mercredi 28 juillet 2010

Cageman : En cage

mercredi 28 juillet 2010

Œuvre sociale mis en scène par Jacob Cheung Chi Leung, Cageman / Long Min (1992) traite d’un sujet quasi tabou : les habitations insalubres où de vastes hangars servent de lieu de vie à des hommes sans le sou qui survivent et demeurent dans des cages. Des cages empilées les unes sur les autres. Bientôt, des entrepreneurs décident de détruire ces hangars pour construire de nouveau complexe immobilier. Les « cageman » qui vont se retrouver à la rue sont divisés ; entre ceux qui veulent rester coûte que coûte et ceux prêt à accepter une compensation financière.

Cageman détone. C’est le moins que l’on puisse dire devant cette œuvre que l’on qualifierait de dramatique et pourtant. Un drame se joue c’est indéniable, la condition des ces hommes vivant dans des cages et pourtant… pourtant ils semblent vivre dans un certain « bonheur » en formant une communauté à part entière. Du moins, au milieu de cette vie misérable s’invite parfois des moments plus heureux, dirons-nous. Une chose est sûre, Jacob Cheung ne prend aucun parti. Il met en scène ses personnages tel quel, sans fioritures, sans les rendre plus beau ou plus moche. Si ce n’est peut-être (disons franchement) ceux des deux hommes politiques, caricaturaux à souhait qui n’ont aucun scrupule pour ramener vers eux un maximum de soutien qui pourrait les faire mousser auprès des médias. Au coude à coude, ils offrent entre autre une succulente scène pleine d’humour devant les caméras de télévision.

Cageman dépeint avec simplicité et avec réalisme le quotidien de ces hommes en cage qui s’avèrent attachants à travers leur survie qui se veut prenante. On s’immerge dans cet environnement, on devient intime en prenant part à leur vécu. Il n’y a pas un personnage qui prend le pas sur un autre. Ils sont tous au même niveau face à l’adversité qu’ils essayent tant bien que mal de maquiller en des jours meilleurs. Cageman est une œuvre réussie qui ne pourra qu’interpeller et faire réfléchir sur le pourquoi et le comment. Pourquoi laisser une situation se dégrader autant ? Comment en arrive-t-on tout bonnement là ? Alors oui, Hong Kong est l’un des territoires les plus peuplé au monde mais tout de même, on ne peut que s’interroger. C’est en cela que cette œuvre se révèle intéressante mais aussi et surtout importante. Cette œuvre témoigne d’une réalité (qui a existée, existe encore ?).

Si la mise en scène de Cageman s’efface au profit de son propos, chose louable. On ne peut que féliciter aussi les acteurs du film qui livrent des interprétations remarquables. On y retrouve Roy Chiao Hung, vieux baroudeur du cinéma au faciès reconnaissable dont le fils mentalement handicapé est joué par Liu Kai Chi. Il y aussi les notables Ku Feng, vieux briscard de la Shaw Brothers, Teddy Robin Kwan l’homme au multiple casquette : acteur, producteur, chanteur, musicien et réalisateur. On y retrouve également des spécialistes des seconds rôles Chow Chung en politicien, Dennis Chan Kwok San mais aussi Victor Wong Chi Keung. On n’oubliera pas non plus le jeune Koma Wong Ka Kui, leader du groupe rock Beyond qui trouvera la mort un an après qui joue ici un petit truand sortant de prison qui trouvera en ces « homme en cage », une famille à part entière.

Cageman est œuvre trop rare. Elle est à découvrir, à revivre pour appréhender cette part sombre qui existait à cette époque dans la société hongkongaise. Pour l’anecdote, Cageman reçut le prix du meilleur film aux HK Awards de 1992.

I.D.

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