mercredi 19 novembre 2014

Tetsuo : “Dans le monde d’après”

mercredi 19 novembre 2014


Un grand malade que ce Shinya Tsukamoto, c’est ce à quoi j’ai pensé lorsque j’ai vu Bullet Ballet (1998) mais à la vision de Tetsuo (1988) cette pensée s’est renforcée. Oui, Shinya Tsukamoto est un grand grand malade. L’œuvre se veut du Cyberpunk. Pour ma part, elle est une œuvre nihiliste, immorale, folle et puissante. Une œuvre expérimentale que l’on pourrait ranger dans les films d’art et d’essai.

En 67 minutes, Shinya Tsukamoto réalise dans Tetsuo un délire cinématographique psychotique presque muet, en 16 mm et en N&B. On pense à Cronenberg, à Lynch mais le génie psychopathe de son auteur est tel qu’on cesse vite de penser pour se prendre en pleine figure ce chemin tortueux qui nous emmène vers l’antre de la folie. 

Un homme s'entaille profondément la cuisse et insère une tige filetée dans la blessure. Plus tard, il s’aperçoit que des vers grouillent à l’intérieure, il prend peur et s'enfuit avant d’être renversé par une voiture. Le conducteur se débarrasse de lui. Le lendemain, le conducteur constate qu'un morceau de métal sort de sa joue et qu’il se mute, peu à peu en un monstre de métal

Réalisateur et acteur à ses heures, Tsukamoto est surtout un artisan du cinéma multi-casquette. Il s’emploie presque tout seul à faire Tetsuo. Quant à l’œuvre, l’homme se fait contaminer par le métal qui engendre des images démentes et épileptiques. Tsukamoto nous parle du chaos, savoir que l’on est en vie, savoir passé par l’état de mort pour revivre, le tout dans la douleur. Il dépasse des limites rarement explorées jusque-là. L’homme et la machine ne font plus qu’un, des monstres de chair et de métal dans un maelström de sons. Ils s’impriment dans nos tympans comme si l’auteur nous avait transpercé le crâne avec une perceuse laissée branchée.

En plus d’une réalisation sans relâche et sans temps morts, le travail sur le son est énorme, les bruitages comme la musique employée. Tetsuo est un film culte à lui tout seul, même s’il n’y a pas réellement de scénario. Film qui me fait répéter encore une fois que ce Shinya Tsukamoto est un grand malade évadé d’un asile psychiatrique, perdu dans un Tokyo déshumanisé en proie à l’aliénation collective. Un grand malade donc que cet homme qui nous enfonce dans les Abymes de la souffrance et du chaos. 

Merci pour ces moments si durs et si plaisants mister Tsukamoto. 

I.D.

2 commentaires:

Olrik a dit…

Assez curieusement, le chaos sur pellicule mis en scène par Tsukamoto ne m'a jamais mis mal à l'aise. J'apprécie l'esthétique et le côté barré, mais pour le ressenti, d'autres de ses oeuvres m'ont fait plus d'effets. Oeuvre culte en tout cas et là, l'expression n'est pour une fois pas galvaudée.

I.D. a dit…

Pas galvaudé, non. Et tout comme toi, j'ai le souvenir de quelques visionnages qui ont su me remuer bien mieux : "Tokyo Fist", "Gemini"...

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