mardi 9 février 2010

Woman on Fire Looks for Water : L'amour et ses deux rives [Cycle Singapour, Malaisie]

mardi 9 février 2010
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Woo Ming Jin (l’auteur de Slovak Sling du collectif 15Malaysia) signe son dernier long métrage avec Woman on Fire Looks for Water (2009).

Ah Fei, un jeune homme élève et vend des grenouilles pour subvenir à ces besoins. Il vit seul avec son père veuf, pêcheur, qui après une séance de chiromancie sent la mort venir.

Woo Ming Jin trace à travers ces deux personnages, ces deux générations, un parallèle dont découle le regret et l’amour. Ah Kau, le père, est hanté par un amour de longue date. Au carrefour d’une fin de vie proche, le regret de plus en plus pesant, lui donne la force d’ouvrir son cœur et de demander à cette femme de le suivre. Alors que l’un tourmenté par un passé, tente de rattraper le temps perdu, l’autre, se sent tirailler entre son premier amour et la rencontre préméditée avec une autre jeune femme.

Woman on Fire Looks Water est une jolie fresque narrative. Woo Ming Jin dépeint avec finesse deux hommes de génération différentes dont les tourments se réunissent autour d’une même quête. On assiste à une continuité perturbante, d’un jeune homme et ses doutes, et d’un vieillard et ses regrets. Un parallèle poétique et tragique où l’un vivra éternellement avec un goût d’inachevé, quand l’autre se décidera à faire un choix.

Ce long métrage vaut aussi pour son esthétisme. Un plan d’ouverture somptueux, une lumière rasante sur un visage marquée par les années, une voix hors cadre, un moment intime où un dialogue pudique s’établit entre un père et un fils. Beau moment. Woo Ming Jin s’emploie aussi à montrer les activités locales qui animent ces campagnes : la pêche aux poissons et aux coques, la salaison.... Il en fera référence par des plans récurrents, d’ensemble ou très serrés, souvent intrigants et justement dosés tout au long du film.

Woman on Fire Looks for Water est un long métrage réussi, à la fois simple et efficace, restant dans la vague auteurisante de ce que le cinéma actuel de Malaisie sait offrir.

Diana

dimanche 7 février 2010

Call If You Need Me : Goodfellas in KL [Cycle Singapour, Malaisie]

dimanche 7 février 2010
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James Lee met en scène Sunny Pang (Lucky 7, 2008) et Pete Teo (Before We Fall in Love Again, 2006) dans Call If You Need Me (2009).

Or Kia quitte la campagne pour Kuala Lumpur où il retrouve son cousin, Ah Soon un malfrat. Ce dernier a une petite amie à qui il arrive de s’en aller des jours sans donner aucune nouvelle. Or Kia travaille dès lors avec Ah Soon et son équipe de malfaiteurs. Il découvre alors l’univers sombre de la pègre locale entre drogue, argent sale et règlement de compte…

Call If You Need Me est un film d’auteur de gangster, plutôt rare pour ne pas le souligner d’autant plus que James Lee enlève tout artifice attrait au cliché du « truand ». Ici pas de beaux vêtements, de gros bijoux, pas de défilé de grosse berline, ni de horde d’homme de main. Pas de clinquant qui brille à l’écran mais des hommes de l’ombre qui se cachent dans la noirceur d’une ruelle, loin de l’effervescence d’une ville. Des vampires qui vont et viennent et qui savent se faire oublier du plus grand nombre, réglant leur compte entre eux, à l’abri des yeux derrière le rideau de fer baissé d’un établissement ou bien d’un terrain vague, futur lotissement pour classe huppée. Une vision plus terre à terre, plus vraie, sans un aspect « bling-bling » d’un certain cinéma qui glorifie la truanderie en Asie. Ce cinéaste de Malaisie nous les montre comme des « monsieur » tout le monde, nu de toute superficialité. La part obscure et cachée d’une Malaisie qui n’ose se regarder dans un miroir.

La mise en scène de Call If You Need Me se veut simple, un cadre pensé, strict allant dans le sens de cette histoire qui se joue devant nos yeux : le destin de deux cousins dont l’un d’eux sans travail quitte la campagne pour la capitale et découvre un style de vie qui tranche avec ce qu’il a pu connaître. Une musique sobre s’invite de temps à autre pour ponctuer le drame qui se met en place. Notons des interprétations épurées à l’extrême qui pourraient en rebuter plus d’un. Les acteurs sont des corps inertes encaissant les à coups de leur survie dans les bas-fonds de la criminalité. Là où l’on peut comprendre le point de vue de l’auteur et ce qu’il tente d’exprimer, le jeu si épuré pourrait être la faiblesse de ce long-métrage, au-delà de certaines longueurs. Ces interprétations manquent d’émotion, tout y est plat, sans saveur à tel point que si elle avait été amère, nous n’aurions pas été contre, au contraire. Du coup l’impact se veut moins fort.

Call If You Need Me est l’un des films majeurs de la filmographie de James Lee, il n’y a pas de doute. Pourtant ce dernier n’échappe pas à quelque poncif du film dit « d’auteur » qui pourrait plomber l’ensemble qui n’est pas dénué d’un intérêt avéré. Ce film sait être à la fois tragique et drôle. Des séquences de vie entre amis dans lesquels certains se retrouveront. Sans ça, les corps de Sunny Pang (à la voix si singulière) et Pete Teo (son personnage fait étrangement écho à celui interprété dans Rain Dogs, 2006) communiquent toute l’ampleur d’une déchéance annoncée mais qui aurait pu être plus dramatique sans ce non jeu. En effet, une évidence me vient à l’instant, tout le monde n’a pas le talent d’un Takeshi Kitano dans l’interprétation minimale mais tellement parlante.

I.D.

Le Tireur de pousse-pousse : La Belle et le Pauvre [Cycle Singapour, Malaisie]

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Pour sa première réalisation P. Ramlee signe Le Tireur de pousse-pousse / Penarek Becha (1955) sous l’égide de la Malay Film Production et des studios Shaw Brothers. Il y interprète un jeune homme sans le sou qui fait la rencontre d’une jeune femme issue d’une famille riche.

Amran qui s’occupe de sa mère à la santé fragile gagne difficilement sa vie en pédalant son pousse-pousse. Un soir, il sauve Azizah des griffes de deux hommes malveillants. Pour le remercier, cette dernière lui propose qu’il la conduise tous les matins à son école contre un tarif fixé d’avance…

Mise en scène de facture classique pour ce premier long-métrage de P. Ramlee. Le cinéaste malais réalise avec Le Tireur de pousse-pousse un mélodrame dans la pure tradition du genre. Il y esquisse les inégalités sociales à travers un amour qui se veut impossible. Un pauvre qui rencontre une riche, un agent perturbateur qui fait son travail de sape et le destin qui s’acharne avant un revirement de situation qui permettra à cette histoire de se terminer par un happy end. Rien de transcendant en soit tant la linéarité prime. Un film remplit de bon sentiment où l’action se mélange à des interstices dont les chansons aux paroles souvent tristes s’invitent.

Le Tireur de pousse-pousse n’est sans doute pas le meilleur des P. Ramlee notamment parce que ce premier long ne possède aucune touche singulière de cet artiste aux multiples facettes : réalisateur, interprète et chanteur. Le film se veut stéréotypé en tout point, de l’histoire aux personnages en passant par le discours emprunt de bonne morale (il faut respecter les pauvres, se sont des hommes comme les autres). On retiendra des scènes de bagarres plutôt réaliste et bien faites, sans exagération. De là, à ce que ce premier film marque les mémoires, pas sûr.

I.D.

Femme, Epouse et Putain : Le fruit défendu [Cycle Singapour, Malaisie]

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Premier long-métrage de U-Wei Bin Haji Saari, Femme, Epouse et Putain / Perempuan, isteri dan jalang (1993) met en scène dans le rôle principal l’actrice Sofia Jane laquelle joue une femme fatale prêt à tout pour arriver à ses fins.

Amir doit épouser Zaleha qui s’enfuit pour la Thaïlande où elle se marie à autre homme. Amir la retrouve et assassine son mari. Il la confit alors à un proxénète. Il revient la chercher six mois après pour l’obliger à l’épouser et aller vivre dans son village, mais Zaleha n’est plus la villageoise docile qu’elle était…

Femme, Epouse et Putain s’ouvre sur des festivités, ceux d’un mariage qui va avoir lieu, le film d’U-Wei Bin Haji Saari s’ouvre surtout sur la déconvenue d’un homme dont la dulcinée fuit leur union pour convoler avec un autre. Zaleha ne le sait pas encore mais cette fuite en avant va sceller son destin, celui d’une femme malmenée mais qui gagnera en prestance pour assouvir sa vengeance sur la gente masculine. Zaleha est l’archétype de la femme soumise, maltraitée, rabaissée et insultée par un mari qui n’a toujours pas digéré l’affront qu’il a subit. En deçà, Zaleha resplendit, les hommes tombent sous son charme et elle en joue avec chacun d’entre eux par le biais de son pouvoir de séduction. Elle est une femme moderne qui apporte avec elle un style de vie qui tranche avec celle du village et qui ébranle le pouvoir des hommes.

Le cinéaste malaisien fustige avec Femme, Epouse et Putain la société patriarcale malaise. Il y dénonce le peu de place que la femme possède, qui est avant tout une femme au service de son mari et où le mélange homme-femme dans la vie de tous les jours est rare voire inexistant. En plaçant l’action du film dans un village reculé, U-Wei Bin Haji Saari s’attaque à des mentalités profondément ancrées. Il y injecte ainsi l’incarnation de la provocation que représentera l’actrice Sofia Jane qui dégage un érotisme envoûtant. Le cinéaste malaisien la filme avec sensualité. Il parvient à dégager sa beauté ainsi que son charme qui explose à l’écran. Zaleha connaît ses possibilités de séduction et se met en action pour créer une zizanie qui chamboule la vie de son nouveau mari Amir ainsi que celle du village. On peut voir ainsi les premiers soubresauts de la révolte féminine.

Femme, Epouse et Putain est un film socialement audacieux par et pour son personnage principal féminin qui se caractérise par sa force et son intelligence (sans oublier son pouvoir d’exorcisation qu’on ne divulguera pas ici). Mais aussi par la mise en avant du poids de la religion dans la société malaise qui dicte les comportements que les individus doivent avoir. Sans compter sur un titre des plus explicite qui soit. Pourtant, la fatalité n’est jamais bien loin et elle frappe avec dureté lorsqu’il s’agit de condamner la déviance. Si U-Wei Bin Haji Saari semble dénoncer certaines caractéristiques « néfastes » de la société malaise, il semble atténuer son propos par un juste retour des choses, par l’utilisation d’une sanction symbolique. Un acte final dramatique où l’amour, la folie et la trahison emportent un film qui s’avère prenant, important et incontournable.

I.D.

jeudi 4 février 2010

Les Treize Tueurs : Le meurtre [Retrospective La Tôei]

jeudi 4 février 2010
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Les Treize Tueurs / Jusa-nin no Shikaku (1963) de Eiichi Kudo est un chambara où une mission est donné à un homme. Il doit réunir une équipe pour assassiner le frère du Shogun.

Matsudaira Nariaki est à la tête du clan Akashi. Il est réputé pour être un homme violent qui n’hésite pas à tuer impunément. Un ministre excédé par un tel comportement et après le hara-kiri d’un proche en guise de protestation décide de fomenter un assassinat secret. Pour se faire, il emploi un inspecteur qui réunit douze samouraïs. Ils exécuteront leur mission lorsque le cortège officiel de Matsudaira Nariaki sera sur la route de son retour d’Edo…

Les Treize Tueurs commence par un seppuku qui donnera toute sa dimension au film. Une scène symbolique pour un acte qui l’est tout autant. Un symbole de protestation contre l’arbitraire et la terreur d’un homme qu’incarne le personnage de Matsudaira. La goutte d’eau qui fait déborder le vase remplit déjà d’un acte infâme. Celui du meurtre d’un jeune homme découvrant le viol de sa femme par le chef du clan Akashi. Ce meurtre suivit du suicide de la jeune femme sera représentatif de la cause à effet, la réaction en chaine qui amènera un haut dignitaire à vouloir la tête du responsable. Eiichi Kudo parvient en quelques scènes à établir un plan de route qui nous amènera vers un point de non retour, où la mort imprègne chaque monceau de pellicule.

Le plan d’ouverture contrastera avec le chaos qui clôturera Les Treize Tueurs. Un plan d’ensemble vide où une silhouette avachie au loin telle un point minuscule se donne la mort devant un palais énorme. Répondra à cela des plans rapprochés dans une ambiance chaotique où une multitude de corps se démènent. Eiichi Kudo fait monter la pression de manière dissimulée tout du long. On suit classiquement un groupe d’homme qui se prépare à un assassinat. On y suit le passage obligé de la constitution du groupe, des préparatifs et au milieu de cela les états d’âmes de tout à chacun avant l’heure fatidique. Celle qui tarde à venir à mesure que des rebondissements infimes ne ralentissent l’Histoire qui se joue. Nos tueurs rôdent, se renseignent, attendent surtout ils fabriquent le piège.

La dernière partie est immense par la folie meurtrière et la tactique qui s’en dégage. Les Treize Tueurs passent à la vitesse supérieur une fois que le cortège de Matsudaira se retrouve piégé dans un village que les tueurs ont préalablement renforcé de telle sorte qu’il s’apparente à un labyrinthe. Dans ces allées réduites, barrées, les soldats visés font penser à des souris de laboratoire piégées, sous le joug de nos tueurs. Ces derniers exécutent leur plan et attaquent sans relâche alors que la garde rapprochée de Matsudaira tente de trouver une sortie qui leur permettrait de fuir la mort. On assiste dès lors à un combat acharné où les corps s’écroulent sous les flèches, les coups de lance et de catana porté. Une aura de fin de monde s’abat alors dans ces allées labyrinthiques.

Les Treize Tueurs est un film captivant. Captivant pour son intrigue et la ponctuation de celle-ci. Un maelstrom de son qui bouillonne et de mouvements désordonnés, désespérés face au professionnalisme des tueurs à l’oraison funèbre déclaré (des samouraïs appliquant de manière strict les règles qui les régissent). L’aboutissement de ce drame est un grand moment de cinéma.

I.D.

 
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