mardi 11 mai 2010

Glory to the Filmmaker ! : La crise d’un cinéaste ? [Rétro Takeshi Kitano, l'iconoclaste]

mardi 11 mai 2010
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Depuis les années 2000, le cinéma de Takeshi Kitano fait polémique. Certains n’y trouvent plus le tranchant, le mordant, le nihilisme poétique de ses premiers films. Avec Glory to the Filmmaker ! / Kantoku – Banzaï (2007), il nous offre un film de plus à polémiquer. Une autre forme de nihilisme qui n’appellera pas au consensus.

Takeshi Kitano se met en scène et en quête de réaliser un film qui plairait au plus grand nombre. Passant par tous les genres, il s’imagine enfanter une fresque classique, puis un mélo, puis une comédie, puis…

Glory to the Filmmaker ! apporte son lot d’interrogation. Est-ce le Kitano acteur qu’on voit à l’écran ? Est-ce le Kitano cinéaste qu’on retrouve derrière la caméra ? La réponse est loin d’être évidente, elle pencherait même dans la réponse négative. Que nous fait-il ici ? Si ce n’est le saltimbanque de télévision. Takeshi Kitano semble reproduire des sketchs pour le petit écran en s’offrant le luxe du grand. Pour ma part, j’aime le Kitano cinéaste, acteur mais beaucoup moins le Kitano troubadour TV. Du coup, l’approche de Glory to the Filmmaker ! ne se fait pas sans anicroche. Pourtant, l’idée de départ quelque peu égo-trip était intéressante. Cette idée de voir Kitano s’essayer à différent genre avec toujours ce cynisme sous-jacent, cette ironie sur sa condition d’artiste qui l’est tout autant. Les choses qu’ils nous montrent sont alors plutôt positives jusqu’à un tournant.

Une fois qu’il abandonne la voix off, qu’il décide de se lancer dans la SF, c’est à partir de ce moment-là que la tournure engendre un ensemble inégal. Glory to the Filmmaker ! ne parvient à s’en remettre et on assiste à un spectacle le plus souvent désobligeant pour le talent qu’on connait à Takeshi Kitano. C’est à ce moment qu’on assiste à un autre film, un fourre-tout qui n’est pas toujours drôle les trois quart du temps. Un film qui n’a ni queue ni tête. Un grand n’importe quoi qui énerverait presque. Comme quoi le déjanté ne fait pas toujours mouche. C’est parfois désespérant surtout lorsqu’on n’est pas client de cet humour. Une autre question se pose alors : est-ce un suicide cinématographique de la part de son auteur ? On ne sait où il veut en finir. Si toutefois, il s’est posé la question.

Glory to the Filmmaker ! déçoit. Tout bonnement. Une première partie de film pas inintéressante et puis le délire sans nom d’un artiste qui semble se chercher. Mais connaissant un minimum l’artiste Kitano, tout ce marasme scénique était sans doute voulu. Enfin, je l’espère… il aurait au moins ce mérite. Un film de plus qui divisera indéniablement.

> Rediffusion le 26 juin, 20h30, cinéma 1
I.D.

Une belle journée : Tarif fermier [Rétro Takeshi Kitano, l'iconoclaste]

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Court-métrage de Takeshi Kitano, Une belle journée (2007) s’inscrit dans un film collectif pour les soixante ans du Festival de Cannes, Chacun son cinéma (2007). Le cinéaste japonais partage l’affiche avec trente cinq autres réalisateurs. Le thème étant celui de la salle de cinéma.

Dans la campagne profonde, un fermier au guidon de son vélo se rend dans une salle de cinéma perdue au milieu des champs. La séance à laquelle il assiste ne se fait pas sans mal…

Une belle journée est un court-métrage drôle qui en l’espace de trois minutes nous transporte littéralement. Takeshi Kitano livre une petite pépite agréable à vivre dans ce cinéma perdu au fin fond de la campagne. Les lieux choisis, la vétusté de l’établissement aux murs craquelés et aux sièges se désagrégeant est bien pensé par l’auteur. Nous sommes plongés dans un autre monde comme le cinéma sait nous emmener. Une bonne idée qui démontre encore le talent qui habite Takeshi Kitano.

I.D.

Exposition Chine, célébration de la terre [Paris 7ème]

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La fondation EDF présente en collaboration avec le musée Guimet "Chine, célébration de la terre", une exposition tentant de donner les clefs pour mieux comprendre la culture chinoise et ses attaches profondes à la terre ; terre source de vie, d'inspiration, d'innovation, terre sacrée, terre matrice de la civilisation. La Chine a souvent été désignée comme la « Civilisation du végétal » par le lien privilégié que ses habitants entretiennent avec la nature.

L'évènement se tiendra du 7 mai au 30 septembre. L'entrée est libre et gratuite, alors profitez-en !

Espace Fondation EDF
6, rue Récamier
75007 Paris

Ouvert tous les jours de 12h à 19h
Fermé le lundi et les jours fériés
Métro : Sèvres-Babylone (lignes 10 et 12)

lundi 10 mai 2010

Takeshis' : Visage [Rétro Takeshi Kitano, l'iconoclaste]

lundi 10 mai 2010
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Découvrir Kitano sous cet angle ? Une expérience éprouvante et jouissive. Takeshis' (2005) fait partie de ces film qu’on aime ou qu’on déteste. Certains y verront une autodérision portée à son paroxysme, d’autres une nostalgie nombriliste et acerbe.

Il y a-t-il un synopsis… si ce n’est que Takeshis’ serait dans un premier temps la rencontre de Takeshi Kitano et Mr. Kitano, un sosie du cinéaste. Le reste, Kitano le construit sous forme de délires, à mi-chemin entre rêve et réalité, ou peut-être à 100% rêve, ou peut être à 100% réel. On ne le sait pas vraiment et pour ainsi dire cela n’a pas ici d’importance. Takeshis’ n’a pas de logique et c’est là tout son charme. L’œuvre est perturbante et se suit comme des histoires entrecoupées d’autres histoires qui apportent parfois réponses aux interrogations, parfois confusions. Takeshis’ est ce tout. Des scènes que l’on pense saisir mais qui au final nous échappent, des personnages que l’on croit connaître mais qui en une fraction de seconde deviennent des visages cauchemardesques ou inconnus.

On somme Kitano de poursuivre et on se voit gâter par cet OVNI qui va de surprise en surprise. On rit beaucoup de cet humour grinçant et du visage d’un cinéaste perdu dans ces fantasmes d’artiste. Mr. Kitano rêvant de devenir un jour un acteur de renom voit ou vit ces heures de gloire lorsque des scènes de gunfight s’invite sur grand écran. Si le film est délirant et déjanté, il se veut par instant délicat. Singulier mélange, car Takeshis’ s’est aussi le visage de ce clown triste et désabusé, c’est aussi celui de ce caissier de supérette au regard livide... Ces visages, un reflet de l’esprit torturé d’un artiste, le vrai Kitano ?

Takeshis’ est bien plus qu’une œuvre drôle et hilarante. Elle est profondément attachante, car au-delà de ces sketches se cachent un regard bien plus sombre, qui tient en haleine sur le questionnement d’un artiste. Alors, Kitano semble dans cette schizophrénie tomber le masque sur ce qu’il a de plus intime. Beau et dérangeant.

> Rediffusion le vendredi 25 Juin
Diana

dimanche 9 mai 2010

Blood and Bones : Un monstre [Rétro Takeshi Kitano, l'iconoclaste]

dimanche 9 mai 2010
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Takeshi Kitano campe avec son personnage de Blood and Bones / Chi to hone (2004) de Yoichi Sai (Le Moustique du dixième étage, 1988) un homme sans foi ni loi. Un homme sans aucun scrupules et remords que rien n’arrête. Un rôle en or pour un acteur qui incarne ici parfaitement le salaud de service. Un rôle taillé sur mesure.

En 1923, le jeune Kim Shunpei quitte la Corée pour le Japon. Il arrive à Osaka. Quelques années plus tard, il est devenu un homme brutal dont le sens des affaires l’a rendu riche mais aux dépends des personnes qui l’entourent…

Blood and Bones est un drame s’étalant sur presque soixante ans. Soixante années d’un homme qui s’est construit en donnant les coups, défiants, humiliants tout individu s’opposant à lui. Takeshi Kitano personnifie avec maestria un salopard comme rarement le cinéma nous en avait offert un. Des hommes emprunts de méchanceté, l’acteur japonais en a incarné quelques-uns. On pourrait citer à la volée son rôle de petite frappe dans Demon (1985) ou bien encore de yakuza borderline dans Jugatsu (1990). Takeshi Kitano a ce pouvoir d’incarner qui que se soit. Ici nous ne sommes pas loin des œuvres de Hideo Gosha qui dépeignent ces personnages de zegen, des monstres comme le monde en enfante de temps à autre.

Yoichi Sai parvient avec Blood and Bones a nous transporter dans une aventure à la fois dure et emprunte d’une certaine tristesse. Si le film est long par sa durée, jamais on ne ressent d’ennui. Le cinéaste suscitant avec cette œuvre l’envie de constamment découvrir cette épopée familiale et ce malgré sa noirceur, ce tableau lourd en émotion. Il équilibre l’ensemble avec brio, s’attachant à nous raconter ses personnages avec sincérité. Blood and Bones c’est une mise en scène sobre dédiée à cette fresque cinématographique, une histoire captivante sur ces migrants coréens dont les acteurs interprètent avec force et conviction leur personnage respectif plongés dans les tourments de l’histoire japonaise. On pourra également souligner la beauté des décors qui permettent à l’immersion totale de cette œuvre réussie.

Blood and Bones est une œuvre de qualité tant par sa reconstitution de l’époque que de la prestation de Takeshi Kitano. Surtout, on ne pourra passer outre ce personnage de Kim Shunpei qu’il interprète. Un personnage qui marquera incontestablement comme l’un des plus ignoble et manipulateur du cinéma nippon. Stupéfiant.

> Rediffusion le dimanche 20 juin, 17h, cinéma 1
I.D.

 
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