dimanche 7 septembre 2014

Blind Moutain : Esclave

dimanche 7 septembre 2014

Après son réussi Blind Shaft (2003) qui s’inspirait de faits réels sur des assassinats de mineurs, le réalisateur chinois Li Yang revenait avec Blind Moutain (2007), son deuxième long-métrage s’inscrivant dès lors dans sa future trilogie « Blind ».

Bai Xuemei, une étudiante qui pense trouver un métier chez des herboristes est en réalité vendue par des trafiquants d’êtres humains. Après avoir été droguée, elle se retrouve mariée de force à un paysan vivant dans un village reculé. Ce dernier pour la soumettre la bat et la viole. Par tout les moyens, elle décide alors de s’enfuir...
Egalement inspiré d’une histoire vraie, Blind Moutain est un nouveau portrait que réalise son auteur sur ses contemporains. Un portrait sombre sur les conditions des femmes, prisonnières d’une prison à ciel ouvert, ce village reculé où ses habitants vivent en vase clos et avec leurs propres règles, indépendamment de celles de la société chinoise. C’est un récit terrifiant, renforcé par sa linéarité morbide et à l’atmosphère asphyxiante. La mise en scène est réussie avec sa caméra portée et immersive, intelligente aussi lorsqu’il s’agit de montrer la violence, le plus souvent en off mais tout aussi déstabilisante et écœurante. Cette histoire terrible que met en scène Li Yang désarçonne. L’injustice que subit Bai Xuemei, ces maris/bourreaux qui achètent des épouses et les complicités (voisins, autorités,…) dont ils jouissent, là où réside la pression du groupe. A travers ce quotidien d’esclave qui se répète inlassablement aux tentatives d’évasions avortées, c’est un malaise qui s’immisce et qui s’installe chez le spectateur. L’auteur parvient à captiver avec ses images à l’état brut, à la fois belles et désolées. Ne tombant jamais dans la facilité et le larmoyant, il dépeint avec justesse et tact le désarroi de son personnage principal. On prend fait et cause pour cette jeune femme, surtout on vit les sentiments qui la parcourt, ne faisant qu’un avec elle et ressentant alors les frustrations qui l’habitent tout du long. Une sensation de causalité qui doit beaucoup à Huang Lu. Blind Moutain vaut donc aussi pour le jeu de son actrice principale. Cette dernière vit intégralement son rôle, retranscrivant avec force et conviction les émotions qui l’assaillent. Elle montre ici un jeu remarquable, ne jouant pas mais vivant véritablement son personnage.

Blind Moutain est de ces histoires qui marque un long moment. On ne ressort jamais vraiment indemne d’existences dépeintes comme celles-ci. Perturbant et glaçant, ce second long-métrage de Li Yang renforce l’idée qu’il est un cinéaste de talent qu’on espère voir perdurer.
 
A noter que le film fut présenté en sélection officielle Un Certain Regard du Festival de Cannes 2007. Ce long-métrage est à découvrir dans le DVD édité par Spectrum Films. Il est accompagné du making-of et de la bande annonce.

I.D.

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