Affichage des articles dont le libellé est Cycle Singapour Malaisie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Cycle Singapour Malaisie. Afficher tous les articles

vendredi 5 mars 2010

Cycle Singapour, Malaisie : Le cinéma ! : LE BILAN

vendredi 5 mars 2010
0

Après deux mois et demie de projections, le Cycle Singapour, Malaisie : le cinéma ! s’est clôturé lundi 1er mars. Alors que retenir de cette longue immersion dans un cinéma lointain, méconnue du grand public ? Singapour, Malaisie, deux terres prometteuses que le 7ème art aurait oubliées ? Retour sur les œuvres marquantes qui ont envoutées ce cycle et les quelques déceptions.

[SHAW BROTHERS (MALAY FILM PRODUCTIONS) & CATHAY KERIS]
Que garderons-nous du vieux cinéma malais, un patrimoine cinématographique définit en 15 longs-métrages durant ce cycle ? Deux studios en furent les investigateurs les plus emblématiques. La Malay Film Productions des Shaw Brothers mais aussi la Cathay Keris de Loke Wan Tho qui compte à elle deux plus de 300 films malais produits en trente ans. Avec franchise, ces 15 films ne furent pas le panache d’un enthousiasme débordant. Un enthousiasme qui s’est éteint à mesure que les films étaient projetés. Mais force est de constater qu’en 15 films, nous sommes devenus familiers d’acteurs et d’actrices, de réalisateurs et de folklore malais. Pourtant sur cet ensemble, seulement une poignée de films restent en mémoire à l’image de Lion City (1960) de Yi Sui, un film simple mais se révélant comme l’une des premières productions en chinois à Singapour. Le tireur de pousse-pousse (1955) de Penarek Becha avec P. Ramlee dans l’un des rôles principaux. Ce dernier étant le metteur en scène de deux films sortant du lot par le choc qu’ils suscitent : Ma Belle-mère (1962) et Turbulence (1970), deux films emprunt d’une noirceur sans borne laquelle éclate dans un dénouement nourrit au pessimisme obscur et au fatalisme sans équivoque.

Malheureusement, à part ces exceptions, ce cinéma se caractérise par un esprit conservateur, conventionnel souvent caricatural et ne jouissant aucunement d’inventivité. Et les quelques scènes audacieuses dispatchées ici et là ne parviendront pas à sauver des films qui souffrent de faux rythmes, de lacunes scénaristiques lorsque ce n’est pas d’un aspect moraliste. Les Voisins du village (1965) de Hussain Haniff, en est un bel exemple, l’audace du viol incarné par un religieux et voisin de sa victime, une jeune femme en âge d’être sa fille ne sauvera pas un métrage qu’on pourrait qualifier de moyen. Restera alors un homme, l’incarnation de cette époque : P. Ramlee. L’homme aux multiples facettes à la fois chanteur, acteur et réalisateur. On peut comprendre aisément pourquoi, encore aujourd’hui, il est apprécié d’une bonne partie des siens. Ainsi donc, désormais les P. Ramlee, Maria Menado, les monstres folkloriques ou bien encore la Cathay Keris ne seront plus inconnus à nos yeux. Le grand regret c’est que ce cinéma n’aura pas éveillé l’excitation que laisse certaines vieilles œuvres de cinéma. L’excitation de la découverte qui s’est révélée dans un cinéma qui nous est plus « contemporain ».

[MALAISIE, UNE NOUVELLE VAGUE EN NUMERIQUE]
La nouvelle vague du cinéma Malaisien s’est montré persuasive et nous a montré un panorama riche et talentueux. Un constat réalisé à travers 20 films, du documentaire au film expérimental en passant par la fiction, ancrés dans une réalité Malaisienne.

Ce mouvement s’inscrit tout abord dans une veine auteurisante, avec des acteurs incontournables du cinéma Malaisien : James Lee, Amir Muhammad, Tan Chui Mui et Liew Seng Tat, réunis sous la société de production Da Huang Pictures. Un groupe de réalisateurs actifs, tentant de faire vivre leur activité par des moyens réduits. D’autres noms s’inscrivent dans cette nouvelle vague : Ho Yuhang, Eng Yow Khoo, Deepak Kumaran Menon, Azharr Rudin, Chris Chong Chan Fui, Woo Ming Jin. Des noms liés aussi avec ceux de la Da Huang Picture. Ces jeunes réalisateurs se réunissant régulièrement autour de projets communs. On ne s’étonnera alors pas de voir cette flopée de noms dans bons nombres de génériques de films Malaisiens.

Alors on retiendra plusieurs œuvres et combats marquants, comme celui de l’incisif Amir Muhammad. Un cinéaste qui fait parler sa vision d’une terre complexe et d’une société lourd d’un passé (et d’un présent) obscure à travers le format documentaire (The Big Durian (2003), Malaysian Gods (2009)), jouant d’un style satirique et subversif. Tandis que son acolyte Yeo Joon Han, usera d’une fiction haute en couleur et critique sur une société Malaisienne consumériste avide de pouvoir : Sell Out ! (2008). Le regard lucide d’une société, on le retrouve comme un fil conducteur dans chacun de ces longs métrages Malaisiens. Des interrogations, un constat nécessaire pour faire avancer cette nouvelle vague, qui parviendra à se réunir autour d’un projet remarquable ; celui de dessiner une carte de visite de la Malaisie à travers un collectif de 15 courts métrages : 15Malaysia. On en a déjà beaucoup parlé sur Made in Asie, et on continuera, parce que ce collectif est majeur et nécessaire pour comprendre les enjeux d’un pays comme la Malaisie et ceux de ces cinéastes engagés.

Le cinéma Malaisien c’est aussi la rencontre avec une fabuleuse cinéaste : Yasmin Ahmad. Une femme pleine de vie et d’optimiste qui a su poser son emprunte dans des films soignés, intimes et intemporels. L’œuvre de Yasmin Ahmad c’est le personnage clé d’Orked, l’Antoine Doinel de François Truffaut. Une jeune femme que l’on suit dans quatre de ces longs métrages à différents stades de sa vie. Un récit autobiographique marqué par le vécu de la réalisatrice. On ne plébiscitera jamais assez ce talent dont les trois œuvres Sepet (2004), Gubra (2005) et Mukhsin (2006) ont littéralement illuminé cet évènement.

Ces films ont aussi révélés des visages incontournables, des actrices talentueuses sous les traits de Sharifah Amani, Adibah Noor (les Yasmin Ahmad, 15MALAYSISA), Ida Nerina (Sepet, Gubra, 15MALAYSIA) et Mislina Mustapha (Flower in the Pocket, Karaoké)

[SINGAPOUR, EN DIX-SEPT FILMS]
On ne présente plus Eric Khoo dont quatre longs-métrages étaient projetés. Mee Pok Man (1995) et 12 Storeys (1997) ses premiers films dénotaient déjà d’un univers singulier et d’un style que l’auteur peaufinera dans le très beau Be with me (2006) et l’émouvant My Magic (2008). Au-delà d’Eric Khoo et de son talent qui n’est plus à prouver, au-delà de son rôle de porte drapeau d’un cinéma singapourien encore trop méconnu ou reconnu sur son seul nom, une sélection en tout et pour tout de 17 films. Une sélection qui n’aura pas jouit du même intérêt que la sélection de la jeune génération malaisienne (véritable fil conducteur du cycle). Ici, une sélection moins audacieuse de film épars, ponctuel qui ne s’inscrit pas dans un mouvement distinct. Mais une sélection bien hétéroclite qui révèle des films importants pour la ville-état qu’est Singapour. On notera les comédies Army Daze (1996) et Forever Fever (1998), de là à ce qu’elles soient marquantes…, les drames Eating Air (1999) et 15 (2003), deux longs-métrages d’un intérêt saisissant sur une jeunesse sans repère et désenchantée. Mais aussi, Perth (2004), une expérience à part entière, une œuvre qui vous prend par les tripes par le vague à l’âme qui s’en dégage et son côté à fleur de peau auto-destructeur.

Autre qu’Eric Khoo, des cinéastes interpelleront dans leur projet futur : Kelvin Tong, Roystan Tan, Djinn ou bien encore Ho Tzu Nyen avec l’énigmatique Here (2009). Pourtant la question se pose. Outre Ho Tzu Nyen ou Sherman Ong (avec ici deux films décevants) où se trouvait la force vive du jeune cinéma indépendant singapourien dans ce cycle ? Une jeune génération là-bas attend d’être découverte à son tour ici. Un jour peut-être. A bon entendeur. Resteront aussi trois acteurs pour leur charisme, leur gueule, ce petit quelque chose qui les rend si différents des autres et fascinants : Adrian Pang, Kay Tong Lim et Sunny Pang.

Dorénavant, c’est un œil vif qui se posera sur l’actualité cinématographique de Malaisie et de Singapour. Un œil alerte sur deux destinations qui rempliront un carnet de voyage bien singulier de la cinématographie mondiale.

Alors merci au centre Pompidou d’avoir eu l’audace de proposer un cycle original, au-delà des clivages entre le cinéma connu et celui de l’ombre, dont les distributeurs ne daignent s’intéresser.

Soyons francs, quelques points seraient néanmoins à soulever. Tout d’abord une communication peu transparente sur l’annulation des interventions de certains réalisateurs, que l’on a souvent appris à la dernière minute. Et de façon globale, une communication qui semblait timide face à l’envergure d’un tel évènement. Aussi, on regrettera des résumés erronés, loin de la réalité, malgré un livret bien conçu.

Pour finir et parce certaines figures du cycle Singapour, Malaisie nous ont particulièrement marquées, nous saluerons la souriante jeune femme aux lunettes noires du guichet « Cinéma », et Emilie Imbert, l’attachée de presse du cycle, qui a été d’une infime gentillesse et disponibilité.

Diana & I.D

mercredi 3 mars 2010

Lion City : Singapura [Cycle Singapour, Malaisie]

mercredi 3 mars 2010
0

Lion City (1960) de Yi Sui est une des premières productions malaise en langue chinoise réalisée à Singapour. Lion City (titre qui référence aux origines malaises de la Cité-Etat « Singapura », signifiant la ville lion) dépeint la société Singapourienne des années 60, aux prémices de son développement économique. On y suit une jeune fille travaillant dans une fabrique de caoutchouc, qui s’éprend secrètement d’un jeune et riche cadre de l’usine.

Lion City est intéressant pour sa retranscription historique. Celle d’une époque où Singapour était au début de sa frénésie de modernisation. A travers le panorama d’une ville, on découvre un pays différent de celui d’aujourd’hui, une terre plane et sauvage, où gisait encore timidement quelques constructions industrielles.

Yi Sui met aussi au cœur de cet environnement, une histoire d’amour entre une ouvrière et un cadre, qui interrogera les deux protagonistes sur l’acceptation de leur idylle. Des questionnements sociaux plus qu’identitaires, qui seront posés avec tact dans des dialogues entre enfants et parents. On sent aussi dans Lion City un message fort pour les valeurs du travail. Les travailleurs sont des gens bons qui ont du mérite. Pour présager du meilleur, il faut travailler. Ainsi les tires au flan et personnes attirés par l’argent facile ne seront jamais récompensés à juste titre.

Lion City est un film agréable à regarder, à qui on pourrait reprocher un manque d’engagement dans une retranscription trop neutre d’une société Singapourienne. Un regard que l’on aurait aimé plus aiguisé et personnel. Dommage car par les éléments du film, ainsi que sa réalisation, aurait pu donner une œuvre marquante du panorama du vieux cinéma Malais.

Diana

lundi 1 mars 2010

Le Talisman : L’enfant terrible [Cycle Singapour, Malaisie]

lundi 1 mars 2010
0

Une production en N&B de la Malay Film Productions et de la Shaw Brothers, un cinéaste philippin aux commandes avec Rolf Bayer. Le Talisman / Azimat (1958) nous plonge de plein pied dans la superstition avec ce film malais fantastique.

Rémy, fils de bonne famille passe son temps à se battre, à boire et à draguer les filles. Ce comportement crée une scission avec son père qui a honte de lui. Déboussolé, Rémy fait la rencontre d’un marchant de breloque d’origine chinoise alors qu’il décide de mettre fin à ses jours. Ce marchant lui parle d’un talisman et le met en garde sur la malédiction qui l’entoure. Rémy qui n’entend rien s’en empare et l’utilise. Il fait des vœux qui auront des conséquences néfastes…

Le Talisman s’ouvre sur une scène de bagarre qui définira ce qu’est Rémy. Un jeune homme qui vit avec insouciance sans se préoccuper des conséquences de ses actes sur son entourage. Lorsqu’il sera face à cet état de fait et qu’il prendra conscience de la chose, la désillusion l’emportera et il ne trouvera que le suicide comme échappatoire à ses actes. D’un drame qui se joue, le film de Rolf Bayer nous emmènera sur les chemins du fantastique en invoquant la superstition qui entoure un talisman exauçant des vœux. Ce film se veut surtout engagé à mettre en scène quelque morale qui pourrait rebuter tant le propos se veut des plus explicite qui soit. On sait au moins à quoi s’en tenir. Ainsi, on ne sera pas étonné d’entendre claironner que le suicide c’est pêché et que le pêché amène inévitablement à la promotion de la religion. On condamne le suicide d’un côté et de l’autre on vend ouvertement la religion. De ce fait la question se pose : Le Talisman, film de propagande religieuse ? On pourrait répondre par l’affirmatif tant la bonne morale arrive dans ses grands sabots.

Finalement, si vous n’êtes pas allergique à des films à la morale pompeuse voire douteuse, Le Talisman se laisse suivre tranquillement, sans prise de tête, en regardant le personnage de Rémy se fourvoyer dans la superstition qui créera la désolation autour de lui jusqu’à ce qu’il soit sauver. Je vous laisse imaginer par quelles « voies » et ainsi sauver l’unique personne qui le retient à la vie grâce à la superstition, voilà un film qui marie de manière surprenante religion et superstition (sachant que le premier voit plutôt d’un mauvaise œil le second).

A noter (c’est pour le clin d’œil) que des scènes du Talisman furent reprises dans Ma belle-mère (1962) de P.Ramlee. Il n’y a pas de petites économies, cela va de soit.

I.D.

Pete TEO venu présenter Call If You Need Me et 15Malaysia au centre Pompidou [VIDEO]

0

En place de James Lee & Co (la petite brochette d'artistes devant être présente mais qui n'a pu, faute de tournage), Pete TEO, chanteur, acteur et aussi producteur est venu présenté avec brio et beaucoup de conviction Call If You Need Me de James Lee (dont il tient le rôle phare) et le collectif 15Malaysia.

Les interventions étant assez longues, je vous mets à disposition les parties 1, les suites se trouvent sur l'espace Dailymotion de Made in Asie.

Call If You Need Me (James Lee) présenté par Pete TEO [Part.1]
Voir l'intégrale de la vidéo : cliquez-ici



15Malaysia présenté par Pete TEO [Part.1]
Voir l'intégrale de la vidéo : cliquez-ici

vendredi 26 février 2010

Perth : Un homme simple [Cycle Singapour, Malaisie]

vendredi 26 février 2010
0

Quelle belle surprise que ce long métrage de Djinn (Ong Lay Jin), Perth (2004), dernier film de Singapour projeté dans le cycle. Une œuvre noire et dure qui montre la dualité d’un homme à travers ses principes et ses désillusions.

Harry Lee fait partie d’une génération sacrifiée qui n’a pas su surfer sur l’explosion de l’économie de Singapour. Il a un rêve : partir vivre à Perth. En attendant, il se fait virer de son boulot de gardien de sécurité de port et devient chauffeur de taxi avec un ami de longue date, Selvam. Angry Boy Lee, une connaissance leur propose de gagner un peu plus d’argent en devenant les chauffeurs de prostituées. La vie d’Harry va prendre un tournant lorsqu’il s’affectionnera de Mai, une prostituée vietnamienne. Il se met en tête de la sortir de ce cercle vicieux…

Perth est le portrait d’un homme qui est allé de désillusions en désillusions, s’accrochant et regrettant un passé qui lui prédisait un futur bien plus reluisant. Harry Lee est cet humain enfermé dans des principes qui le hante, la fidélité et la loyauté, des mots qui ne cessera de ressasser, des mots qu’il porte comme pour se rassurer qu’un monde plus beau auraient fait de lui un homme différent. Pour palier à ces désillusions, Harry s’impose, se créer un rêve, un but, qui lui permet de se dire « je vis pour quelque chose », celui de s’installer à Perth. Voilà encore une obsession, tout comme ces principes, qu’il ressasse…

Djinn dépeint très justement et avec force le portrait de cet homme désabusé, déchu et solitaire. Il parvient à donner une dimension particulière à son personnage que l’on a souvent envie de détester par ces actes et sa façon d’agir mais qui est au final touchant et attachant. Pourquoi ressentons cela ? C’est la question que je me suis posée en regardant le film. Pourquoi ne pas détester cet homme et ces excès de folie, cet homme hanté par des principes qu’il ne respecte pas lui même… Parce qu’il est profondément humain et nous renvoie une image de la complexité et la dualité de chacun d’entre nous. Voilà ce qui touche dans ce portrait. C’est son réalisme fascinant qui nous fait dire « Tiens ça aurait pu être moi ».

Perth, c’est aussi la montée en puissance d’une violence iconoclaste qui s’exprime dans une dernière partie noire s’inscrivant dans l’éternelle désillusion d’Harry. Un sentiment de trahison (allant contre son principe de loyauté) qui le mène dans une spirale de violences psychotiques, alimentée par un traumatisme qui le ronge de l’intérieur. Une extériorisation meurtrière d’une souffrance enfouie sur le chemin d’une oraison funèbre dénotant une folie passagère à la fois désenchanté, triste et brutale. Un fait divers sombre parmi tant d’autre, l’acte fou d’un homme simple qu’on oubliera avec le temps qui passe et puis… la vie continue.

On apprécie les qualités d’écriture qui font de Perth un grand film, à la fois profond et sensible. Le cinéaste Djinn fait aussi preuve d’une belle maîtrise technique en nous offrant des plans originaux et des images dont le grain et la lumière sont d’un esthétisme certain.

Le casting n’est pas en reste puisqu’il nous offre deux gueules et talents du cinéma Singapourien : Kay Tong Lim (que l’on retrouve dans Forever Fever, Army Daze ou encore Mee Pok Man) et Sunny Pang (Call If You Need Me, Lucky 7).

Perth est un film coup de poing. Une œuvre profonde qui ne laisse pas indemne car dérangeante. Un reflet lucide et sombre sur la nature humaine qui transperce et touche avec force et violence.

Diana & I.D

mercredi 24 février 2010

Le Petit-fils du Datuk Merah : Coq de combat [Cycle Singapour, Malaisie]

mercredi 24 février 2010
0

Production Cathay-Keris en N&B, Le Petit-fils du Datuk Merah / Cucu Datuk Merah (1963) de M. Amin met en scène un mélodrame en costume qui se déroule dans la province de Terengganu.

Awang Janggut est le descendant d’un guerrier respecté de tous. Il refuse de travailler pour éviter tout déshonneur et préfère vivre pauvrement avec sa femme Kuntum. Alors que Awang se promène, il sauve des griffes de malveillants, la jeune Siti Molek dont le père est un riche notable. Cette dernière pas insensible au charme de son sauveur parvient à convaincre son père d’engager Awang comme garde du corps. Elle met alors tout en œuvre pour le séduire en dépit de Kuntum…

De quoi parle Le Petit-fils du Datuk Merah ? Ce film de M. Amin s’intéresse à décrire la vie d’un homme qui vit dans le passé. Un homme qui n’est pas à sa place dans une société malaise en mutation. Un homme hors de son époque qui désirerait encore jouir du renom de sa famille. Une famille illustre dans la bataille, une famille de guerrier qui n’a plus lieu d’être en ces temps d’accalmie. Ce personnage est d’autant plus intéressant que Awang Janggut pourrait être qualifié de presque schizophrène tant il ne parvient à se détacher de son passé pour se faire une place dans le présent. Du coup, Awang Janggut contraste avec la populace qui l’entoure, il est à la fois le sujet de moquerie (vu comme un fainéant) mais il parvient à conserver un certain respect du à son rang, devenu depuis obsolète. Un homme d’une autre époque vivant avec des règles d’un autre temps, celle de l’honneur et du courage et dont le coq de combat, Jalak est sa seule fierté comme une extension de sa propre personne.

Mais Le Petit-fils du Datuk Merah c’est aussi une histoire d’amour et de vengeance en filigrane. Ce qui frappe c’est que Awang Janggut ne parviendra réellement à avoir une place dans cette nouvelle société que par ce qui le caractérisait (lui et les gens de sa « classe ») dans le passé : la force physique. Et c’est lorsqu’il s’intégrera enfin à ce nouveau monde qu’il se perdra. Une façon de dire via un fatalisme sous-jacent que ces hommes du passé n’ont vraiment mais vraiment pas (plus) leur place dans cette société. Cette perdition provoquera l’effacement de ce qui faisait son intégrité. Trahison amoureuse, drame, vengeance ponctue cette œuvre qui s’avèrera sombre et sans retour possible d’un homme qui a pris un chemin qui n’était le sien. Il entraînera dans sa perte sa bien aimée mais aussi ses ennemis comme dernier sursaut d’orgueil et de courage qu’il tient de ses aïeux. Une perte caractérisée par un amour extra-conjugal mais aussi le fait de délaisser ce qui le maintenait dans son rang : le coq Jalak.

Le Petit-fils du Datuk Merah fait partie de ces vieux films populaire malais dans lequel on retrouve le chant (un de mémoire, ce qui est étonnant, j’ai noté qu’en général, ils sont au minimum de trois), la danse (comme une parade amoureuse qui permet notamment à la jeune Siti de séduire et corrompre Awang) mais aussi tout les codes qui font l’histoire d’un héro maudit, sanctionné pour ne pas être resté lui-même ; fidèle à son code d’honneur en succombant au charme des femmes puisque la déchéance insidieuse d’Awang Janggut s’opère une fois qu’il se laisse ensorceler par le pouvoir de séduction de Siti. Les conséquences seront désastreuses puisqu’il n’y aura point de rédemption possible ou du moins trop tard. Cette idée de déchéance se renforcera avec ce qu’il adviendra de Jalak, le coq (la perte de filiation) que rien ne pourra venir remplacer.

Si l’histoire et ses personnages n’étaient pas inintéressantes, Le Petit-fils du Datuk Merah manque tout de même de tonalité. Il m’est arrivé de m’ennuyer et de trouver le temps long sans oublier l’omniprésence de la musique en arrière fond, empêchant tout silence. Comme s’il fallait le combler absolument. Enervant parce que l’emploi de cette musique n’était pas toujours judicieuse selon les propos tenus par les protagonistes. Ce film de M. Amin vaudra surtout pour cette fin teintée d’obscurité et de désespoir que j’affectionne tout particulièrement, c’est peut-être ici que se jouait l’audace d’une œuvre qui en manque cruellement et qui parvient du coup à terminer sur une note positive bien que non joyeuse.

I.D.

dimanche 21 février 2010

Gubra : Amour et Tolérance [Cycle Singapour, Malaisie]

dimanche 21 février 2010
0

Gubra / Anxiety (2006) devait être le premier film projeté de Yasmin Ahmad. Les aléas ont fait que la séance fut déprogrammé au profil de Mukhsin. L’attente fut longue, mais le plaisir immense de retrouver du grand Yasmin Ahmad.

Je n’ai qu’un court aperçu de la filmographie de la cinéaste mais Gubra a eu comme Mukhsin un parfum de magie. Un film particulier et savoureux. Toujours dans l’émotion et dans l’observation, Gubra s’inscrit comme une des œuvres majeures de la cinéaste. Parce qu’au-delà de la sincérité, se dessine une maîtrise et une aisance éblouissantes dans le travail d’écriture et la finesse de la mise en scène.

Orked est mariée à Arif, un homme plus âgé qu’elle. Son père tombe soudainement malade. Alors qu’elle se rend à l’hôpital, elle fait la rencontre d’Alan, le frère de son premier amour, Jason (épisode de sa vie que l’on suit dans Sepet).

La singularité de Gubra réside dans le fait que Yasmin Ahmad n’est pas fait le choix d’une histoire mais de plusieurs. Tout d’abord celle d’Orked, son mariage et sa famille, puis celle d’un couple de musulmans qui souhaite apporter leur aide à deux prostitués. A travers ces deux axes, la cinéaste parle d’amour mais aussi et toujours de tolérance. Dans Gubra, on comprend le parallèle que souhaite instauré Yasmin Ahmad. Comme un tableau, une fresque elle pose chacun de ces personnages à un instant T de leur histoire d’amour : la désillusion pour Orked, la séduction pour la bonne, le réconfort pour les parents, la complicité pour le couple de musulmans. Tout cela aurait pu aboutir à des séquences maladroitement ombiliqués, mais rien de cela. Le tout est accordé au millimètre prêt, il y a de la maîtrise derrière cela. Les séquences se suivent sans anicroches et avec une grande délectation.

Ce que l’on note une fois de plus c’est le sens du détail qui se dégage du travail de la cinéaste. Une précision, qui pourrait paraître inutile, mais qui apporte une profondeur à sa réalisation et sa narration. Comme ce plan touchant du mouvement des jambes du petit garçon attendant sa mère. Les gestes sont justement repris pour susciter une émotion naturelle, rappelant des images et situations familières.

La tolérance, on y vient. Comme un fantôme qui hanterait la cinéaste, Gubra marque une fois de plus ses convictions profondes. Une tolérance que l’on retrouve dans le rapport de cette femme chinoise avec ces deux femmes malaises. Une tolérance que l’on retrouve aussi dans la façon dont Yasmin Ahmad a de traiter la religion musulmane et de désacraliser les individus qui l’embrassent. Dans Gubra, on perçoit sa volonté de nous montrer, à travers ce couple de musulmans (dont le mari a à sa charge la mosquée), des individus « comme tout le monde », dont la religion ne retire en rien la séduction, l’entre aide et l’amour. Une vision de la religion différente et sensible par laquelle on entrevoit la position de la cinéaste.

Gubra est loin d’être un mélodrame de bout en bout. Le film retranscrit la vie avec ces hauts et ces bas. On rit énormément à travers un humour mordant. On sent aussi souvent sa gorge se nouer quand l’émotion s’installe. Gubra, c’est un savant mélange dont Yasmin Ahmad a elle seule la recette, un mélange entre hilarité et tristesse, entre légèreté et profondeur. Une œuvre tout en finesse. Une œuvre touchante, confirmant le talent et la virtuosité d’une grande dame du cinéma, qui prématurément disparue, laissera derrière un manque pour ses inconditionnels et pour le paysage cinématographique.

Diana

mardi 16 février 2010

La Malédiction de la Femme Vampire : Les Monstres [Cycle Singapour, Malaisie]

mardi 16 février 2010
4

Production Cathay-Keris en N&B mettant en scène l’actrice Maria Menado, La Malédiction de la Femme Vampire / Sumpah Pontianak (1958) de B.N. Rao expose l’incarnation du malin sous les traits féminin.

Maria désire retrouver sa mère qui vit maintenant sous l’apparence d’une bossue. Elle quitte son village et par à sa recherche. La disparition de Maria inquiète son mari qui part à sa recherche avec des amis…

La Malédiction de la Femme Vampire est un film fantastique alliant les codes du film d’horreur à l’occidental. B.N. Rao nous sert un film avec toute une flopée de « monstre » : femme vampire, homme sauvage (singe ?), corbeau ( ?) de taille humaine ou bien encore un homme chauve souris (un fantôme semble-t-il) parsème ce long-métrage. La femme vampire semble être un personnage incontournable du panorama cinématographique malais si bien que nombre de film lui serait dédié. Sans ça, pas grand-chose à se mettre sous la dent avec cette production où Maria Menado (star adulée) tient un rôle phare, sachant qu’elle est la femme vampire que tous redoutent. On louera la générosité du cinéaste à nous offrir tout un tas de « monstre » qui vont et viennent tout en s’affrontant.

Sinon, La Malédiction de la Femme Vampire souffre des maux des films de cette époque en Malaisie. D’une part, les longueurs, les faux rythmes. D’autre part, des scènes poussives qui auront au moins le méritent de faire rire par un aspect ridicule. Sans oublier le jeu caricatural de certains acteurs qui participent à l’hilarité, mais aussi la chansonnette qui semble être plus poussée qu’à l’accoutumé, difficile à supporter lorsque celle-ci s’invite de façon inopportune.

La Malédiction de la Femme Vampire est donc un film qui allie fantastique, once d’horreur (gentillet), comédie, mélodrame mais aussi chants. Un film qui se situe dans la campagne reculée de Malaisie et qui livre tout de même un bon moment s’apparentant à une série Z, moment pas inoubliable non plus.

I.D.

Here : La Folie [Cycle Singapour, Malaisie]

0

Film singapourien de Ho Tzu Nyen, Here (2009) fut présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2009.

He Zhiyuan est interné dans l’asile psychiatrique de Island Hospital après la mort de sa femme. Il participe avec d’autre à une nouvelle thérapie qui est une cure par la vidéo. Parallèlement, une équipe réalise un documentaire sur Island Hospital…

Here est un drôle d’objet cinématographique. Drôle d’objet parce que ce film de Ho Tzu Nyen pourrait s’apparenter à un documentaire dit « d’auteur » dans cette façon que le cinéaste a de mettre en scène son œuvre. Ce film se veut troublant par son aspect aseptisé à l’extrême, clinique où les patients semblent être des zombies inertes. Disons-le, Here aux premiers abords est difficile d’approche mais au fur et à mesure que le film avance, on parvient à s’imprégner de son univers. Ce film est à la fois envoûtant, fascinant, lancinant, énigmatique par certains aspects, voire ennuyeux et rebutant si l’on ne parvient justement pas à s’immerger. D’une certaine manière, il ferait partie de ces films à labelliser dans le « tout ou rien ». Et même si l’on apprécie la démarche de l’auteur et que l’on comprend le chemin sur lequel il tend à nous emmener, Here n’en reste pas moins un film où le verbe « aimer » n’aurait pas vraiment sa place. Difficile d’aimer Here puisqu’aucune émotion n’est réellement suscitée. L’auteur impose une neutralité et une distance en accord avec son sujet et l’espace dans lequel il pose sa caméra, et fait donc de son long métrage une fenêtre ouverte sur un milieu médical, dépourvu de sentiments.

On peut être interpellé et captivé par l’objet qu’il représente mais on ne peut dire d’un tel film qu’on l’aime. Le genre de film à voir tout les dix ans pour une mise en scène qui s’avère intéressante, une musique judicieusement employée surtout pour son travail sur l’ambiance sonore. Un travail surprenant, acharné. Des sons, des ambiances qui participent à l’immersion (si on donne la chance au film) dans ce monde à part entière. C’est cet aspect là qui frappe le plus. Nous sommes comme hypnotisé par cette ambiance sonore qui parvient à nous plonger dans le cadre de la caméra. On parvient grâce à elle à être frappé du même état de catalepsie que ces patients suivis dans les murs de cette clinique, ces metteurs en scène de leur propre drame. Here est véritablement une œuvre envoûtante, fascinante, lancinante, énigmatique voir ennuyeuse et rebutante. Une œuvre « autre ».

I.D.

dimanche 14 février 2010

Ma belle mère : Du rêve au cauchemard [Cycle Singapour, Malaisie]

dimanche 14 février 2010
0

P.Ramlee, le plus aimé des artistes malais, qui a réalisé près de 35 longs métrages en 17 ans de carrière, signe dans le début des années 60, Ma belle mère / Ibu Mertuaku (1962).

Kassim Selamat est un saxophoniste dont les morceaux passent régulièrement sur la radio locale. Il devient populaire et ses chansons sentimentales plaisent à la gente féminine. Sabariah, succombe au charme de l’artiste. Envoûtée par ses chansons, elle décide de forcer le destin et de le rencontrer.

Sur un ton burlesque, cette comédie dramatique démarre sur les chapeaux de roues : sketchs, situations cocasses, multiples quiproquos jusqu’au jour où Sabariah épris de Kassim, refuse de s’éprendre de l’homme que choisi sa mère. C’est là que l’intérêt des films de P.Ramlee réside, par leur rupture de ton. Car s’il est quelque chose que l’on peut envier au cinéma du réalisateur malais, c’est bien la maîtrise qu’il a de passer du burlesque au mélodrame. Loin d’être parfait, Ma belle mère accuse des longueurs et un faux rythme certain. Néanmoins et c’est ce qu’on regrette au fond, le réalisateur parvient à nous offrir, quelques scènes de qualité et surtout un final éblouissant, à la fois audacieux et tragique.

A l’image de Ma belle mère, la rétrospective de P.Ramlee a révélé une filmographie en dent de scie dont on gardera une œuvre majeur : Tubulence. Ma belle mère n’est pas en reste puisque de mon point de vue, cet essai fait partie des plus réussi, malgré ces défauts qui parviennent à se faire oublier par ce très émouvant final. Reste plus qu’à découvrir les autres facettes du monsieur, puisque P.Ramlee fut un artiste multi-facette dont le premier amour reste… la chanson.

Diana

vendredi 12 février 2010

Sepet : La malaise et le chinois [Cycle Singapour, Malaisie]

vendredi 12 février 2010
2

A la suite de la projection du prodigieux Mukhsin, l’enthousiasme de découvrir les autres films de Yasmin Ahmad était grand. La conférence menée de main de maître par Amir Muhammad a d’ailleurs accentué cette hâte. Nous voilà enfin au jour J, devant le fameux Sepet / Chinese Eye (2004), film qui a su conquérir le public malaisien.

A Kuala Lumpur, Orked, une jeune malaise et Ah Loon, un chinois, tombent amoureux. La trame est aussi simple que cela. Enfin simple l’aurait été dans un paysage où le mélange des cultures n’était pas un sujet tabou. Yasmin Ahmad décrit donc en premier lieu l’histoire d’amour peu conventionnel de deux visages de la Malaisie. Une Malaisie que l’on découvre riche de ces multiples communautés : malaise, chinoise, indienne, mais qui au fond reste très cloisonné, mélange de racisme, d’histoire et d’inconnu. Finalement Sepet, aurait pu seulement décrire l'aspect controversé de cette histoire d'amour, mais en réalité pas tant que cela. On découvre un visage différent de la Malaisie ; des familles acceptant, voir appréciant la différence au-delà des pressions sociales, des amis au début nourris de préjugés qui par influence s’ouvriront aux autres - cultures -. Keong, le meilleur ami d’Ah Loon en est le parfait exemple. Sa rencontre avec Orked fait évoluer son regard sur la communauté Malaise, il s’étonne de trouver des passions communes avec la jeune femme : le piano, les films de John Woo…

Yasmin Ahmad impose une vision optimiste sur la société Malaisienne, c’est d’ailleurs ce que ces détracteurs lui reprochent (entre autre), livrant un récit où la tradition et les mœurs sont mises au placard au profit d’une société plus ouverte. Comme pour Mukhsin, son récit inspiré de sa vie, hérite d’une valeur que la cinéaste défend avec fermeté : la tolérance. Cette famille malaise aime le cinéma chinois, la musique Thaï et respecte « à sa façon » les heures de prière… Dans Sepet, Yasmin Ahmad sait une fois de plus nourrir son récit de tendres clins d’œil et scènes intimes, qui ont la saveur d’antan, celle de son passé.

Ce long métrage confirme l’importance qu’accorde la cinéaste à l’écriture de ces personnages. Ce qui constitue l’essence même de son cinéma. Un cinéma qui se veut profond et narratif avant d’être une résultante technique. C’est cela le cinéma de Yasmin Ahmad. Il n’en est pas moins que sa mise en scène classique se veut brillante car juste. La réalisatrice a l’œil et parvient à initier des moments de franches rigolades comme de profonds chagrins.

Sepet est une œuvre travaillée et maîtrisée, malgré une dernière partie moins réussie, où une intrigue plombe quelque peu la fraîcheur du récit. Relatant un sujet qui tient à cœur à la cinéaste : le premier amour, Yasmin Ahmad nous livre un film personnel et touchant, se terminant par une fin à la fois dramatique et remplie d’espoir. Un message loin d’être énigmatique lorsqu’on connait le regard que porte la cinéaste sur la société malaisienne. Une fin à l’image d’une artiste controversée, souvent décriée, mais qui a le mérite de faire parler ses œuvres avec cœur et profonde conviction.

Diana

mardi 9 février 2010

Rain Dogs : Initiation [Cycle Singapour, Malaisie]

mardi 9 février 2010
0

Rain Dogs / Tai Yang Yue (2006) de Ho Yuhang est un drame qui se joue entre la campagne et la ville. On y suit un personnage principal qui pénètre de manière brutale dans la vie adulte.

Tung vit avec sa mère à la campagne, il prépare son entrée à l’université. Il va à Kuala Lumpur rendre visite à son frère, Hong. Ce dernier est un malfrat. Après s’être fait voler son argent, Tung retourne chez lui. Il apprend alors que Hong s’est fait tuer...

Ho Yuhang nous invite avec ce Rain Dogs à suivre un jeune personnage qui perd ses illusions au contact de la ville. D’une part, il se fait voler tout son argent alors qu’il est à peine débarquer. D’autre part, la ville lui prendra son seul et unique frère. Le contraste est des plus saisissant, lui jeune campagnard quelque peu naïf devient un homme par la force des choses tout en restant au fond de lui un jeune homme. Un jeune étudiant qui aime aller pêcher (son hobbies) et qui découvre les premiers soubresauts de l’amour à travers deux sœurs dont l’une lui semble des plus énigmatiques qui soit.

Rain Dogs s’intéressent à un double parcours initiatique. Tout d’abord, perdre sa naïveté, s’aguerrir et se renforcer face aux évènements. Mais aussi et surtout le deuil d’un frère parti du foyer après on l’imagine (ou pense le comprendre) une dispute avec leur mère. Un frère qui a pris le chemin de l’illégalité et qui a plus ou moins coupé les ponts avec sa famille. Ce parcours initiatique auquel Ho Yuhang nous invite c’est celui de la douleur intérieur qui passe par les différentes étapes d’un deuil : la tristesse, l’incompréhension mais aussi la colère. L’envie de vengeance alors que la vie continue.

Rain Dogs transpire ce personnage de Tung. On le suit avec nonchalance et détresse. Tout aussi hagard et perdu. Impuissant et révolté jusqu’à ce qu’il trouve une sérénité. Celle qui lui permettra de continuer à avancer sans peur et sans interrogations. Certes, Rain Dogs n’ait pas exempt de quelques défauts : par moment plat, trop convenu, dans d’autre mais il n’en garde pas moins un intérêt sur tout ce qui peut animer en son for intérieur Tung. Ces mêmes choses qui nous animent au quotidien : le sentiment d’injustice, d’incompréhension, la perte d’un proche, bref des sentiments profondément humains…

I.D.

Woman on Fire Looks for Water : L'amour et ses deux rives [Cycle Singapour, Malaisie]

0

Woo Ming Jin (l’auteur de Slovak Sling du collectif 15Malaysia) signe son dernier long métrage avec Woman on Fire Looks for Water (2009).

Ah Fei, un jeune homme élève et vend des grenouilles pour subvenir à ces besoins. Il vit seul avec son père veuf, pêcheur, qui après une séance de chiromancie sent la mort venir.

Woo Ming Jin trace à travers ces deux personnages, ces deux générations, un parallèle dont découle le regret et l’amour. Ah Kau, le père, est hanté par un amour de longue date. Au carrefour d’une fin de vie proche, le regret de plus en plus pesant, lui donne la force d’ouvrir son cœur et de demander à cette femme de le suivre. Alors que l’un tourmenté par un passé, tente de rattraper le temps perdu, l’autre, se sent tirailler entre son premier amour et la rencontre préméditée avec une autre jeune femme.

Woman on Fire Looks Water est une jolie fresque narrative. Woo Ming Jin dépeint avec finesse deux hommes de génération différentes dont les tourments se réunissent autour d’une même quête. On assiste à une continuité perturbante, d’un jeune homme et ses doutes, et d’un vieillard et ses regrets. Un parallèle poétique et tragique où l’un vivra éternellement avec un goût d’inachevé, quand l’autre se décidera à faire un choix.

Ce long métrage vaut aussi pour son esthétisme. Un plan d’ouverture somptueux, une lumière rasante sur un visage marquée par les années, une voix hors cadre, un moment intime où un dialogue pudique s’établit entre un père et un fils. Beau moment. Woo Ming Jin s’emploie aussi à montrer les activités locales qui animent ces campagnes : la pêche aux poissons et aux coques, la salaison.... Il en fera référence par des plans récurrents, d’ensemble ou très serrés, souvent intrigants et justement dosés tout au long du film.

Woman on Fire Looks for Water est un long métrage réussi, à la fois simple et efficace, restant dans la vague auteurisante de ce que le cinéma actuel de Malaisie sait offrir.

Diana

dimanche 7 février 2010

Call If You Need Me : Goodfellas in KL [Cycle Singapour, Malaisie]

dimanche 7 février 2010
0

James Lee met en scène Sunny Pang (Lucky 7, 2008) et Pete Teo (Before We Fall in Love Again, 2006) dans Call If You Need Me (2009).

Or Kia quitte la campagne pour Kuala Lumpur où il retrouve son cousin, Ah Soon un malfrat. Ce dernier a une petite amie à qui il arrive de s’en aller des jours sans donner aucune nouvelle. Or Kia travaille dès lors avec Ah Soon et son équipe de malfaiteurs. Il découvre alors l’univers sombre de la pègre locale entre drogue, argent sale et règlement de compte…

Call If You Need Me est un film d’auteur de gangster, plutôt rare pour ne pas le souligner d’autant plus que James Lee enlève tout artifice attrait au cliché du « truand ». Ici pas de beaux vêtements, de gros bijoux, pas de défilé de grosse berline, ni de horde d’homme de main. Pas de clinquant qui brille à l’écran mais des hommes de l’ombre qui se cachent dans la noirceur d’une ruelle, loin de l’effervescence d’une ville. Des vampires qui vont et viennent et qui savent se faire oublier du plus grand nombre, réglant leur compte entre eux, à l’abri des yeux derrière le rideau de fer baissé d’un établissement ou bien d’un terrain vague, futur lotissement pour classe huppée. Une vision plus terre à terre, plus vraie, sans un aspect « bling-bling » d’un certain cinéma qui glorifie la truanderie en Asie. Ce cinéaste de Malaisie nous les montre comme des « monsieur » tout le monde, nu de toute superficialité. La part obscure et cachée d’une Malaisie qui n’ose se regarder dans un miroir.

La mise en scène de Call If You Need Me se veut simple, un cadre pensé, strict allant dans le sens de cette histoire qui se joue devant nos yeux : le destin de deux cousins dont l’un d’eux sans travail quitte la campagne pour la capitale et découvre un style de vie qui tranche avec ce qu’il a pu connaître. Une musique sobre s’invite de temps à autre pour ponctuer le drame qui se met en place. Notons des interprétations épurées à l’extrême qui pourraient en rebuter plus d’un. Les acteurs sont des corps inertes encaissant les à coups de leur survie dans les bas-fonds de la criminalité. Là où l’on peut comprendre le point de vue de l’auteur et ce qu’il tente d’exprimer, le jeu si épuré pourrait être la faiblesse de ce long-métrage, au-delà de certaines longueurs. Ces interprétations manquent d’émotion, tout y est plat, sans saveur à tel point que si elle avait été amère, nous n’aurions pas été contre, au contraire. Du coup l’impact se veut moins fort.

Call If You Need Me est l’un des films majeurs de la filmographie de James Lee, il n’y a pas de doute. Pourtant ce dernier n’échappe pas à quelque poncif du film dit « d’auteur » qui pourrait plomber l’ensemble qui n’est pas dénué d’un intérêt avéré. Ce film sait être à la fois tragique et drôle. Des séquences de vie entre amis dans lesquels certains se retrouveront. Sans ça, les corps de Sunny Pang (à la voix si singulière) et Pete Teo (son personnage fait étrangement écho à celui interprété dans Rain Dogs, 2006) communiquent toute l’ampleur d’une déchéance annoncée mais qui aurait pu être plus dramatique sans ce non jeu. En effet, une évidence me vient à l’instant, tout le monde n’a pas le talent d’un Takeshi Kitano dans l’interprétation minimale mais tellement parlante.

I.D.

 
Design by Free WordPress Themes | Bloggerized by Lasantha - Premium Blogger Themes | Design Blog, Make Online Money