jeudi 22 juillet 2010

Histoire du japon d’après-guerre racontée par une hôtesse de bar : Souvenir d’une fille de boucher

jeudi 22 juillet 2010

Documentaire historique signé par Shohei Imamura, Histoire du japon d’après-guerre racontée par une hôtesse de bar / Nippon Sengoshi - Madamu onboro no Seikatsu (1970) met en scène comme l’indique son titre, une femme, Akemi qui raconte, parallèlement aux évènements qui ont marqués le Japon, son histoire de son enfance à son départ pour les États-Unis en 1970.

Akemi est un sacré numéro : franche, désinvolte, arrogante, naïve (quoique, on peut se poser la question), elle s’avère également opportuniste, arriviste et calculatrice. Pourtant, il se détache de sa personne quelque chose de touchant même dans l’agacement qu’elle pourrait communiquer, sans doute due à son insouciance ou à son détachement qui nous fait parfois rire de bon cœur mais aussi jaune lorsqu’elle en vient à s’exprimer sur les faits marquants d’un Japon d’après-guerre. Histoire du japon d’après-guerre racontée par une hôtesse de bar nous narre donc la bombe atomique, le marché noir, l’occupation américaine, les guerres de Corée et du Viêt-Nam, la répression des communistes, les manifestations contre les bases américaine, le regard porté au mariage monarchique jusqu’à l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Tout y passe ou presque dans cette longue période d’agitation et dans le récit de cette femme qui a fait essentiellement sa vie dans la ville de Yokohama.

Á travers Akemi, Histoire du japon d’après-guerre racontée par une hôtesse de bar tente de montrer un Japon qui a survécu tant bien que mal. Mais à travers elle surtout, ce documentaire nous montre la « réussite », une réussite sociale dans un Japon en plein miracle économique d’après guerre. Peu importe les moyens d’y parvenir, le tout c’est le résultat. Akemi est un petit bout de femme, peu farouche qui a su survivre en participant à la fortune de ses parents avec le marché noir, en utilisant les hommes à bon escient avec une vision angélique du GI’s américain. Une vision des plus surprenante allant même jusqu’à dénigrer les japonais. Bref, c’est une femme qui sait ce qu’elle veut où chaque mot, chaque phrase semble maîtriser. Si cette femme des classes moyennes s’exprime majoritairement, Shohei Imamura donne également la parole à ses proches (mère, premier mari, fille,…), des proches qui viennent la plupart du temps atténuer le propos d’Akemi. En résulte alors une perplexité à son égard et une certaine remise en cause de ses propos.

Avec Histoire du japon d’après-guerre racontée par une hôtesse de bar, Shohei Imamura réalise une allégorie sur l’essor du Japon, il y montre que les moyens employés sont loin d’être tous respectables pour arriver à un tel résultat. Si le personnage passionne, la technique passionne tout autant. Ainsi, la mise en scène, le montage sont saisissants en cela. Véritable expérimentation sur la forme comme sur le fond, ce documentaire vaut pour ses images parfois choquantes (la mise en parallèle de certaines d’entre elles), ses plans rapprochés, ses transitions, les zooms et autre arrêt sur image ainsi que ses voix désynchronisées. Shohei Imamura livre une histoire captivante, deux histoires intimement liées, celle d’une japonaise (presque lambda, dirons-nous) et celle du Japon en quelques vingt-cinq années d’ébullition. Il n’empêche qu’on sort de ce documentaire quelque peu troublé et interpellé. Et une question me taraude : où en est Akemi aujourd’hui ? Enfin, après son départ du Japon en 1970 ? A-t-elle réussie comme elle le souhaitait ? Intriguant.

I.D.

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