lundi 26 novembre 2012

Jour 12 : Welcome to Ulaanbaatar (UB)

lundi 26 novembre 2012

[Dans l'épisode précédent : Notre dernière nuit sous tente
 
Ca sent la fin alors que je remballe la tente pleine de sable, que Jack et Zorigoo font leur toilette et que nous petit-déjeunons les khuushuur préparés la veille.

Les plaines à perte de vue sans âmes qui vivent, le lait de jument fermenté, les yacks mangés à toutes les sauces, la chaleur des yourtes, ces villages paumés sans eau courante me semblent déjà comme un lointain souvenir alors que Jack nous fait le coup de l’embourbement dans les dunes. On reprend la route comme au premier jour en direction de la capitale. On retrouve très vite cette route goudronnée accidentée par endroit, si rare dans le reste du pays. On approche d’Oulan-Bator (UB) qui rassemble en son sein le tiers de la population mongole et dont la pollution masque ses édifices d’une autre époque. Bientôt nous quitterons notre escouade avec laquelle nous avons traversé une partie du pays au volant du 4x4 russe économique pour continuer notre route en solo.

 
 
C’est avec une petite appréhension que nous redécouvrons UB. Elle est à l’image de ces grandes villes bondée de monde et à la circulation routière chaotique. Nous peinons à entrer dans ce qu’elle a à nous offrir tant l’agitation est dense autour de nous. Un vrai bouillon de vie où modernité délabrée côtoie tradition d’un autre temps. Dans ce bruit omniprésent et ces embouteillages qui semblent sans fin, le contraste avec les choses vues jusqu’ici est quasi traumatisant. On sent la pollution remplir nos poumons, le bruit assourdissant remplace le calme de la vie nomade et cet afflux de personne nous rendrait presque agoraphobe. Il y a un certain malaise à être ici, à vivre cette effervescence que nous n’avions pas connu depuis des jours. Tout est si gris alors que le climat à ce moment-là est pourtant agréable, la pollution (encore elle) aidant un peu le thermomètre.
Un bâtiment vétuste à l’image de tout un tas de bâtiments soviet’ du même acabit. Les au revoir sont succincts. Ils se font à l’entrée de la guesthouse (un appartement divisé en plusieurs chambrés) où nous accueille une jeune femme parlant anglais et dans laquelle nous passerons trois nuits. Pas le temps de redescendre de notre escapade dépaysante de ces derniers jours. Nous déposons les bagages dans la chambre collective (vue sur un parc désolé) où loge également une allemande d’un certain âge. Il semblerait qu’elle se soit blessée à la jambe. Les politesses échangées et nous sommes déjà dehors à humer l’air toxique d’une cité qui bourdonne. Nous faisons le tour du quartier, essentiellement dans le district de Sükhbaatar (l’un des neuf que compte la capitale) et arpentons surtout Peace Avenue Rd qui traverse la capitale d’est en ouest. Ce choix se veut stratégique puisqu’il permet un déplacement pédestre aisé. Nous y imprimons ainsi dans la rétine les établissements clés : où manger, où acheter des souvenirs, où faire des provisions, etc… nous recherchons surtout la poste (à côté de la place Sükhbaatar ) où nous pouvons enfin envoyer nos cartes postales pour 12 000 tugriks.
 
 
 
Nous retrouvons vite nos habitudes urbaines et parcourons dès lors volontiers ces trottoirs poussiéreux où s’agitent la faune locale entre ses vendeurs ambulants, ses mendiants, travailleurs et flâneurs, sans oublier ses pickpockets. A ce propos, petit épisode amusant où deux jeunes à la mode occidentale (blouson Michael Jordan et grosse Nike aux pieds) nous ont pris « en chasse ». L’un d’eux s’intéressant au sac à dos à photo de Diana, la dépassant et découvrant qu’il était bien attaché, croisant mon regard insistant qui lui disait sans barrière de la langue : je-sais-qui-tu-es-et-ce-que-tu-fais-avec-ton-petit-copain et préférant par la suite abandonner, marchant plus loin pour s’arrêter, échanger cigarettes et quelques mots avec deux autres acolytes et reprendre « en chasse » deux jeunes femmes dans le vent, dont le contenu du sac à main de haut standing semblait plus intéressant. Les « lascars » semblaient être du quartier puisque nous les revîmes trainer à plusieurs reprises notamment le lendemain. Ils faisaient partie du décor tout comme les pochetrons abimés à la vodka ou une gnôle mal distillée, ces petits copains portant les sacs à mains des petites copines, ces grosses cylindrées arpentant ces routes obstruées, ces jeunes femmes décolorées aux grosses lunettes de soleil que l’on pourrait croiser à Paris ou New-York, épousant la mode qui va avec, ou bien celle issue de Corée du Sud dont l’emprunte est forte (Dieu ! Ces coupes de cheveux rappelant les K-popers). Il n’est pas rare de passer devant des établissements cuisinant coréen justement ou vendant des nouilles ou autres apéritifs provenant du Pays du Matin calme. D’ailleurs, aussi paradoxal que ce soit, nous nous sommes tournés vers cette gastronomie pour notre premier diner en ville. La curiosité était trop forte, celle de voir comment les mongols cuisinent sud-coréen. C’était après une bonne douche. Au final ce n’était pas dégueu’, même plutôt gouteux avec en fond sonore un k-drama diffusé à la télé doublé en mongol sur la piste audio coréenne. La patronne mongole fut surprise de nous voir pousser la porte. Le restaurant en question se trouvait dans ces immeubles pas bien haut et qui abritent souvent d’autres commerces (à l’étage ou au sous-sol). Il n’est donc pas rare de voir cohabiter un restaurant, une boutique de fringues ou bien encore un vendeur de fruits et légumes en plus d’un cordonnier une fois la porte d’entrée passée qui a pignon sur rue.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Finalement, UB c’est un peu comme Paris en plus moche (ou moins joli) ou tout autre capitale en plus moche (ou moins joli). On y retrouve les mêmes énergumènes qui composent les grandes villes. Les riches au luxe ostentatoire côtoient les pauvres en guenilles. Chacun vaque à ses occupations. Les jeunes trainent sur les places où trône la statue d’un type ayant marqué son époque ou dans ces parcs à l’herbe carbonisée. Chacun consomme à sa juste valeur, se perdant entre autre dans les six étages de l’immense Grand magasin d’Etat (State Department store). On retrouve une gastronomie variée, des bars et autres boîtes de nuit. UB c’est comme ici et ici c’est comme là-bas. Les préjugés s’effritent. La Mongolie n’est pas qu’un pays lointain au paysage à la fois rude et éblouissant, c’est aussi un pays qui vit à l’heure des nouvelles technologie comme s’il fallait m’y rendre pour en prendre conscience. Et alors que nous rentrons à la guesthouse la nuit tombée avec ses rues bien animées, c’est un peu comme si nous rentrions à la maison, le décor changeant seulement. Et alors qu’une adolescente joue seule avec son ballon de football (joli touché de balle soit dit en passant), nous montons les marches au carrelages brisés de notre immeuble. Nous nous endormons dans la chambre de notre guesthouse à la grosse porte d’entrée en métal, bercé par les sons d’une ville qui ne semble jamais s’arrêter… ou presque.
 
 
 I.D.

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