lundi 11 janvier 2010

12 Storeys : Singapour [Cycle Singapour, Malaisie]

lundi 11 janvier 2010

Après une première oeuvre remarquée et réussie avec Mee Pok Man (1995), le cinéaste singapourien Eric Khoo met en scène 12 Storeys / Shier Lou (1997). Accessoirement, cette œuvre a été sélectionné au Festival de Cannes en 1997 dans la sélection Un Certain Regard. Il a remporté le prix de la FIPRESCI.

Nous suivons la vie de quelques habitants du douzième étage d’un immeuble HDB (HLM) à Singapour, le Block 173 après le suicide d’un homme. Il y a Meng un jeune homme qui s’occupe de sa sœur de 18 ans et de son jeune frère pendant que leurs parents sont en vacances. San San, une femme obèse et célibataire qui subit les humiliations verbales de sa mère adoptive. Ah Gu qui s’est marié à une chinoise Lili, qu’il a amené à Singapour et dont il découvre un visage qu’il ne connaissait pas…

12 Storeys est un bouillon de vie, de personnages, d’histoires qui se croisent et s’entrecroisent sans jamais réellement se rencontrer. Nous en sommes les témoins privilégiés à l’image du fantôme de l’homme suicidé qui scrute ces vies ponctuellement. Á travers ces différents portraits, Eric Khoo nous offre un Singapour qui vit et transpire dans la solitude, l’ennui, le désenchantement ou bien encore la peur. Il nous offre des portraits simples et touchants parce que terriblement humains et universels. Eric Khoo parvient avec ce condensé d’existences à retranscrire le mal-être que communique une ville ultra urbanisée comme Singapour.

Singapour est montré avec toute ses contradictions et ses maux caractéristiques. Avec 12 Storeys, l’auteur nous montre la crise d’identité liée à l’histoire de cette ville-état. La difficulté qu’ont les individus à communiquer même au sein d’une même famille. On dénote également la mise en accusation du conflit inter-générationnel. Ce sont les souffrances des grandes villes qui sont dépeintes ici avec une relation toute particulière qu’ont certains Singapouriens à leur ville-état et à leurs dirigeants ainsi qu’aux valeurs inculquées. Nous assistons donc à un portrait merveilleusement mis en scène, sans temps morts, un portrait d’autant plus difficile qu’il se veut obscur.

12 Storeys jouit d’une réalisation intelligente et sensible notamment dans sa façon qu’elle a d’exposer le conflit, de décrire ce qui tiraille nos personnages et cela avec une simplicité et une facilité déconcertante de la part de son auteur. Un scénario qui va chercher le vécu au plus profond de nous-mêmes, de nos personnes, de nos instincts pour donner vie à ces personnages qui nous transportent littéralement dans leur vie de citoyen lambda. Les acteurs et actrices parviennent à communiquer aux spectateurs leurs doutes et leurs craintes mais aussi leurs révoltes et leurs envies à tel point qu’ils pourraient être nous (et vice et versa). Il y a dans le propos une fraîcheur surprenante d’autant que le sujet n’est pas nouveau.

12 Storeys livre un portrait singulier. 12 Storeys ce sont ces voisins que le fantôme observe, que nous observons aussi. 12 Storeys ce sont les contemporains d’Eric Khoo que ce dernier contemple. 12 Storeys est Singapour.

> Rediffusions les lundi 1er février 2010, 20h30, Cinéma 1 et lundi 1er mars 2010, 20h, Cinéma 2
> Lire tous les articles sur Eric Khoo

I.D.

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