lundi 17 août 2009

Sonatine : Mélodie cinématographique

lundi 17 août 2009
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Sonatine/Sonachine (1993) de Takeshi Kitano est le premier film que j’ai vu de son auteur et quelle ne fut pas la claque que je me suis prise devant ces images, cette musique, ces acteurs s’apparentant à des soldats de plombs ? Très vite, j’ai eu le sentiment d’assister à un chef d’œuvre. Aujourd’hui encore, mon sentiment n’a pas changé.

Murakawa est un yakuza de Tokyo qu’on envoie à Okinawa pour prêter main forte à un clan ami plongé dans une guerre qui fait rage. Il y débarque avec quelques hommes, apprend que les tensions sont apaisées, pourtant le clan ennemi voit d’un mauvais œil cette arrivée et contre-attaque. Murakawa subit plusieurs pertes dans son équipe et décide de se mettre au vert le temps qui les choses se tassent. Murakawa va alors prendre le temps de vivre notamment après la rencontre d’une jeune femme…

Soulignons-le, une chose qui m’a tout particulièrement frappée dans Sonatine c’est la musique employée par Takeshi Kitano. Joe Hisaishi signe une musique simple et efficace dont le thème principal est absolument génial. L’œuvre de Kitano est rythmé par ces petites mélodies se mariant parfaitement aux images.

La mise en scène de Kitano dans Sonatine est belle et épurée, particulière aussi. Des plans qui laissent transparaître une magie poétique. Une peinture gravée sur pellicule. Des longs plans tirés en longueur dont règne le silence sont remplacés par la musique de Hisaishi qui s’immisce et fait de ce film, une œuvre profonde. Le temps semble comme s’être arrêté, en suspend, à l’image de ces acteurs dont le jeu est neutre, vide, comme si le poids de la mort les écrasait et les empêchait ainsi de se mouvoir. Ils sont des masses inertes.

L’œuvre de Kitano se veut grave avec une violence sèche, une non-action dont les gunfights sont statiques. La violence est également et souvent hors-champ, elle se laisse entendre et deviner. Elle nous plonge dans l’imaginaire, sans image, d’une horreur glaciale. Cet aspect côtoie des moments plus légers, ceux des jeux sur la plage. Ces moments sont également contaminés par la mort qui flotte de façon permanente au-dessus des personnages. Elle frappe avec autant de spontanéité que de force.

Sonatine de Takeshi Kitano, l’homme qu’on ne présente plus interprète à merveille le personnage principal désabusé et dépressif de cette œuvre, ses tics transparents lui confèrent un jeu à son insu, du non-jeu. Kitano est Murakawa. Il nous offre un grand moment de cinéma d’une beauté mélodique.

I.D.

vendredi 14 août 2009

Maîtres du cinéma Japonais à l'Espace Saint-Michel

vendredi 14 août 2009
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L'Espace Saint-Michel propose jusqu'au 18 août prochain une sélection Maîtres du cinéma Japonais à ne pas manquer !

Plein : 7,50 € / Réduit : 6 € (étudiants - sans-emplois - familles nombreuses - + de 60 ans)

Au programme :

ICHIKAWA
La harpe de Birmanie : Dim 16 août à 13h30

KOBAYASHI
Hara Kiri : Sam 15 août à 21h10, Dim 16 août à 19h50

OSHIMA
Les Plaisirs de la chair : Ven 14 août à 15h10, Lun 17 août à 22h
Contes cruels de la jeunesse : Sam 15 août à 15h05

OZU
Voyage à Tokyo : Lun 17 août à 19h30
Le goût du saké : Sam 15 août 13h

MIZOGUSHI
Les femmes de la nuit : Dim 16 août à 22h15, Mar 18 août à 22h15

TESHIGAHARA
La femme des sables : Ven 14 août à 21h10, Mar 18 août à 19h35

YOSHIDA
La source thermale d’Akitsu : Ven août à 13h, Lun 17 août à 15h10


ESPACE SAINT-MICHEL
7, place Saint-Michel / 75005 Paris
Métro Saint-Michel
Tél : 01 44 07 20 49

lundi 10 août 2009

After This Our Exile : Du cinéma

lundi 10 août 2009
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Après une absence de dix-sept années à la mise en scène, Patrick Tam nous revenait en 2006 avec After This Our Exile/Fu Zi, un drame qui se situe en Malaisie dans la communauté chinoise. On y suit Lin, une femme qui veut quitter le foyer familial déliquescent, son mari Chow Cheung-sheng est un joueur invétéré. Ce dernier est prévenu par Lok-yun, leur fils qui surprend sa mère en train de faire ses bagages, c’est le début de la fin…

After This Our Exile, c’est une claque. Une œuvre cinématographique d’une maîtrise incroyable. On savait de Patrick Tam qu’il avait tout d’un grand. Un cinéaste de talent qui n’avait plus réalisé depuis My Heart is that Eternal Rose (1989) avec Tony Leung Chiu-Wai. Avec cette œuvre, il pourrait envoyer derrière les pupitres un grand nombre de soit disant réalisateur. Dans cette œuvre, tout est soigneusement maîtrisé, travaillé, de l’image au son. La composition du plan avec une photographie aux couleurs chaudes, les ambiances sonores. La mise en scène est tout bonnement impeccable, le rythme est lent, une lenteur contemplative, implacable, une puissance des images laissant transparaître le jeu avec conviction des acteurs.

Patrick Tam en plus d’être un excellent metteur en scène, excelle dans la direction des acteurs, il parvient à trouver en eux cette petite chose qui fait la différence. Son travail est d’autant plus remarquable lorsqu’on connaît les prestations catastrophiques à l’écran d’Aaron Kwok. Ce dernier trouve ici l’un de ses meilleurs rôles pour sa meilleure interprétation. Tout y est, l’émotion, il l’a transmet, rien ne vient gâcher ce qu’il montre à l’écran. Et si Patrick Tam parvient à en tirer le meilleur, il le fait également pour son actrice Charlie Young naturellement superbe, sans oublier le tout jeune King-to Ng dans le rôle de l’enfant, incroyable par sa présence.

Ce que l’on attend également d’un cinéaste en plus d’avoir cette main mise technique et humaine, c’est son rapport à l’histoire et à ses personnages. Il ne porte aucun jugement, aucune compassion, jamais. Savoir garder une distance intelligente en laissant parler les images, voilà la force de Patrick Tam dans After This Our Exile. Une force qu’il parviendra à transmettre du début jusqu’à cette fin emprunte d’une tristesse bouleversante. La dure prise de conscience d’un enfant, celle de la réalité qui le montre comme la seule victime d’un couple qui s’en est sorti chacun de leur côté. L’enfant, la seule véritable victime lorsque le couple va mal. C’est cela qui frappe et qui marque plus que tout autre chose, c’est le voir lui, dix ans après à travers cette prise de conscience en flash-back et un montage qui s’affole. Il est seul, seul au monde, une solitude asphyxiante se consume durant le générique final… ouah.

S’il fallait attendre dix sept ans chaque œuvre d’un cinéaste pour aboutir à ce Cinéma là, l’attente ne serait pas veine. La maturité tout en quiétude d’After This Our Exile fait de Patrick Tam un maître à part entière dans la grande famille du cinéma.

I.D.

jeudi 6 août 2009

A World Without Thieves : De haut vole

jeudi 6 août 2009
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Le cinéaste chinois Feng Xiaogang que l’on connaît pour avoir récemment réaliser Héros de guerre (2007) avait avec A World Without Thieves / Tian Xia Wu Zei (2004) frappé un gros coup en offrant un drame mêlant film policier et film d’action, une adaptation portée sur grand écran destiné au box office. Au-delà du film commercial, le film s’avère être un divertissement réussi.

Wang Bo et Wang Li sont deux voleurs professionnels qui embarquent dans un train de longue distance. Auparavant, Wang Li avait fait connaissance avec Sha Gen, un campagnard qui retourne chez lui avec toutes ses économies. Ce dernier prend également le train et devient vite l’objet de toutes les convoitises, une équipe de pickpockets guettent…

A World Without Thieves plait. Il plait par son casting de premier et second rôle. Il plait par son histoire, voir des pickpockets en action dans un espace restreint, mais il plait également par les paysages naturels de carte postale qu’on nous montre dans la première demi-heure. Tout est mis en œuvre pour faire de ce film, un film carré destiné à plaire au plus grand nombre. C’était avec une certaine retenue que j’assistais à son visionnage qui pour ma part a révélé une jolie surprise. Comme quoi, il n’est jamais bon d’avoir trop d’a priori.

On pourra regretter tout de même une chose au film du cinéaste chinois Feng Xiaogang c’est sa réalisation parfois pompeuse. On peut dire qu’il n’a pas toujours été très inspiré mais il livre tout de même une bonne prestation et parvient à créer un univers. L’audace de A World Without Thieves réside sans doute dans le fait de faire tenir les trois quart du film dans un même et unique lieu : le train. On assiste avec maestria à une histoire qui se déroule dans un huis clos qui se marie plutôt bien avec l’intrigue. D’où un film plaisant à voir et à apprécier même si la petite morale peut être sujet à un sourire respectueux.

A World Without Thieves sait être étonnant et efficace mais aussi original pour son histoire dont émane une tension maintenue tout du long. On assiste avec émotion à certaines de ses scènes. Les personnages sont attachants avec des acteurs qui livrent de bonne interprétations, je pense ici notamment à Rene Liu. Un film donc qui mérite d’être vu et vous fera passer un bon moment sans vous laisser vous ennuyer, vous permettant de vous évader dans les contrées lointaines de la Chine. On en redemande.

I.D.

lundi 3 août 2009

Le Vieux Jardin de Hwang Sok-yong [Littérature]

lundi 3 août 2009
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L’écrivain sud-coréen Hwang Sok-yong nous revenait en 2000 avec Le Vieux Jardin qui fut paru en 2005 par la maison d’édition Zulma. L’œuvre littéraire met en scène l’histoire d’amour d’un homme et d’une femme qui ont connus une brève idylle amoureuse plongée dans les bouleversements historiques d’un pays, la Corée du Sud. Une idylle qui les marquera à jamais.

Ce qui frappe dans Le Vieux Jardin c’est cette minutie de retranscription. Ce qui frappe avec cette minutie c’est le temps que l’auteur prend pour raconter, où l’on croirait le temps comme suspendu. Un temps arrêté qui observerait ce couple séparé par les évènements. Hwang Sok-yong parvient avec un style que je qualifierai, sans être péjoratif, de simple à vous faire vivre des moments poignants comme si vous y assistiez. Cette écriture si simpliste est maniée avec une dextérité et une force qui permettent aux sentiments des personnages de nous toucher au plus profond de nous même. Rarement un récit aura été aussi captivant et poignant avec une écriture posée, où l’on prend le temps de vivre avec ses deux personnages. Hwang Sok-yong nous transmet des mots emprunts d’une beauté et de nature paisible. Il y a un certain sens du détachement dans cette façon de raconter comme si l’écrivain sud-coréen était trop pudique pour se plonger dans l’intimité de ses personnages. En même temps, cette pudeur parvient à nous mener avec subtilité au cœur de cette histoire tragique mêlant la séparation à l’union de ces deux êtres malgré les circonstances et l’absence.

Deux personnages qui s’expriment à la première personne, deux personnages qui tour à tour nous emmènent du présent à un passé tragique, du passé à un présent où règnent les souvenirs d’une vie au singulier, la leur. L’un et l’autre séparé par l’arbitraire, l’un et l’autre livrant un témoignage émouvant. On y sent le vécu de l’auteur retranscrit avec force. Il y a une part autobiographique indéniable, le combat pour une autre société, la prison, les rencontres et les petites histoires dans la grande qui se joue. Il offre une vision de la Corée et du monde d’aujourd’hui et d’hier. Cette histoire, leurs histoires qui se croisent pour se séparer à jamais est des plus intéressante qui soit. Le portrait de femme qu’il réalise est magnifique, une femme qui attend son homme condamné à perpétuité, une femme seule qui même entourée vit un manque pour l’homme qu’elle ne cesse d’aimer. Un homme qu’elle ne peut pas voir parce que rien n’officialise leur amour. Mais c’est aussi le portrait d’un homme dans la souffrance et la solitude, celui des geôles et du combat politique face à une dictature brutale. Un homme qui a perdu dix-sept années de sa vie derrière les barreaux. On y sent une espèce de fatalisme qui les frappe tous deux et c’est avec une facilité déconcertante que nous sommes plongés dans leur imaginaire.

Le Vieux Jardin est un livre comme rarement on en a l’occasion de lire parce qu’il réunit une histoire passionnante et bouleversante avec des personnages touchants pour lesquels on se prend d’affection. Des personnages comme vous et moi pris dans les tourments d’un pays, racontés avec une écriture captivante et tout en pudeur. Le postface de Hwang Sok-yong qui accompagne le livre est également d’une force inébranlable notamment sur les questionnement de l’auteur.

D'autres articles :
Le Vieux Jardin de Im Sang-soo (film sud-coréen)

I.D.

 
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