sa tête. Comme le veut la tradition, l’élection incombe aux anciens de la triade. Ces derniers doivent choisir entre Lok (Simon Yam) et Big D (Tony Leung Ka Fai). Le premier est élu à la majorité pour deux ans à la tête de la Wo Sing et doit recevoir comme symbole de son pouvoir un spectre à Tête de Dragon mais c’est sans compter sur le perdant de l’élection… Lire l'article

Election 2 (Hak se wui yi wo wai kwai) : Nouveau mandat
Johnnie To Kei-Fung réalise une suite à Election (2005) et crée de ce fait un diptyque d’anthologie avec ce deuxième volet : Election 2 (2006). Le diptyque du microcosme de la Wo Sing Society s’inscrit alors comme des œuvres cinématographiques incontournables de l’univers des organisations criminelles. Deux œuvres à ranger aux côtés de Goodfellas et de Casino de Martin Scorcese ou de la trilogie de The Godfather de Francis Ford Coppola... Lire l'article

I.D.

vendredi 26 septembre 2008

Exilé (Fong Juk) : Western moderne à Macao

vendredi 26 septembre 2008
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En réunissant quasiment le casting de The Mission (1999), avec Exilé (2006), Johnnie To Kei-Fung s’emploie dans une voie qu’il avait tracé avec PTU (2003), celle de créer une atmosphère enfermant ces personnages principaux. Cette fois-ci, le terrain de jeu est l’enclave de Macao (enclave portugaise avant sa rétrocession à la Chine) où la mise en scène des gunfights est époustouflante. On pense à Peckinpah et Leone, la caméra est fluide et prend d’assaut l’espace. C’est du To. Du très bon To.

Wo, membre d’une triade s’est réfugié à Macao avec femme et enfant après avoir tiré sur son patron. Quatre tueurs à gages débarquent dans l’enclave, quatre anciens amis et collègues dont deux d’entre eux sont là pour le protéger. Quant aux deux autres, ils ont une mission : l’exécuter. Les personnages sont tiraillés par la loyauté du à leur boss et à leur amitié avec Wo. Les problèmes commencent.

Johnnie To place son film avant la rétrocession de Macao à la Chine. L’atmosphère est tendue. La situation est flottante. Les truands se confondent aux policiers qui s’effacent devant les règlements de compte. Tous tentent de tirer leur épingle du jeu. Et la caméra de To, elle, lévite parmi ce marasme où les coups de feu s’échangent avec maestria, des corps arrêtés qui tirent. Des corps qui se déplacent dans un espace restreint où ces mêmes corps s’écrasent sur le plancher sans vie, le temps que met une canette projetée au plafond pour tomber sur le sol. Le temps semble s’être arrêté. C’est du To. Du très grand To.

Il y a de la magie chez Johnnie To, c’est une véritable leçon de cinéma qu’il donne avec Exilé par l’originalité qu’il parvient à créer à chaque film. Bon nombre de cinéaste qui se prétendent comme des réalisateurs devraient se mettre derrière leur pupitre et prendre des notes. Le maître a encore frappé.

I.D.

mercredi 18 juin 2008

Sparrow : le moineau pickpocket

mercredi 18 juin 2008
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Le nouveau Johnnie To est arrivé, Sparrow (moineau) de son titre ; une comédie romantique et encore un ! Un excellent film de ce cinéaste hongkongais qu’on ne présente plus, celui qui atteint tout ce qu’il entreprend. Encore un film réussi où quiconque – comme dans chacun de ses films – trouvera ce quelque chose qui ne peut que l’animer.

Sparrow a cette sobriété qui fait les grands, si le scénario raconte une histoire simple c’est dans la réalisation que la force se trouve. On y trouve alors un hommage à la ville de Hong Kong avec ses rues commerçantes, bouillantes, ses grattes ciels, sa population. Un hommage aux vieux films hollywoodiens et français dont la BO jour un rôle majeur dans la puissance des séquences sans parole. Sparrow est à la fois une comédie musicale, il n’y a pas à en douter, voir l’une des séquences de fin sous la pluie où se rejoue les Parapluies de Cherbourg. Maestria.

Sparrow c’est aussi ses acteurs. L’actrice Kelly Lin interprète une femme traquée, pourchassée dans un Hong Kong qui s’apparente à une cage dorée. Elle est cet oiseau prisonnier d’une cage de laquelle elle tente de s’échapper en foulant le pavé des ruelles étroites, le goudron de l’asphalte, se faufilant entre les immeubles témoins de son histoire qui se joue, celle d’une femme taiwanaise, marié à un vieil et riche hongkongais lequel détient son passeport qu’il garde précieusement dans un coffre jusqu’à la Rencontre du sparrow qu’elle séduira ainsi que les trois complices de ce dernier pour dérober la clé du coffre fort…

L’autre acteur c’est le Sparrow, en argot local qui désigne un pickpocket interprété par un Simon Yam des grands jours, photographe à ses heures perdus de Hong Kong pour la postérité. Une photo prise de Kelly Lin, traquée. Et le voilà plongé dans les méandres des jeux d’influence, des ruses et des coups bas lesquels s’enchaîneront tout au long du film jusqu’au dénouement final.

Avec Johnnie To nous sommes jamais déçu, alors vite le prochain.

Illitch Dillinger

mardi 11 mars 2008

Mad Detective : le policier décalé

mardi 11 mars 2008
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Il aura fallu attendre 2008 pour voir sur nos écran une nouvelle collaboration entre Johnnie To et Wai Ka Fai, qui n’avaient plus travaillés ensemble à la réalisation depuis 2003.

Mad Detective, signe le nouveau film du Maître du polar Hongkongais (Sparrow à venir) avec l’un de ses scénaristes et producteurs fétiches à qui on doit le rocambolesque Running On Karma.

Que dire de Mad Detective ?
Bun, policier respecté de ses collègue se maltraite, se vie dans la peau des criminels qu’il traque, assisté du jeune inspecteur Ho (il trucide un porc avec un couteau, il s’enferme dans une valide avant de dévaler des escaliers, ou encore s’inhume en pleine terre).
Bun, policier atypique a un « don » : celui de « voir les démons dans le cœur des gens ». Sa folie mettra un terme à sa carrière jusqu’au jour où l’inspecteur Ho le sort de cette retraite anticipée. L’affaire : L'arme à feu d'un policier disparu est utilisée dans plusieurs braquages et assassinats...

Arrivé au summum de sa réalisation avec Exiled et le diptyque Election, Johnnie To avec son comparse Wai Ka Fai, nous plonge dans un polar noir, décalé, et parvient à se réinventer. Si le scénario reste somme toute banal, en partant de la perte d’un revolver (PTU), Johnnie To explore avec subtilité le surnaturel dont le personnage interprété par Lau Ching Wau se fait écho. Il marque par la faculté qui le caractérise dans le film, comme dans la scène où il observe les sept personnalités du suspect n°1. Une faculté qui lui permet de voir deux mondes, celui du paraître et du « réel ». Une folie s'empare du personnage, lorsque ces visions se mêlent à des visions personnelles, où il voit sa femme disparue. Cette folie servira de leitmotiv au personnage jusqu’au dénouement final.

Mad Detective ? Un bon polar décalé.
Illitch Dillinger

mardi 11 janvier 2005

Election 2 (Hak se wui yi wo wai kwai) : Nouveau mandat

mardi 11 janvier 2005
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Johnnie To Kei-Fung réalise une suite à Election (2005) et crée de ce fait un diptyque d’anthologie avec ce deuxième volet : Election 2 (2006). Le diptyque du microcosme de la Wo Sing Society s’inscrit alors comme des œuvres cinématographiques incontournables de l’univers des organisations criminelles. Deux œuvres à ranger aux côtés de Goodfellas et de Casino de Martin Scorcese ou de la trilogie de The Godfather de Francis Ford Coppola.

Dans ce deuxième volet de la Wo Sing, on prend les mêmes et on recommence avec la même jouissance. Que sont-ils devenus au bout de cette « présidence » (leur position au sein de la triade, leur comportement, leur vision des choses) ? Election 2 est une extension du premier volet. Il est intéressant de voir des personnages connus et constater après une certaine période, l’évolution personnelle et celle du groupe au contact de l’ivresse du pouvoir.

Election 2 est une œuvre sociologique de l’univers mafieux comme le film précédent, mais cette fois-ci, Johnnie To met l’accent sur les relations entre triade et pouvoir politique. Les triades jouissent d’une protection des autorités. Quant aux autorités, elles désirent une coopération des triades pour le bon fonctionnement de la vie sociale. Le message est clair : faire des affaires dans l’harmonie et sans esclandre. Johnnie To reprend le personnage principal du premier volet, Lok (Simon Yam).

Ce dernier est en fin de mandat et comme d’autres avant lui, la perspective d’abandonner la présidence de la triade l’irrite. Il a le souhait de rempiler pour un second mandat, ce qui va à l’encontre de la tradition. Pourtant, il a fait de la Société, l’une des plus puissantes de Hong-Kong. Beaucoup d’anciens voient alors en Jimmy (Louis Koo), jeune malfrat entreprenant et aux affaires prospères comme le président du moment. Jimmy est donc pressentit pour reprendre les rênes du pouvoir, cependant ce dernier n’est pas intéressé. Il travaille à se refaire une image d’homme clean et veut devenir un homme d’affaire honnête et respectable en effaçant son passé de gangster. Cette notoriété d’homme d’affaire le met en contact avec les autorités chinoises qui lui font comprendre que s’il désire continuer à faire des affaires en Chine, il doit devenir le président de la Wo Sing…

Dans Election 2, deux personnalités s’affrontent pour le pouvoir. Le président en place Lok, qui ne compte pas abandonner son siège de chef et le jeune loup aux dents longues : Jimmy, qui comprend que pour devenir l’homme d’affaire respectable qu’il souhaite, il doit passer par le poste suprême pour être reconnu des autorités chinoises. Cette nouvelle « élection » évolue donc sous le signe du conflit générationnel comme c’était le cas déjà dans le premier volet mais ici à une petite différence ; Lok incarne la tradition, les « anciens » et Jimmy, l’organisation criminelle du 21ème siècle.

Lok qui donnait les apparences d’un truand posé et voulant évoluer dans une situation harmonieuse dans Election, nous montre ici son véritable visage. Il se cache derrière un sourire sympathique mais est en réalité un homme d’ambition et cupide, prêt à tout sacrifice. Il est avant tout manipulateur, promettant la présidence à des hommes de mains qu’il utilise à bon escient. Il ne conçoit nullement d’abandonner le pouvoir et part en guerre quoi que cela lui en coûte.

Jimmy est l’archétype même de ces hommes qui utilisent les entités dans lesquelles ils baignent pour réussir. En opportuniste rêvant d’une image propre, il a utilisé la triade pour s’enrichir et ainsi investir dans des affaires propres auxquels il veut s’adonner complètement. Les « anciens » voient d’un mauvais œil son désir de prendre ses distances avec le milieu. Mais la réalité du pouvoir plus haut que celui de la triade lui remet vite les pieds sur terre sous les traits de Xi.

Xi est un responsable de la sécurité chinoise. Il est l’incarnation des filiations qui existent entre les triades de HK et le gouvernement chinois. Et comme l’imagerie du marionnettiste des films de Coppola, il est celui qui tire les ficelles dans l’ombre. Ainsi, il voit tout comme les « anciens » de la Wo Sing, Jimmy comme le candidat idéal à la tête de l’organisation. Á travers ces relations, Johnnie To montre les changements opérés à Hong-Kong d’un point de vue économique et politique, c’est d’une certaine façon l’aboutissement de relations depuis la rétrocession de HK à la Chine.

Election 2 reprend tous les ingrédients qui ont fait le succès de Election. Les confrontations, les manipulations, la nature de l’homme bestial et sans cœur. On piétine autant la loyauté que le respect. Johnnie To réalise le film avec la même maestria que le premier en usant de scènes qui feront date dans le cinéma. Encore une histoire d’hommes sans aucune limite pour atteindre leurs objectifs, avec son lot de gagnants et de perdants. Encore une fois les acteurs (Eddie Cheung, Yau Yung, Wong Tin Lam…) tiennent le haut du pavé mis en lumière par la mise en scène de To.

Election 2 c’est aussi Jimmy, celui a qui tout réussit, installé sur le siège suprême que les autorités chinoises tiennent. En deçà, un loup solitaire continuera à courir, le personnage de Jet interprété par un formidable Nick Cheung, qui avec ce personnage tient son meilleur rôle jusqu’alors, un homme de main sacrifié qui est le dernier à incarner des valeurs telle que la loyauté, et qui par loyauté préfèrera continuer à endosser le rôle du traqué à l’image des héros tragiques. To met en parallèle ces deux hommes dans deux scènes superbes. Les deux extrémités d’une pyramide cohabitant dans un même plan. Superbe.

I.D.

Election (Hak seh wui) : Lutte pour le pouvoir

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La Wo Sing Society, une triade hong-kongaise doit élire son nouveau président à sa tête. Comme le veut la tradition, l’élection incombe aux anciens de la triade. Ces derniers doivent choisir entre Lok (Simon Yam) et Big D (Tony Leung Ka Fai). Le premier est élu à la majorité pour deux ans à la tête de la Wo Sing et doit recevoir comme symbole de son pouvoir un spectre à Tête de Dragon mais c’est sans compter sur le perdant de l’élection…

Election (2005), chef-d’œuvre de Johnnie To nous plonge dans une élection bien particulière celle d’un chef de triade qui doit se faire élire démocratiquement par ses pairs. Et comme en temps d’élection les candidats font leur campagne et usent des moyens à leur portée. Lok, le truand posé qui fait des promesses sur le partage de territoire et Big D, l’impulsif achète ses voix avec l’argent si ce n’est avec l’intimidation. Nous sommes en campagne présidentielle et comme dans toute élection, il y a un gagnant et forcément un perdant.

Que se passe t-il lorsqu’on gagne ? On est forcément emprunt d’une énorme fierté. Et lorsqu’on perd sachant qu’on pensait avoir gagné d’avance ? La pilule a du mal à passer et le symbole même du pouvoir (le précieux spectre) fait l’objet d’une guerre de convoitises des différentes parties en opposition. Ici, Johnnie To nous montre des hommes qui se livrent une bataille pour un symbole, celui de la tradition qui perdure au fil des décennies. Finalement, un objet à plus de valeur que la parole d’un homme. Ces mêmes hommes lui donnent une importance, celle de la tradition mais en font-ils seulement encore partie ? Il y a un côté très fétichiste sur l’objet comme si celui-ci faisait du possesseur « l’élu », le chef suprême sans même se poser la question des voix, ceux du vote et de leur importance réelle.

La tradition que tous semblent défendre est occultée pour faire des affaires à tout prix. Leurs aïeuls récitaient des prières érigeant leur société secrète dans un univers de principe tel que le respect des anciens. Aujourd’hui la communication a prit le pas et les luttes d’influence se font en dépit d’un quelconque respect pour ses frères d’armes ou de discipline. Á de nombreuses reprises les « sages », nostalgiques font référence au style de vie d’antan, un parallèle du style de vie actuelle où l’on est prêt à tout pour parvenir à ses fins quoique cela en coûte. La convoitise règne en maître alors que les alliances se font et se défont, faisant de la loyauté une vague notion obsolètes. Finalement ces malfrats ne sont pas si éloignés de certains hommes ou femmes du monde politique.

Encore une fois, on parle d’histoire d’hommes comme les affectionne To. Des hommes entre tradition et modernisme. Des hommes qui luttent pour leur survie dans une société en constante évolution avec des principes ancestraux d’un autre temps. La police est également présente même si elle joue plus le rôle d’arbitre que faisant preuve de poids. Elle est même d’une manière complice de ces agissements puisqu’elle permet de réunir les responsables en prison pour qu’ils puissent débattre et prendre les décisions adéquates.

To encore, anime Election dans une envie toute personnelle de traiter un sujet qu’il connaît sur le bout des doigts, l’univers violent, sombre et brutal des triades. Election n’est pas une œuvre complaisante à leur égard, justement il montre le visage impassible et froid d’hommes aux réactions animales. Toute la noirceur qui réside dans ce microcosme, To la décrypte minutieusement et avec maestria. Aucun scrupule, aucun remord : manipuler et tuer pour réussir.

Election est une véritable œuvre réalisée par un anthropologue. Les rites initiatiques, les codes, les relations entre les frères d’armes, les guerres intestines jusqu’à définir leurs vices et vertus. Beaucoup du premier, très peu du second. On éprouve du dégoût, de la sympathie pour des personnages souvent cruels, parfois pathétiques ou tout simplement humain. Johnnie To réussit aisément à exposer un univers compliqué parce que très codifiés et de nature pyramidale. Il met en place une réalisation superbe et fluide en gardant un œil réaliste sur ses sujets. Il expose un incontestable travail de maître avec cette œuvre remplit de magnifique éclat qui parsème le film.

On félicitera l’audace de To a raconter les triades comme elle avaient rarement été contées. Un regard nouveau basé sur une histoire simple avec laquelle il crée une œuvre incroyable. Quant aux acteurs, ils tiennent tous leur rôle avec talent, de Simon Yam, Louis Koo, Tony Leung Ka Fai à Nick Cheung, Lam Suet ou encore Gordon Lam.

Election raconte donc comment des hommes anéantissent la tradition et ses valeurs par cupidité et ambition, comment la triade a évolué au fil du temps, d’abord active politiquement et soudé pour ensuite créer des individualités qui s’enrichissent illégalement. L’oeuvre ne s’attarde donc pas sur les activités mais nous permet d’observer des coutumes et un style de vie, et c’est en cela que la caméra de To ne juge pas ces hommes, elle les montre comme ils sont, c’est tout.

I.D.

 
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