mercredi 4 août 2010

City of Life and Death : Massacrée

mercredi 4 août 2010

Eh, bien c’est quelque chose ce City of Life and Death / Nanking ! Nanking ! (2009). Le scénariste-réalisateur Lu Chuan met en scène une œuvre sans concession, c’est le moins que l’on puisse dire. Nous sommes très très loin mais alors très loin du mauvais goût de Black Sun : The Nanking Massacre (1995) de Mou Tun Fei relatant les mêmes faits. En effet, ces deux films nous racontent le massacre perpétré par l’armée Japonaise après la prise de Nanking en 1937, alors capitale chinoise.

La volonté est posée, limpide, celle de mettre au grand jour un pan de l’histoire tabou, comme beaucoup d’autres évènements ont pu l’être. A travers cette reconstitution, à travers ces hommes et cette ville, Lu Chuan tente d’apporter une vision lucide de cette tragédie. Chose réussie. Dans cette fresque, l’histoire prend place à l’aide d’une structure narrative élégamment construite. D’une ouverture sur des lettres d’archives – la position de recul, le regard extérieur – à l’immersion dans les faits, le cinéaste accompagne d’une lente ascension le spectateur au cœur de l’histoire. Les instants sont souvent éprouvants, prenants dans les élans collectifs - chinois - où la survie côtoie les exécutions programmées et sommaires. Alors City of Life and Death parvient à instaurer une atmosphère psychologique complexe, éprouvante toujours. Une immersion, qui suscite l’indignation et la colère comme la tristesse d’une humanité perdue. Les sentiments demeurent partagés mais profondément tiraillés.

Lu Chuan construit une œuvre nécessaire, c’est indéniable mais reste - peut-être n’étais-je pas au mieux de ma forme - que le film m’a parfois laissée de marbre, lorsque les appels à l’émotion semblaient poussés et les longueurs s'inviter inutilement à des séquences pourtant déjà hautement symboliques.

Oublions ces quelques éléments pour retenir l’essentiel de cette entreprise. Lu Chuan signe avec City of Life and Death, un travail remarquable, et un fondement précieux pour la mémoire de l’Histoire chinoise et mondiale.

Diana

10 commentaires:

Panda a dit…

Oeuvre forte. Mais on sent quand même que Lu Chuan a du composer avec la censure officielle et les impératifs commerciaux. Certains procédés sont contestables : cette musique à la hollywoodienne surlignant les scènes dramatiques, les travellings (une affaire de morale, parfois). Le film aurait mérité plus de "sécheresse" plutôt qu'un surplus d'émotions. J'irai sans doute le revoir.

I.D. a dit…

Effectivement, c'est que je reprocherais au film, cette musique à l'émotion programmée, j'aurai également préféré plus de "sécheresse" comme tu le dis. Le genre de chose qui m'irrite pas mal aussi bien dans le cinéma hollywoodien que de son pendant asiatique, la Corée du Sud dont nombre de production abuse de ce genre de musique. Dommage.
Et puis on pourrait également souligner l'aspect un peu creux de certains personnages qui manquent cruellement de consistance. Je ne sais toujours pas à l'heure actuelle quoi penser de ce film en ce qui me concerne. Ca faisait longtemps que cela ne m'était pas arrivé.

michael a dit…

Une narration parfois hasardeuse, des instants pathos... mais pour autant, Lu Chuan est loin d'égaler le talent d'un Feng Xiaogang en la matière :D

Derrière tout ça, LC compose un portrait effroyable de l'humanité avec des sommets de folie (la cérémonie).

D'ailleurs, je suis surpris de voir que les critiques se concentrent autant sur le contexte historique sans trop s'attarder sur le côté "portait d'une humanité".

Panda a dit…

La plupart des spectateurs semblent avoir même du mal à croire à la véracité des faits relatés. C'est ce que j'ai lu dans bien des commentaires d'amis (sur Facebook) qui ont vu le film par exemple.
Certains en sont même arrivés à dire que ce "trop plein" de sévices et de massacres a fini par les ennuyer...
Et pourtant, cet effroyable massacre d'une population a bien eu lieu.
La transposition d'un tel épisode au cinéma méritait sans doute un travail de réflexion plus approfondi avant. Force est de constater que Lu Chuan a à moitié échoué - mais est-ce entièrement sa faute ? j'en doute...

I.D. a dit…

Qu'entends-tu par "portait d'une humanité", Michael ?

La scène de la cérémonie est... impressionnante. Ca m'a fait bizarre, vraiment. Elle peut connoter tout plein de chose attrait à ce qu'il s'est passé avant et après aussi.

Après je peux comprendre qu'on s'attarde autant sur l'aspect historique dans les critiques. Panda souligne à juste titre le rapport du spectateur (de son entourage) à ce contexte et j'en suis des plus surpris d'ailleurs, quoique je ne devrais pas. L'ignorance historique est omniprésente, encore plus ici en France sachant que ce qui a pu se passer en Chine nous touche peu.

Je sais aussi que les massacres étaient plus terribles de ce que veut bien nous montrer Lu Chuan, limite "gentillet" dans sa retranscription, là où Mou Tun Fei était plus "hard", plus cru. C’est surprenant qu’on en vienne à les « ennuyer ». Il est certain qu'il a du faire face à des impératifs. Pour reprendre le 1er post de Panda : "a du composer avec la censure officielle et les impératifs commerciaux."

> La transposition d'un tel épisode au cinéma méritait sans doute un travail de réflexion plus approfondi avant.

Tout à fait et c'est pour cela que j'ai un peu de mal avec ce film. Je ne saurais dire si je l'aime ou non. Disons que j'ai de plus en plus de mal à supporter un traitement d'un tel sujet au cinéma. Je peux trouver la démarche intéressante mais après aussi bien dans le fond que dans la forme… je ne sais pas. Sans doute qu’il devrait y avoir : "un travail de réflexion plus approfondi avant", c’est clair.

michael a dit…

@Panda > Par "travail de réflexion", tu veux dire plus accessible au public ? Dans l'état le film me rappelle furieusement un Requiem pour un Massacre, traitant aussi d'évènements historiques méconnus/ignorés mais avec un parti pris beaucoup plus extrême, jouant sur l'ambiance, sur l'errance (il doit y avoir l'influence d'un Tarkovski).

@I.D. > Un contexte historique n'est pas une finalité, il est porteur d'une expérience humaine. Qui permet de voir comment les hommes ont traversé une épreuve (tragique).

Ici, LC dresse un effroyable portrait d'une humanité ayant oublié sa part d'humanité, avec une horreur devenue commune (et qui culminera dans la séquence de cérémonie - faire une allégeance divine en plein massacre, pfiou).

À côté de l'aspect politico-historique, tu peux logiquement te demander comment des hommes en arrivent à ce degré-là.

Diana a dit…

A Michael
> tu peux logiquement te demander comment des hommes en arrivent à ce degré-là.

C'est l'interrogation qui trotte tout du long quand tu regardes ce film. Et c'est d'ailleurs ce qui peut pousser à une réflexion au delà du simple fait historique. La déshumanisation a un rôle fort et c'est pour cette raison qu'elle prend le dessus sur la colère que suscite de prime abord ces massacres. Au final, la folie qui anime ces hommes les rendent "humains" et permet, non pas de les excuser, mais de compatir à une perte de leur identité, seule parade pour se libérer d'un contexte traumatisant.

michael a dit…

Diane, voilà autant de raisons qui expliquent ma surprise de voir cet aspect être quasi-ignoré dans les critiques !

Panda a dit…

Non, Michael, quand je parle de "travail de réflexion", je pense à la manière de représenter d'horribles faits historiques à l'écran.
Comment peut-on illustrer la monstruosité, la barbarie, l'ignominie au cinéma ?
On sait que le cinéma (de fiction) est un médium particulier. Il a le pouvoir de corrompre notre point de vue. Combien de personnages négatifs sont devenus sympathiques au fil du temps, aux yeux de bien des spectateurs !
Faites un film sur Hitler ou Staline pour dénoncer leurs crimes, et ils ont toutes les chances de vous paraître très humains (voire même sympathiques à certains) à la fin.
Ce n'est pas sans raison qu'il n'y a pas eu de vrais films de fiction sur le déroulement de l'Holocauste par exemple : la monstruosité des faits relatés dépasserait l'entendement, le spectateur rejetterait les images et refuserait de comprendre (si tant est qu'il y a quelque chose à comprendre).
Lu Chuan a beau être un bon cinéaste, un bon technicien, il a manqué de réflexion (d'ordre moral, philosophique) sur ce film.
Ces belles images, ces beaux plans sur les Japonais, ces moments dans le camp des Japonais, ces gros plans, cette musique souvent sirupeuse, ces travellings, ce parti pris mélo, etc... peuvent être considérés comme de graves fautes sur un tel sujet.
Mais, je le répète : ce n'est sans doute pas entièrement de la faute de Lu Chuan.

I.D. a dit…

Ouh Michael fais gaffe ! C'est Diana (avec un A) et pas Diane. Sinon elle va te couper menu et faire de toi des brioches ;).

Pour rejoindre Panda, c'est effectivement un débat qu'il y a autour de l'Holocauste juif. Sur sa représentation cinématographique. D'ailleurs Claude Lanzmann qui a réalisé Shoah le dit. On ne peut représenter l'horreur au cinéma sans tomber dans les travers que Panda souligne. On peut témoigner de la chose, la parole pour seule vérité alors que les images d'emblée sont faussées dans sa façon de montrer la réalité. Là, on rentre encore dans un débat sans fin.
Il n'empêche que c'est un peu le problème que me pose le film de Lu Chuan.

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